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Commission Caunhye - Affaire Sobrinho : Ameenah Gurib-Fakim implique Dass Appadu

Ameenah Gurib-Fakim et Dass Appadu. Ameenah Gurib-Fakim affirme que c’est Dass Appadu (à g.) qui s’est occupé de l’installation du Planet Earth Institute à Maurice en faisant le lien entre l’institut en Angleterre et les autorités mauriciennes.

« Le Planet Earth Institute lancé avec l’approbation de SAJ ; les ministres Anil Gayan et Ivan Collendavelloo ont assisté au lancement », dit l’ex-présidente

Le duel entre Ameenah Gurib-Fakim et Dass Appadu se joue à coups d’allégations et de démentis devant la Commission Caunhye. Dans une longue déclaration écrite, l’ancienne présidente de la République a réfuté, le lundi 11 février, les allégations portées contre elle. Elle a remis une copie du document à la commission avant d’en lire le contenu.

Ameenah Gurib-Fakim a vivement critiqué l’ancien secrétaire à la State House, Dass Appadu. Elle a fait comprendre à la commission que c’est le haut fonctionnaire qui se chargeait du fonctionnement du bureau de la Présidence.

Revenant sur sa nomination, elle a souligné que c’est Ivan Collendavelloo qui lui a parlé avant les élections. « Il a dit que je respectais les critères, c’est-à-dire que je suis une femme et musulmane de surcroît. » De plus, sa relation avec sir Anerood Jugnauth (SAJ) était cordiale et presque amicale lorsqu’elle a occupé le poste de chef de l’État. « SAJ approuvait mes activités. Je l’informais de mes missions. Il était au courant de mes déplacements avant même que je ne voyage. »

Elle a précisé qu’elle rencontrait SAJ chaque semaine. « Il me demandait de lui envoyer les procès-verbaux de mes missions car il disait que sa mémoire flanchait. C’est d’ailleurs la raison qui l’a poussé à quitter le poste de Premier ministre. »

Ameenah Gurib-Fakim a affirmé que SAJ lui faisait aussi part des sentiments de ses ministres. Elle parle d’une occasion où le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, s’était plaint qu’elle soit invitée à signer des documents à l’European Development Days en juin 2016 à Bruxelles. « Le ministre ne voulait pas que je signe l’Accord de Paris à New-York. J’ai dû sortir de la salle lors de la signature. Je ne considérais pas le poste de président comme une position réservée au coupage de ruban… »

L’ancienne présidente de la République a fait comprendre que son but était de faire avancer le pays. Elle dit qu’elle était inspirée par les pays ayant favorisé la technologie et la science. Elle a ajouté que ces pays attirent des investisseurs et philanthropes à travers la mise sur pied de structures.

Ameenah Gurib-Fakim a expliqué que ses relations avec l’actuel Premier ministre étaient bonnes. Ce serait, selon elle, lorsqu’elle a émis des réserves sur des nominations, surtout celles nécessitant le concours de la présidence, que leurs relations sont devenues conflictuelles. « C’est sur ses conseils que j’ai nommé le président de la Public Service Commission et Sharmila Sonah-Oree à l’Electoral Supervisory Commission. »

Si elle a affirmé que sa relation avec Pravind Jugnauth demeurait cordiale, elle a toutefois précisé que c’est une autre personne qu’elle avait rencontrée lorsque celui-ci et Ivan Collendavelloo étaient allés la voir pour lui demander de partir. C’était après la publication d’un article de presse sur ses cartes bancaires et la mise sur pied d’un tribunal pour trancher sur ses « agissements ».

