Conflit au Moyen-Orient : hausse des tarifs d’électricité, sobriété énergétique et work-from-home à l’étude
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Face aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement examine plusieurs mesures pour atténuer l’impact économique. Hausse possible des tarifs de l’électricité, mesures strictes d’économie d’énergie et recours accru au work-from-home ainsi qu’à d’autres modes de travail alternatifs figurent parmi les pistes étudiées. À l’issue de la réunion du comité de crise regroupant 11 ministres mercredi après-midi, le Cabinet tranchera ce vendredi ou vendredi prochain.
« C’est à la demande du Cabinet, vendredi dernier, que ce comité de crise s’est réuni dans le contexte de la guerre entre les États-Unis, l’Iran et Israël, qui a un impact direct sur nous. C’était un comité que le Premier ministre Navin Ramgoolam devait présider, mais il était pris. C’est donc un comité de 11 ministres que j’ai présidé à sa demande », a expliqué Patrick Assirvaden. Il précise que « chacun a fait sa proposition par rapport à son ministère pour essayer d’amortir, atténuer la situation dans laquelle nous sommes ».
Au cœur des préoccupations : l’approvisionnement en produits pétroliers, totalement dépendant du Moyen-Orient. « On s’approvisionne en produits pétroliers au Moyen-Orient et cette guerre a donc un impact direct sur nous », a-t-il souligné.
Le ministre a illustré cette pression par des chiffres : « La cargaison de 33 000 tonnes métriques d’huile lourde pour les turbines du CEB, arrivée mercredi matin, coûte Rs 500 millions de plus. On a payé Rs 1,2 milliard pour cette cargaison, au lieu de 700 millions. »
Une seconde livraison est attendue le 14 avril, avec 30 000 tonnes métriques, et devrait également enregistrer une hausse similaire. « Cela représente un milliard de roupies supplémentaires en l’espace de deux semaines que le CEB devra trouver. Ce n’est soutenable pour aucune organisation », a-t-il déclaré à Radio Plus.
Dans ce contexte, plusieurs mesures sont à l’étude, dont une révision à la hausse des tarifs de l’électricité, a appris Le Défi Quotidien. Cette option s’inscrit dans un environnement déjà marqué par la récente hausse des prix du gaz et du diesel, tandis qu’une augmentation du prix de l’essence n’est pas exclue. Des mesures d’accompagnement pourraient toutefois être envisagées pour les ménages les plus vulnérables.
Parallèlement, le comité a longuement discuté de la nécessité d’instaurer une sobriété énergétique. Parmi les propositions : limiter l’éclairage des centres commerciaux et des parkings, réduire l’éclairage des bureaux en soirée et introduire des réglementations assorties d’amendes pour lutter contre le gaspillage énergétique. « Il a été question de sobriété énergétique pour essayer d’économiser de l’électricité », a indiqué Patrick Assirvaden.
Le recours à des modes de travail alternatifs fait également partie des pistes explorées. Interrogé à l’issue de la réunion par Le Défi Quotidien, le ministre du Travail, Reza Uteem, a évoqué « de très bonnes discussions » et précisé que « chaque ministère a fait un constat de l’impact de la guerre sur son secteur ».
« Au niveau de mon ministère, plusieurs options sont considérées, mais chacune a ses implications. On a parlé de faire des jours alternés, d’introduire la semaine de quatre jours, le work-from-home, le flexi-time, ou encore de faire venir les gens travailler en heures creuses. Il n’y a pas de solutions magiques, car chaque secteur a sa spécificité », a-t-il fait comprendre.
Ces mesures pourraient également s’étendre au secteur de l’éducation, avec la possibilité de recourir à des cours en ligne afin de réduire la consommation énergétique liée aux déplacements et aux infrastructures.
Au-delà de l’urgence, le gouvernement réfléchit à des solutions structurelles. Le ministère de l’Énergie étudie notamment la possibilité d’augmenter les capacités de stockage d’huile lourde au-delà de trois mois. Avec la livraison prévue le 14 avril, les stocks devraient couvrir les besoins jusqu’à fin mai ou juin.
Par ailleurs, sur le moyen et long terme, une transition accélérée vers les énergies renouvelables est envisagée. Actuellement, 83 % de l’électricité produite à Maurice provient des énergies fossiles, contre seulement 17 % d’énergie renouvelable. Le gouvernement souhaite ainsi encourager les ménages et les entreprises à produire leur propre électricité, notamment via le solaire, et envisage d’ouvrir davantage le marché dans ce secteur. Patrick Assirvaden devrait formuler des propositions ce lundi.
Enfin, la question de l’inflation a été abordée, dans un contexte de flambée des coûts du fret et des produits énergétiques, susceptible d’affecter directement les importations et les exportations. Le but est de freiner l’inflation autant que possible.
Les propositions formulées lors de cette réunion doivent désormais être compilées et analysées par le ministère des Finances, qui en évaluera l’impact budgétaire. Elles pourraient être soumises au Conseil des ministres dès ce vendredi ou, à défaut, lors de la prochaine réunion.
« Cette guerre pousse tous les pays à ajuster leur manière de vivre, leurs prix, leurs commodités et leur façon de fonctionner. On essaie de voir comment on peut amortir l’impact de cette hausse », a conclu Patrick Assirvaden.
Ce comité de crise a été constitué à la demande du Conseil des ministres. Initialement placé sous la présidence du Premier ministre, il a été délégué au ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, en raison d’un empêchement de Navin Ramgoolam. Autour de la table figuraient, entre autres, Ashok Subron (Sécurité sociale), Reza Uteem (Travail), Mahend Gungapersad (Éducation), Arvin Boolell (Agro-industrie), Rajesh Bhagwan (Environnement) et Michael Sik Yuen (Commerce).