Conflit au Moyen-Orient : le tourisme mauricien résiste et reste vigilant

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 9 mars 2026 à 12:30
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Les échanges avec certains grands opérateurs hôteliers mauriciens suggèrent que la situation est pour l’instant maîtrisée.

Depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question de son impact sur le tourisme à Maurice se pose. Entre perturbations du trafic aérien, inquiétudes des voyageurs et hausse possible des coûts du transport, les professionnels du secteur surveillent attentivement l’évolution de la situation.

Pour l’heure, il reste encore trop tôt pour dresser un bilan précis. C’est ce qu’avance François Venin, consultant international en tourisme et Managing Partner de François Venin Hospitality Solutions. Il explique que les premières perturbations remontent au samedi 28 février, premier jour du conflit en Iran, marqué par la fermeture de plusieurs espaces aériens au Moyen-Orient. Après seulement une semaine, les données sont encore fragmentaires. « Entre les séjours prolongés en raison de l’arrêt des vols, les no-show pour les mêmes raisons et les annulations pour les semaines à venir liées à une inquiétude croissante, il semble néanmoins que le solde reste positif à ce stade », indique-t-il. Selon lui, les échanges avec certains grands opérateurs hôteliers mauriciens suggèrent que la situation demeure pour l’instant maîtrisée.

Du côté de RIU Hotels & Resorts, Géraldine Ithier, directrice des ventes, avance que l’impact observé concerne principalement la connectivité aérienne. Les perturbations à l’aéroport de Dubaï, l’un des principaux hubs internationaux reliant l’Europe, l’Asie et l’océan Indien, dit-elle, ont en effet entraîné des ajustements dans les déplacements des voyageurs. « Dubaï étant un hub majeur pour de nombreuses liaisons internationales, toute restriction ou fermeture de l’espace aérien dans la région a des répercussions sur les correspondances et les itinéraires des voyageurs », explique-t-elle. Dans certains cas, des vols ont été annulés ou reprogrammés, poussant certains touristes à modifier leurs plans de voyage ou à reporter leur séjour. Néanmoins, la directrice des ventes précise qu’aucun impact significatif sur les arrivées touristiques à Maurice n’a été constaté à ce stade. « La situation est suivie de près, car la connectivité aérienne demeure un élément vital pour une destination insulaire comme la nôtre », ajoute-t-elle.

Même constat de prudence du côté de Christian Lefèvre, directeur de Coquille Bonheur et président de Friends in Tourism (FIT). Selon lui, les premières répercussions observées restent limitées. « Nous avons constaté quelques ajustements ponctuels, notamment des reports de voyages et une plus grande prudence sur certains marchés européens, mais il n’y a pas de vague massive d’annulations », indique-t-il.

Perturbations aériennes

Si l’impact immédiat reste mesuré, les perturbations dans le transport aérien pourraient néanmoins avoir des conséquences plus importantes si la situation devait se prolonger. François Venin attire l’attention sur la suspension temporaire des opérations de la compagnie Emirates vers Maurice depuis le 28 février. La compagnie opérait habituellement trois vols quotidiens vers l’île, deux Airbus A380 et un Boeing 777, représentant une capacité importante de passagers.

Selon lui, cette suspension pourrait créer un manque significatif si elle devait durer. « L’arrêt des opérations d’Emirates représente environ 1 200 passagers par jour. Sur une période de vingt jours, cette situation pourrait se traduire par une perte potentielle de 24 000 arrivées touristiques, si ces voyageurs ne parviennent pas à se réorienter vers d’autres compagnies », explique-t-il. D’autre part, il avance que même si une partie des passagers tentera de réserver sur d’autres vols, la disponibilité des sièges et les différences tarifaires pourraient limiter ces reports. 

Géraldine Ithier rappelle que Maurice dispose d’un avantage stratégique : la diversification de sa clientèle internationale. « Cette diversité permet au secteur touristique de rester relativement stable face à ce type de perturbations », souligne-t-elle. Cependant, si la crise s’intensifiait ou se prolongeait, les répercussions pourraient devenir plus visibles, notamment dans la planification des voyages et les stratégies des compagnies aériennes. Christian Lefèvre partage cette analyse. Selon lui, le tourisme mauricien, largement dépendant du long-courrier, reste sensible aux fluctuations de la confiance des consommateurs et aux incertitudes économiques. « Un climat international anxiogène peut ralentir les réservations, en particulier sur les marchés européens traditionnels. »

Résilience

Face à ces incertitudes, les professionnels du secteur estiment qu’une stratégie proactive est nécessaire pour préserver la compétitivité de la destination. François Venin suggère notamment que Maurice négocie une augmentation temporaire des vols directs avec certaines compagnies européennes dont les appareils ne peuvent actuellement plus desservir certains aéroports du Moyen-Orient. Il propose également d’encourager une augmentation ponctuelle des fréquences de Turkish Airlines vers Maurice, une démarche similaire à celle récemment obtenue par les Seychelles. De son côté, Géraldine Ithier insiste sur l’importance de rassurer les voyageurs et de maintenir une collaboration étroite avec les compagnies aériennes et les partenaires touristiques.

Christian Lefèvre plaide, quant à lui, pour une diversification accélérée des marchés. « Maurice doit renforcer sa présence sur le short haul et développer davantage les marchés d’Afrique du Sud, d’Australie, d’Asie, d’Inde et du continent africain », estime-t-il. Selon lui, l’augmentation des vols directs depuis l’Europe, le renforcement des connexions avec la Turquie et la consolidation des partenariats aériens sont essentiels. « En parallèle, il est crucial de maintenir un positionnement axé sur la qualité, la durabilité et la valeur ajoutée de l’expérience touristique mauricienne », dit-il.

Billet d’avion plus cher

Une éventuelle hausse des prix du pétrole constitue une autre source d’inquiétude pour l’industrie touristique. Une augmentation du prix du carburant se répercuterait directement sur les coûts du transport aérien. Selon nos interlocuteurs, pour les destinations lointaines comme Maurice, cette variable est particulièrement sensible. « Des billets d’avion plus chers peuvent influencer les choix des voyageurs, qui pourraient privilégier des destinations plus proches ou moins coûteuses », prévoient-ils. Cette évolution pourrait affecter la compétitivité des destinations long-courrier si la situation perdure.

Maurice : destination sécurisée

Paradoxalement, les crises internationales peuvent parfois jouer en faveur de la destination mauricienne. François Venin rappelle que l’histoire touristique de l’île montre que Maurice a souvent été perçu comme un refuge sûr en période d’instabilité mondiale. « L’île bénéficie d’une image de destination stable et sécurisée. Dans un contexte géopolitique incertain, certains voyageurs peuvent privilégier Maurice plutôt que des destinations situées dans des régions plus exposées », explique-t-il. Selon lui, des destinations touristiques majeures du Moyen-Orient, comme Dubaï, pourraient ainsi être davantage affectées si les tensions persistent, ce qui pourrait entraîner des reports de voyageurs vers d’autres destinations, dont Maurice. Un avis que partage Christian Lefevre. Maurice continue, selon lui, de bénéficier d’un avantage important : son image de destination stable et sécurisée dans un contexte international marqué par les incertitudes géopolitiques. « Cette perception joue un rôle déterminant dans les décisions des voyageurs. » 

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