Commerce : l’Association of Mauritian Retailers réclame des règles équitables
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Le Défi Quotidien
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Aujourd’hui, la montée des plateformes internationales et du commerce en ligne transforme profondément les habitudes de consommation à Maurice, mais elle suscite aussi de vives inquiétudes chez les commerçants locaux. Face à des règles du jeu jugées inéquitables, les opérateurs du commerce de détail appellent à une régulation plus stricte pour rétablir une concurrence équitable.
La problématique dépasse la simple concurrence : elle touche à l’équité du marché. Les commerçants établis doivent supporter des coûts importants liés aux loyers, salaires, TVA, licences, contributions sociales, normes de conformité et charges énergétiques. À l’inverse, certaines plateformes étrangères opèrent dans un cadre beaucoup moins contraignant, voire dérégulé, tout en vendant directement aux consommateurs mauriciens sans réelle présence locale.
Dans son mémorandum budgétaire 2026-2027, l’Association of Mauritian Retailers (AMR) alerte les autorités et appelle à rétablir un « level playing field » dans le secteur du commerce. Selon l’association, les plateformes internationales bénéficient d’un avantage concurrentiel majeur puisqu’elles ne sont pas soumises aux mêmes obligations fiscales, réglementaires et sociales que les opérateurs du commerce de détail mauriciens. Elles échappent notamment aux coûts liés aux infrastructures locales et aux contraintes administratives imposées aux entreprises établies à Maurice.
L’AMR estime que cette asymétrie devient de plus en plus difficile à soutenir pour les acteurs locaux. Sans régulation adaptée, les ventes des commerces traditionnels pourraient chuter de 30 % à 50 % dans certains segments. Parmi, l’habillement, les accessoires, les articles ménagers et les petits équipements électroniques.
La concurrence ne se limite pas aux plateformes internationales. Le commerce informel sur les réseaux sociaux prend également de l’ampleur. De nombreuses transactions sont désormais réalisées via Facebook, Instagram, TikTok ou WhatsApp, souvent sans Business Registration Number (BRN), sans TVA et sans protection suffisante du consommateur. Cette situation crée une forte distorsion de concurrence pour les opérateurs formels, estime l’association.
Les commerçants dénoncent plusieurs problèmes majeurs : évasion fiscale, absence de contrôle sur les produits vendus, non-respect des normes de sécurité, manque de garanties pour les consommateurs et absence de traçabilité des transactions. Au-delà de l’impact économique, ils estiment que cette situation fragilise la confiance dans l’écosystème commercial local.
Dans ce contexte, l’AMR propose une réforme rapide et structurée du commerce digital à Maurice. Elle plaide pour l’opérationnalisation des Fair Trading (E-Commerce) Regulations 2025, incluant plusieurs mesures clés : enregistrement obligatoire de tous les vendeurs en ligne, licence obligatoire pour les activités d’e-commerce, renforcement du contrôle et de la collecte de la TVA, surveillance accrue des ventes sur les réseaux sociaux et obligation pour les plateformes internationales de s’enregistrer localement.
L’association demande également que les plateformes étrangères soient soumises aux mêmes obligations fiscales que les entreprises mauriciennes. Un autre point de préoccupation concerne la sous-déclaration de la valeur des produits importés via certaines plateformes, ce qui fausse la concurrence. L’AMR recommande que la Mauritius Revenue Authority (MRA) applique la TVA sur la valeur réelle des marchandises et renforce les contrôles sur les importations liées au e-commerce.
Pour les opérateurs, il ne s’agit pas de freiner l’innovation ni le développement du e-commerce, désormais incontournable. L’objectif est plutôt de garantir un cadre équilibré où tous les acteurs du marché respectent les mêmes règles, afin d’assurer une concurrence saine et durable.
Parallèlement, l’Association of Mauritian Retailers s’inquiète aussi de la multiplication des foires commerciales et événements temporaires organisés dans les centres commerciaux. Initialement perçues comme des animations ponctuelles, ces foires sont désormais considérées comme une concurrence directe et parfois déloyale pour les commerçants permanents.
Le problème est particulièrement sensible lorsque ces événements se tiennent dans les centres commerciaux, où les détaillants paient déjà des loyers élevés et respectent des obligations contractuelles strictes. Selon l’AMR, cela crée un système à deux vitesses : d’un côté des commerçants permanents avec des coûts fixes élevés, et de l’autre des vendeurs temporaires bénéficiant d’un accès direct à la clientèle sans charges équivalentes.
Les commerçants dénoncent également la tenue de foires pendant les périodes de forte consommation comme Noël, Divali ou l’Eid, ce qui accentue encore les déséquilibres. Pour y remédier, l’AMR propose un encadrement plus strict des foires commerciales : instauration d’un permis obligatoire pour chaque événement, transparence totale sur les vendeurs participants, interdiction des foires durant les périodes stratégiques de novembre et décembre, et introduction d’une taxe temporaire afin de rétablir une équité avec les commerçants permanents.