Ameenah Gurib-Fakim dit se souvenir que SAJ lui avait parlé pour lui demander de s’en aller « tranquillement » afin de ne pas avoir à faire face à un tribunal. « Je lui ai dit que je n’avais rien à cacher et que je ferais face à un tribunal s’il le fallait. »

Interaction avec l’ancien Dass Appadu

Du 5 juin 2015 au 3 novembre 2016, Dass Appadu était rattaché à la présidence. Ameenah Gurib-Fakim a fait comprendre qu’alors, elle ne savait rien du déroulement du travail d’un président. Elle a souligné qu’elle a connu Dass Appadu lorsqu’elle a débuté comme clerc au ministère de la Santé en 1978. À l’époque, le haut fonctionnaire était son « senior ».

« Lorsque je suis arrivé à Réduit, Dass Appadu y était déjà. Je ne connaissais rien des procédures de transfert d’un fonctionnaire », a-t-elle expliqué. C’est après que Dass Appadu lui a fait comprendre que le bureau de la présidence fonctionnait comme un tout autre ministère et qu’il était le responsable du fonctionnement de la State House. « Il disait qu’il était l’unique interface entre les autres organismes et le bureau. Il citait la Constitution et les règlements donnant l’impression qu’il s’y connaissait, car il était en poste depuis trois ans. »

C’est Dass Appadu qui rédigeait les discours de la présidente. Il était même disponible les week-ends. Ameenah Gurib-Fakim a confié qu’elle dépendait de ses conseils pour prendre des décisions. « Dass Appadu se vantait tout le temps d’être le meilleur secrétaire permanent. Il faisait tout pour se rendre indispensable. » Elle a souligné qu’il l’accompagnait dans ses missions et qu’il assistait à toutes les réunions. Elle a aussi dit qu’il veillait à ce qu’elle ait un accès VIP lorsqu’elle voyageait.

Ameenah Gurib-Fakim dit avoir appris, en juin 2015, que les dépenses des voyages du président de l’époque et de ses prédécesseurs étaient regroupées sous un seul fonds. Dass Appadu l’aurait informée que le fonds n’allait pas suffire, car en janvier 2016, Cassam Uteem avait puisé Rs 1,2 million. Dass Appadu avait écrit au secrétaire au cabinet pour budget additionnel.

Ameenah Gurib-Fakim dit avoir demandé à Dass Appadu de faire en sorte que les budgets des anciens présidents et de celui de l’époque soient séparés. Mais en octobre 2016, elle aurait appris, à travers un document officiel, que Dass Appadu allait être transféré car il ne conseillait pas adéquatement. « Il m’a dit qu’il allait écrire au Premier ministre pour faire annuler cette décision. Il m’a demandé de signer la lettre. J’ai été choquée d’apprendre que Dass Appadu était venu dire devant la commission que je n’écoutais jamais ses conseils. »

Ameenah Gurib-Fakim a expliqué qu’elle a collaboré avec lui car il était professionnel et qu’il réalisait les projets identifiés. « C’est vrai que j’étais triste lorsqu’il est parti. Mais ce n’est pas bien de dire que j’étais désespéré ou, comme il l’a dit devant la commission, je venais le supplier de m’aider. »

L’ancienne présidente de la République a dit qu’elle n’a jamais demandé à Dass Appadu de continuer à venir à la State House ou de donner des ordres aux employés du Château du Réduit. « J’étais choquée d’apprendre qu’il a dit que je l’ai forcé à prendre un poste à Alvaro Sobrinho Africa (ASA). » Elle a ajouté que lorsque Dass Appadu avait pris un congé, ce dernier lui avait dit qu’on l’avait débauché au Planet Earth Institute (PEI).

Un nouveau fonctionnaire a alors remplacé Dass Appadu. Ameenah Gurib-Fakim a confié que c’était difficile de travailler avec la nouvelle secrétaire à la présidence. Elle a cité un incident qui s’est produit en décembre 2016. Elle devait assister à une conférence organisée par le PEI et la Bill and Belinda Gates Foundation. Les organisateurs avaient payé pour le voyage mais la secrétaire à la présidence avait omis d’organiser un moyen de transport pour la présidente. C’est une personne du PEI qui a aidé Ameenah Gurib-Fakim à trouver un transport. Cet incident a été soulevé au Parlement par le leader de l’opposition.

L’ancienne présidente a tiré à boulets rouges sur Dass Appadu en affirmant qu’il avait maintenu une fonctionnaire en suppléance et que celle-ci touchait des allocations sans les mériter. La fonctionnaire a été transférée après le départ de Dass Appadu. Début 2017, une autre secrétaire à la présidence a été nommée. C’est elle qui a informé l’ancienne présidente de l’existence du compte PEI. La fonctionnaire aurait informé Ameenah Gurib-Fakim qu’elle fermait le compte en mars 2017, soit après la démission de cette dernière du PEI.

« Je n’étais pas au courant des arrangements entre Dass Appadu et l’Accountant General », martèle l’ex-présidente. Elle a réfuté les allégations de Dass Appadu à l’effet qu’elle avait demandé le transfert de la nouvelle secrétaire à la présidence. En mai 2017, Motichand Seebah est arrivé comme secrétaire à la présidence. Ameenah Gurib-Fakim a fait comprendre que celui-ci n’a jamais soulevé les problèmes qu’il a évoqués devant la commission. Elle a même parlé d’une plainte formulée par une fonctionnaire contre Motichand Seebah au sujet de sa conduite envers elle.

Comment elle a rejoint le PEI

En juin 2015, Dass Appadu lui aurait fait part d’une lettre l’invitant à animer une conférence du PEI en Afrique du Sud. Elle y a rencontré les dirigeants de l’institut. Elle a été invitée à rejoindre le PEI pour discuter des dossiers scientifiques en Afrique. « J’ai vu une opportunité pour Maurice. J’ai demandé conseil à Dass Appadu qui m’a répondu que la Constitution ne disait rien à ce propos et que ce poste ne rapportait pas de revenus. J’en ai parlé à SAJ et il était d’accord. »

Ameenah Gurib-Fakim a fait ressortir que c’est Dass Appadu qui s’est occupé de l’installation du PEI à Maurice en faisant le lien entre l’institut en Angleterre et les autorités mauriciennes. En septembre 2015, Dass Appadu avait complété les démarches pour l’adhésion d’Ameenah Gurib-Fakim à l’organisme. « Le PEI a été lancé avec l’approbation de SAJ. Les ministres Anil Gayan et Ivan Collendavelloo ont assisté au lancement », a avancé l’ancienne présidente de la République. 

Elle a qualifié de « gratuites » les allégations faites au sujet de ses relations avec Alvaro Sobrinho. « Dass Appadu est venu dire que je partais faire de longues marches dans les jardins du Réduit avec Alvaro Sobrinho. J’accompagnais les visiteurs dans le jardin mais jamais seule. » Elle a aussi dit que le parlementaire Lord Paul Boateng lui avait assuré que les investissements d’Alvaro Sobrinho étaient les bienvenus dans plusieurs pays d’Afrique.

« Je réfute les allégations de Dass Appadu disant que j’ai été directement impliquée dans l’octroi d’accès VIP au pays à Alvaro Sobrinho et à son entourage. Aucune demande de la sorte n’est passée sur ma table. Je suis choquée d’apprendre que certains accès ont été octroyés sur la base que ces gens étaient les invités de la présidente. Je ne connais pas la plupart de ces gens. Dass Appadu a voulu faire comprendre à la commission que je suis liée à l’affaire Sobrinho. Je rappelle qu’il a adhéré au groupe ASA de son propre gré. »


Les licences

Ameenah Gurib-Fakim a affirmé ne pas savoir si Mauricio Fernandes avait pris contact avec le ministère des Services financiers en avril 2015 au sujet du PASSET Fund alors qu’elle a pris ses fonctions en juin 2015. Concernant sa communication avec Akilesh Deerpalsingh, elle a souligné que Mauricio Fernandes a simplement envoyé un e-mail qu’elle lui avait fait parvenir à l’ancien conseiller au ministère pour le remercier de l’avoir rencontré.

De plus, Ameenah Gurib-Fakim a dit que le ministre d’alors, Roshi Bhadain, avait demandé au directeur de la Financial Services Commission (FSC) d’assister à une présentation d’Alvaro Sobrinho sur ses ambitions d’investir à Maurice. « Un déjeuner avait été organisé pour que Mauricio Fernandes explique aux représentants de la FSC son programme d’investissement. Ce déjeuner a été organisé par Dass Appadu. Il y était même présent. Je ne lui ai jamais demandé d’enquêter sur la progression de l’octroi de permis comme il l’a faussement affirmé. » Ameenah Gurib-Fakim a expliqué qu’elle n’a jamais voulu influencer l’octroi de permis et que ses discussions avec le directeur de la FSC portaient sur la stratégie visant à attirer des investisseurs à Maurice.

Concernant le Réduit Appeal Fund, elle a déclaré avoir laissé à Dass Appadu le soin de gérer le fonctionnement du fonds sans savoir comment il était administré. « Il a dit que je me concentrais sur les activités du PEI uniquement. Mais allez voir… vous verrez le nombre d’activités entreprises par la présidence lorsque j’étais en poste. » Elle a fait comprendre qu’à aucun moment elle n’a organisé seule le Pakistan Day. L’ancienne présidente a confié que Dass Appadu avait la responsabilité de l’organisation.



La carte de crédit

Tout ce qu’a dit le représentant de la Barclays est vrai, selon Ameenah Gurib-Fakim. Toutefois, elle a fait ressortir qu’elle a parlé de la carte de crédit au Premier ministre lors de leurs rencontres hebdomadaires. La carte a été émise en mai 2016, mais c’est en septembre 2016 qu’elle a été utilisée lors d’un voyage aux États-Unis. Elle a été utilisée pour régler des dépenses de dernière minute, a-t-elle dit. Elle a soumis d’autres détails par écrit.


Location de voitures : les réclamations d’une entreprise française épluchées

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Preetee Guirdharry, Management Support Officer à la présidence.

Plus tôt, Preetee Guirdharry, Management Support Officer à la présidence, a déposé devant la commission. Le juge Asraf Caunhye l’a interrogée sur une série de courriels échangés entre elle, Ameenah Gurib-Fakim et l’African Academy of Science (AAS), Mauricio Fernandes et l’ambassade de Maurice en France. Les e-mails portaient surtout sur le versement de 30 060 euros à une société de location de voitures. Cela concernait les déplacements d’Ameenah Gurib-Fakim à Paris, Rome et Vienne. Les difficultés dans les paiements et le non déboursement des fonds par le gouvernement mauricien, pour des raisons administratives, ont été évoqués dans les échanges. Le numéro de compte bancaire de la firme a été envoyé à AAS pour que le paiement soit effectué par l’organisme. Preetee Guirdharry a fait ressortir que c’était la première fois que la présidence faisait face à ce type de problème nécessitant l’intervention de l’ancienne présidente. 


Commission Moollan

Ameenah Gurib-Fakim a avoué que Motichand Seebah n’a pas été informé de la mise sur pied de la commission. Elle voulait simplement répondre aux commentaires de la presse en faisant cela. Elle a souligné que l’avoué Robert Noel lui a fait comprendre que c’est la prérogative de la présidence de mettre sur pied une commission. Elle a aussi expliqué que l’avocat Yousuf Mohamed lui a donné le feu vert pour aller de l’avant avec la commission « de façon floue ».

Concernant les cadeaux reçus à travers la poste, elle a affirmé que les employés de son bureau s’occupaient de les rapatrier et de les réceptionner. Ameenah Gurib-Fakim n’était au courant pour les cadeaux que lorsque les employés les lui remettaient. Pour répondre aux allégations selon lesquelles des pages ont été déchirées des carnets de visites, l’ex-présidente a dit qu’elle utilise un calendrier électronique synchronisé, affirmant n’avoir jamais tenu un carnet en papier.