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Commission d’enquête sur la drogue : retrouvez de larges extraits de l’audition de Roubina Jadoo-Jaunbocus

Elle a dû affronter un feu roulant de questions. Tant et si bien qu’elle a fini par craquer et a fondu en larmes. L’avocate et députée du Mouvement socialiste militant, Roubina Jadoo-Jaunbocus, a été entendue par la commission d’enquête sur la drogue ce mercredi 12 juillet. 

Vêtue d’un churidar blanc, tenant entre ses mains un dossier, l’élue de la circonscription no 2 [Port-Louis Sud/Port-Louis Centre] est arrivée au siège de la commission, à Port-Louis, à 12 h 55. Elle est accompagnée de son avocat, Me Robin Ramburn.

Roubina Jadoo-Jaunbocus et son avocat, Me Robin Ramburn, à leur arrivée au siège de la Commission d’enquête ce mercredi après-midi.


Roubina Jadoo-Jaunbocus, qui est aussi Parliamentary Private Secretary (PPS), est mitraillée par des photographes de presse. Les flashs des caméras crépitent. La salle où se déroulent les auditions est pleine à craquer. La séance débute.

La PPS est d’abord confrontée à un appel téléphonique du détenu Peroomal Veeren, qui purge une peine de 34 ans de prison pour trafic de drogue. «Vous avez reçu cet appel et vous vous êtes rendue à la prison le lendemain matin», lui lance Paul Lam Shang Leen.

L’avocate dit ne pas se souvenir des détails, mais estime que cet appel devait avoir trait à la détention de Peroomal Veeren. L’ancien juge lui rappelle alors que c’est un délit de communiquer avec les prisonniers par des moyens inappropriés.

Ci-dessous des extraits de l’interrogatoire de Roubina Jadoo-Jaunbocus :

Paul Lam Shang Leen : Vous devez savoir que c’est un délit de communiquer avec un prisonnier par des moyens inappropriés …. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Quand on reçoit un appel téléphonique, on ne sait pas qui en est l’auteur. De ce fait, on prend l’appel. On ne connait pas tous les numéros de téléphone. 

Paul Lam Shang Leen : Vous devez savoir de qui il s’agissait car vous êtes allée à la prison le lendemain matin. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je m’y suis rendue tôt avant le début des travaux en Cour. 

Paul Lam Shang Leen : L’appel a été passé pendant la journée. Vous vous y êtes rendue le matin suivant. Qu’il s’agisse d’une requête ou pas, vous vous y êtes rendue…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : […] J’ai reçu un appel d’un client et je suis allée le voir. Les prisonniers ont accès au téléphone. 

Paul Lam Shang Leen : Je ne vous aurais pas interrogée s’il s’agissait d’une ligne fixe. C’était un téléphone cellulaire. Quand nous avons vérifié la liste des prisonniers, nous avons constaté qu’il y avait des trafiquants de drogue. Parmi, Chukory Hassen, Emilien, Arjoon. Vous les avez rencontrés. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je me souviens de certains, d’autres non. 

Paul Lam Shang Leen : Je vous donnerai les dates que j’ai obtenues du livre des visiteurs [à la prison]. Je ne sais pas comment vous avez géré cela. Vous avez rendu visite à 37 prisonniers en un jour, dont Fazal Hussein et Bottesoie. Vous avez rencontré plusieurs d’entre eux. Ils ne sont pas vos clients…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Tout a commencé avec les frères Sumodhee [NdlR : deux des condamnés dans l’affaire L’Amicale]. Ils m’avaient appelée par rapport à leur demande de révision de sentence. En 2008 ou 2009, j’avais écrit à la commission de pourvoi en grâce. Ils [les frères Sumodhee] voulaient que je m’occupe de l’affaire Philibert. Ils m’avaient dit : ‘Venez à la prison s’il vous plaît pour voir comment nous pouvons procéder avec notre sentence.’ Je suis allée voir ces prisonniers dans un ‘cubicle’. Ils m’ont fait attendre et j’ai vu un certain nombre de prisonniers. C’était comme un ‘lecture hall’. Ils me demandaient mon avis sur le cas de Philibert et ses implications légales. Il y avait plus d’un plaignant. […]

Paul Lam Shang Leen : La visite aux Sumodhee a eu lieu en 2007. Mais votre visite à 37 prisonniers remonte à 2009. Il y a un danger de « unsolicited requests ». Vous devez suivre les procédures. Peut-être que vous ne vous en rendez pas compte. Quand vous voyez 37 prisonniers, vous devez savoir s’ils viennent du même bloc. C’est très étrange. Ils ne sont pas tous des trafiquants de drogue, mais plusieurs d’entre eux le sont. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je ne savais pas qu’ils allaient tous venir. 

Paul Lam Shang Leen : Vous auriez dû refuser de voir les 37 prisonniers ! Vous avez fait la même chose avec des prisonnières. C’était des « unsolicited visits ». 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Pour ce qui est du cas d’Arjoon, quelqu’un d’autre a pris l’affaire en main. Une autre affaire le concernant avait été rayée. Nous avions dû ensuite déposer le ‘main case’. 

Paul Lam Shang Leen : Je dis simplement qu’il faut qu’il y ait une raison pour aller les voir. Vous avez vu Veeren alors que vous êtes le ‘counsel’ no 22. Qu’en est-il des autres avocats ? Ils ne sont pas bons ? Nous nous attendons à ce que les hommes de loi respectent le code d’éthique. Et vous n’êtes pas la seule. Il y a tant d’avocats juniors qui y vont. Tout cela à titre gracieux [pro bono] ? Nous avons vérifié votre compte bancaire. Pourquoi nous sommes-nous intéressés à vos revenus ?  C’est parce que les avoirs de la plupart des trafiquants de drogue ont été gelés. Vous avez rendu visite à une prisonnière australienne. Pourquoi ? Vous n’étiez pas son avocate…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Quelqu’un m’avait appelée pour me demander de la rencontrer afin de discuter de son affaire en Cour. 

Paul Lam Shang Leen : Vous l’avez rencontrée après que son appel a été rejeté ! Je m’attendais à ce que vous fassiez des vérifications sur Internet. Connaissez-vous Bibi Ameenah Noordally ? Qui est-elle ?

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Elle était venue me voir à mon étude. 

Paul Lam Shang Leen : Elle ne pouvait pas ! Elle était en prison ! Vous étiez accompagnée d’un Senior Counsel…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Peut-être pour préparer sa défense. 

Paul Lam Shang Leen : Elle est la belle-mère de Peroomal Veeren. Vous voyez toutes ces connections ? Vous les avocats, vous jouez le jeu ! Puis, vous avez disparu.  Me Mooneapillay avait pris le relais. Vous ne réalisez pas que tout le problème a été maintenant dévoilé. Le problème de la drogue est à la prison. Je ne sais pas s’ils sont en train de vous utiliser. Une chose est troublante : il se peut que vous ayez contacté l’avocate Trisha Shamloll avant qu’elle ne dépose ici. C’est notre information. Sa belle-mère travaille pour vous. Elle nous a dit qu’elle a refusé de prendre vos appels. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je n’ai aucune raison de contacter Mlle Shamloll.  

Paul Lam Shang Leen : Nous vous le demandons. N’oubliez pas que vous déposez sous serment. Me Trisha Shamloll était-elle votre junior ?

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Elle a travaillé à mon étude mais elle n’était pas mon junior. 

Paul Lam Shang Leen : Qui est M. Abdool Gafoor Jeetoo ? Une grosse d’argent, quelque chose comme Rs 100 000, avait été transférée sur votre bancaire…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je n’ai pas vu. Je ne sais pas. 

Paul Lam Shang Leen : Vous devriez vérifier votre compte bancaire. C’est le vôtre. Un compte à la State Bank of Mauritius. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Ah ! Je m’en souviens maintenant. 

Son avocat, Me Robin Ramburn, intervient. « C’est une affaire privée », dit-il. 

Roubina Jadoo-Jaunbocus sort alors un morceau un papier sur lequel elle écrit quelque chose qu’elle remet à un préposé de la Commission d’enquête. Ce dernier le remet à son tour au Président Paul Lam Shang Leen. 

Paul Lam Shang Leen, après avoir lu le morceau de papier, reprend : Cela ne me concerne pas. Mais les noms que je vous ai montrés sont tous ceux de trafiquants de drogue. Vous aviez représenté Peroomal Veeren en compagnie de Me Guy Ollivry. Puis vous dites que vous ne vous occupez pas des affaires de drogue…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : J’ai travaillé avec des Senior Counsels. Me Ivan Collendavelloo nous a toujours enseigné ‘to be upfront’. 

La PPS craque et fond en larmes…

«J’ai des enfants, je ne ferai jamais une telle chose», dit-elle.


 

Paul Lam Shang Leen, le président de la Commission d’enquête sur la drogue. 

Sam Lauthan, l’un des deux accesseurs de Paul Lam Shang Leen, prend le relais. 

Sam Lauthan : Vous étiez le junior de qui ? 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : De Me Ivan Collendavelloo. 

Sam Lauthan : Peroomal Veeren a 20 avocats.  Comment collaborent-ils ?

Roubina Jadoo-Jaunbocus : J’étais là-bas comme junior. Je faisais des travaux de recherche, parfois je le représentais en cour de justice…

Sam Lauthan : Pouvez-vous encore une fois vous expliquer sur ces 37 détenus ?

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je les ai tous rencontrés ‘in one go’. J’ai attendu à la prison pendant une heure. Puis, le service de sécurité a procédé à des vérifications. Je m’attendais à aller dans la salle où les avocats rencontrent leurs clients. Mais des préposés m’ont dit de prendre les escaliers. J’ai attendu et j’ai entendu des pas. Je suis entrée dans la salle. Je ne connaissais personne. C’était un genre de session de conseil. On discutait des cas de jurisprudence pour voir si ces gens-là pouvaient demander la liberté provisoire. C’était beaucoup plus sur des points légaux qu’autre chose. It was not a drug thing. 

Sam Lauthan : Sans le savoir, vous êtes en train d’être utilisée par ces personnes…

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Prisons should really not allow… 

Sam Lauthan : Pouvez-vous nous éclairer sur le rôle des juniors qui sont délégués par des Seniors Counsels ?

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Je ne sais pas. Mais cela pourrait arriver.


 

Paul Lam Shang Leen reprend l’interrogatoire de la PPS : Je ne vois pas les noms sur votre liste. Il n’y a que 2 noms sur 37. Vous êtes allée voir des prisonniers. Mais ils ne voulaient pas vous voir… 

Roubina Jadoo-Jaunbocus : Parfois le ‘welfare office’ fait des appels et parfois je reçois des lettres…

Avant la fin de l’audition, l’ancien juge a révélé que Roubina- Jadoo Jaunbocus avait rendu visite à une détenue 16 décembre 2014, juste après les élections générales. La députée a nié mais Paul Lam Shang Leen lui a rappelé que la commission est en présence des Record Books de la prison.

Roubina Jadoo-Jaunbocus devra revenir devant la commission dans deux semaines pour s’expliquer sur ces détails.

A sa sortie de la cour commerciale où se déroulent les travaux de la commission d’enquête, elle n’a pas voulu répondre aux questions des journalistes. Son avocat, Me Robin Ramburn, a fait une brève déclaration [voir vidéo]. Rendez-vous est pris dans deux semaines pour la suite de son audition. 

Compte-rendu de Ruzayna Beegun

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