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Concert à l’Alliance Française, Bell-Village : Sharvan Boyjoonauth rend hommage au Dr Kadri Gopalnath

Le Dr Kadri Gopalnath est le premier musicien carnatique à utiliser le saxophone dans la musique fusion indo-occidentale. Sharvan Boyjoonauth jouera le violon durant le concert dédié au Dr Gopalnath.

S’il est resté un inconnu dans le monde de la musique carnatique jusqu'à son décès le 11 octobre 2019, le Dr Kadri Gopalnath ne le sera plus, grâce au concert en son hommage organisé par le chanteur carnatique mauricien  Sharvan Boyjoonauth. Ce dernier a convié ses amis pour un unique concert fusion le 17 novembre 2019 à l’Alliance Française, Bell-Village, Port-Louis.

Le Dr Kadri Gopalnath était le seul musicien indien d’inspiration carnatique à avoir utilisé le saxophone, son instrument de prédilection, pour jeter les bases d’une fusion être le jazz et la musique traditionnelle du sud de l’Inde. C’est vrai, qu’avant lui, des musiciens européens, dont le célèbre guitariste John McLaughlin, ou encore le maître sitariste indien Ravi Shankar, avaient tenté avec succès ce rapprochement. Mais la démarche de Kadri Gopalnath revêt un caractère particulier en ce qu’il se sert du saxophone, et non la guitare et du sitar (John McLaughlin et Ravi Shanker), pour ses expériences. Le résultat est éminemment intéressant puisque sa maîtrise du saxo et de la musique carnatique lui permet d’aboutir à une musique raffinée et équilibrée où les deux registres se mêlent harmonieusement car tous deux sont fondés sur une liberté totale d’improvisation contrôlée.

Sur la scène de l’Alliance Française, à Bell-Village, où il s’est déjà produit, Sharvan Boyjoonauth a convié Belingo Faro (claviers), Jean-Noël Désiré Ladouce (saxo), Sivaramen Marday (kanjira) Selvinen Nullah (ghatam) et Andissen Moothen (morsing) et lui-même au chant et violon. « Pour nous, il s’agit certes d’un hommage mais aussi la poursuite de notre action en vue de disséminer la richesse de la tradition musicale carnatique », fait valoir Sharvan Boyjoonauth. 

Mais comment rendre justice à une musique à la fois laborieuse et tellement éloignée  des goûts populaires ? « Évidemment, nous ne pourrons jamais égaler la virtuosité du Dr Gopalnath, mais nous nous sommes employés à nous en rapprocher en adoptant la même démarche, grâce à Jean-Noël Désiré Ladouce, qui jouera le saxo dans un esprit fusion », répond-il.

Incursion au cinéma

En fait, c’est au groupe, qui s’est déjà rencontré autour des expériences fusion, de créer les sonorités de cette musique en vue de restituer le registre du Dr Gopalnath. « Dans la tradition carnatique et dans le registre de la musique fusion, les reprises n’existent pas littéralement, ce sont les idées et la démarche qui sont privilégiées. Pour appréhender cette musique, il faut oublier le registre occidental, tant les gammes sont ancrées dans la tradition musicale du sud de l’Inde », fait valoir Sharvan Boyjoonauth.

Le Dr Gopalnath avait lui-même été tenté par une incursion au cinéma dans le film Duet, en collaboration avec le compositeur AR Rahman. Sans toutefois avoir été trop passionné par cette expérience. Il choisit plutôt de travailler avec des musiciens de jazz, dont le flûtiste américain James Newton ou le saxophoniste et compositeur Rudresh Mahanthappam, établi aux États-Unis.

Ce concert marque la fin d’une année moyenne pour Sharvan Boyjoonauth, qui avait dû freiner ses activités musicales pour des raisons de santé. « Mais, cette année, je me suis investi dans des stages d’initiation à la musique carnatique dans des écoles du Sud, et j’avais prévu de me rendre aux quatre coins de l’île, mais ma santé m’a quelque peu entravé », explique-t-il.  

« L’idée, poursuit-il, est de démontrer que la musique peut remplir une double fonction durant les études en primaire et secondaire, elle est d’abord un véritable sujet qui peut être inscrit au programme, ensuite elle sert à décompresser les élèves. Pour y arriver, il faut que le ministère de l’Éducation l’inscrive au programme et que les parents permettent à leurs enfants de suivre ces cours. Dans tous les pays, même les plus pauvres en Afrique, ces cours d’initiation aux arts en général, existent, pourquoi à Maurice, il n’y a aucun espace pour la musique ou le théâtre ? » se demande le chanteur, titulaire du titre de vidwan en chant carnatique d’une université du Tamil Nadu.

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