À 35 ans, l’artiste qui remplit les salles échange les projecteurs contre les Casernes centrales. Rencontre avec un homme en pleine reconstruction.
Mardi matin aux Casernes centrales. Loin des concerts à guichets fermés, Jean Patrice Kevin Dina se présente pour son travail d’intérêt général (voir encadré). Deux fois par semaine, les mardis et jeudis, Sky To Be vit une vie parallèle. Depuis le 25 novembre, il entame ses 300 heures dans un environnement qui n’a rien à voir avec l’univers musical qui l’a rendu célèbre.
Pourtant, pas de plainte. Pas de victimisation. Juste une lucidité désarmante. « Cette période-là, c’est une nouvelle expérience pour moi. La vie m’a donné une grande leçon : l’humilité et le respect. Chaque jour, j’apprends. Mo sey fer mwa pli tipti ki mo kapav », dit-il.
L’ironie du calendrier n’échappe à personne : cette étape coïncide avec ses dix ans de carrière. Et samedi dernier, l’artiste lançait son nouvel album, Mo Sakrifis, au Shots, à Flic-en-Flac. Un titre qui résonne étrangement avec ce qu’il traverse. « Mo bann sakrifis, mo bann sirkonstans, mo bann leson… mo met tou ladan. »
Aux Casernes centrales, Sky To Be côtoie d’autres jeunes dans la même situation. Des rencontres qu’il ne considère pas comme un hasard. « Mo pe gagn lasans pou fer bann nouvo konesans ek bann personn bien pozitiv. Nou pa fini aprann dan lavi, toulezour nou apran resours. Se Bondie kinn permet mwa zwenn ek sa bann dimounn-la. »
Quand l’officier de probation lui assigne une tâche, l’artiste s’y investit pleinement. « Monsieur Dina, il faut faire cela », lui dit-on. « Mo donn mwa 100%, mem 200%. Mo pa la pou vinn inpresione, me pou fer enn travay. Kan fini, mo gagn enn satisfaksion pou momem. »
Cette discipline, cette rigueur, c’est la même qui l’a mené sur scène. Sauf qu’ici, la scène, c’est le cœur même du quartier général de la police. Un lieu qui, paradoxalement, lui donne encore plus de motivation pour se surpasser.
Erreurs du passé
Les erreurs du passé ? Il les regarde en face. « Nous faisons tous des erreurs, nous sommes tous humains. Ki nou fer apre sa, nou aprann de nou erer, sa pli inportan. »
Il parle de son adolescence, de ces moments où il aurait pu prendre un autre chemin. « Sirkonstans lavi fer ki mo retrouv mwa dan sa pozision ki mo ete la. Me mo pa pou apitoy lor mo sor pou plegne – mo viv li kouma enn lexperians ki permet mwa grandi. »
Le piège de l’orgueil, il le connaît aussi. « Si ou pa rekonet ou erer, ou pa pou kapav rekonstrir. Li pli bon aksepte kan ou ena tor. Lerla ou avanse. »
Derrière l’artiste, il y a un père de deux enfants. Un garçon, un autre de huit mois. Une femme qui le soutient sans faille. Ses parents, ses sœurs. « Ma famille est ma priorité. Mo madam ki touzour deryer mwa, siport mwa. »
Nouvelle spiritualité
Et puis, il y a Dieu. « Asterla mo les Bondie trap mo lamin. Mo kone mo pa pou tap ar miray. Bondie li pa larg twa. Mo finn donn mwa a li. »
Cette spiritualité n’est pas un vernis. C’est une bouée. « Devan tousala ena mo Bondie. Li donn lasante. San li, nanye pa posib. »
Suivi par de nombreux jeunes, Sky To Be ne prêche pas. Il partage. « Pa les letan depas zot. Seki finn pase, ou pa kapav repare. Profitez du présent. Lavi zoli. » Un message simple. Celui d’un homme qui a compris qu’on ne reconstruit rien sans reconnaître ses failles.
Aujourd’hui, Sky To Be avance sans façade. Il ne cherche pas à attendrir, encore moins à se justifier. Il assume. Et il transforme son épreuve en outil de reconstruction. Une parole sincère, livrée sans artifice. Une main tendue vers ceux qui, comme lui, apprennent encore à se relever.
Un sursis pour le vol de méthadone de 2014
Condamné pour le vol de 45 litres de méthadone en 2014, le chanteur a bénéficié d’un sursis : sa peine de deux ans de prison a été convertie en 300 heures de travail d’intérêt général. Décision de la cour intermédiaire, le 14 novembre 2025, après réception d’un rapport social favorable.
L’affaire remonte à la nuit du 29 au 30 août 2014, lorsque Sky To Be, accompagné de quatre individus masqués, avait pénétré par effraction dans un entrepôt de médicaments du ministère de la Santé à Plaine-Lauzun. Les intrus avaient agressé deux vigiles, brisé les cadenas et des vitres avant d’emporter 45 litres de méthadone, dont seulement 12 litres seront récupérés. La valeur du butin s’élevait à environ Rs 80 000.
Le chanteur avait nié toute implication, affirmant qu’il se produisait sur scène ce soir-là. Toutefois, le témoignage de Daniely Gerard Stephan Numasevayen – condamné à cinq ans de prison – a été jugé crédible par le magistrat Prithviraj Balluck, qui a rejeté l’alibi du chanteur. Sky To Be a été reconnu coupable, le 27 mars 2025, mais acquitté de l’accusation de conduite sans permis, faute de preuves.
Avant le prononcé de la peine, l’artiste a exprimé des regrets et affirmé avoir cessé toute consommation de drogue depuis un an, souhaitant « donner l’exemple » à son enfant et à ses fans. Le tribunal a tenu compte de ses progrès personnels, de ses responsabilités familiales et de l’évolution de sa carrière pour lui accorder un sursis.
Sky To Be effectue son travail d’intérêt général aux Line Barracks et devra se présenter de nouveau devant la cour le 4 juin 2026.
Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !

