Commission d’enquête sur Britam : comment NPFL a été traitée de paillasson

Gautam Saddul, Richard Li Tung Chung et Akilesh Deerpalsing. Gautam Saddul, ex-chairman de NPFL et Richard Li Tung Chung, actuaire. Akilesh Deerpalsing.

Une série de témoins, issus de l’ancien conseil d’administration de National Property Fund Ltd, ont défilé devant la commission d’enquête sur Britam vendredi. Ils ont relaté comment ils ont subi des pressions pour vendre les actions de Britam Kenya, sans avoir vraiment participé à la prise de décision.

Ils ont servi de rubber stamp. Telle est l’image qu’ont dépeinte les témoins de National Property Fund Limited (NPFL) convoqués par la commission d’enquête sur Britam vendredi, pour expliquer la vente des actions de l’ex-BAI à cette firme kenyane. En sus d’Akilesh Deerpalsing, conseiller de Roshi Bhadain, l’ex-ministre des Services financiers, plusieurs membres du board de NPFL disent avoir été induits en erreur par certains conseillers de l’ancien ministre. La firme BDO, administrateur spécial lors des transactions, a été désignée comme responsable des pressions exercées.

Gautum Saddul, l’ex-président du board de NPFL, cuisiné par l’ex-juge Bhooshun Domah, président de la commission et ses deux assesseurs Sattar Hajee Abdoula et Imrith Ramtohul, a soutenu que NPFL n’a pas vraiment eu son mot à dire dans cette vente des actions de Britam Kenya. « Nous avons reçu une requête de BDO pour approuver cette vente », a-t-il déclaré, au grand étonnement de Bushan Domah.

C’est le 16 juin 2016 que BDO adresse un courriel, demandant l’approbation de NPFL pour la vente des actions de Britam Kenya. Les directeurs refusent, ignorant tout de cette transaction. NPFL réclame un document de son actionnaire principal, le gouvernement, confirmant qu’il approuvait cette vente. Cela est fait sous forme d’une missive du ministère des Services financiers, le 20 juin 2016. Le même jour, le conseil se réunit et donne son approbation. « Nous avons été mis devant un fait accompli », assure Gautum Saddul.

Les autres directeurs de NPFL témoignent de cette version des faits. Shakuntala Devi Gujadhur-Nowbuth, Permanent Secretary au ministère de l’Agro-industrie insiste que NPFL s’est contentée de « take note » de la vente, sans prendre de décision. « On nous a indiqué que cette vente des actions était une décision du cabinet », explique-t-elle, précisant que le « on » était en fait Bénito Élisa, conseiller du ministre de tutelle.

Richard Li Tung Chung, actuaire et autre membre du conseil, explique que l’aval de NPFL était indispensable pour le transfert des actions Britam Kenya à cause des règlements de ce pays. Ce qui a poussé plusieurs des acteurs concernés à faire pression pour hâter la vente. « C’était peut-être une erreur de jugement sous pression et nous voulions nous protéger », a-t-il argué. Qui ont exercé ces pressions ? Il a mis en cause les partenaires de BDO, le CEO de NPFL et les conseillers du ministère, dont Faadil Ramjaunally. « Il m’a appelé pour me dire qu’il voulait me rencontrer et me faire signer la résolution », affirme Richard Li Tung Chung.

Javed Suhootoorah, analyste du ministère des Finances, relate aussi comment dans une réunion dans leurs bureaux, BDO a fait une présentation ‘PowerPoint’ sur la vente des actions, mais n’a pas été capable de soumettre un rapport de due diligence sur les potentiels acheteurs des actions Britam Kenya. Ce qui a convaincu les directeurs de NPFL de ne pas autoriser la vente. De plus, aucun procès-verbal de cette réunion n’a été dressé.

Akilesh Deepalsing, l’ancien conseiller de Roshi Bhadain, a également reçu un savon de la commission d’enquête. Lors de son passage devant la commission, le 6 septembre 2017, il a produit des notes of meetings qu’Afsar Ebrahim, un des partenaires de BDO, devait remettre à la commission le 13 décembre 2017. Il a expliqué qu’il avait obtenu ces documents des partenaires de BDO pour confirmer ce qui s’était dit dans une réunion au Kenya à laquelle participait Vidianand Lutchmeeparsad, secrétaire financier au ministère des Finances. Les assesseurs de la commission ont estimé qu’il s’agissait d’une interférence auprès des témoins de l’affaire, ce qu’ils n’ont pas apprécié. Akilesh Deepalsing a indiqué qu’il dénoncerait au Central CID un cas de forgery, vu qu’il y aurait deux versions de ce procès-verbal.