Comment la guerre Israël–États-Unis contre l’Iran menace 50 milliards de dollars de transferts indiens
Par
Defimedia.info
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La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, entrée dans sa deuxième semaine, provoque une crise énergétique mondiale et menace d’entraîner l’ensemble du Moyen-Orient dans le conflit.
Au cœur des tensions figure le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 à 30 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux. En raison du conflit et des représailles iraniennes, cette voie maritime est pratiquement fermée, entraînant une flambée des prix du pétrole et perturbant l’approvisionnement énergétique.
Les répercussions se font sentir bien au-delà de la région, de l’Asie du Sud-Est au Pakistan. Mais l’Inde pourrait être particulièrement touchée si le conflit s’intensifie. Quatrième économie mondiale, le pays dépend fortement du Golfe pour ses besoins énergétiques, mais aussi pour les transferts d’argent envoyés par ses millions de travailleurs installés au Moyen-Orient.
Risque de pénurie énergétique
Plus de 80 % du gaz consommé par l’Inde et jusqu’à 60 % de son pétrole transitent par le détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie. En menaçant le trafic maritime dans cette zone, l’Iran a pratiquement paralysé cette route stratégique, empêchant les producteurs du Golfe d’acheminer pétrole et GNL par voie maritime.
La plupart des assureurs maritimes ont déjà suspendu la couverture des risques de guerre pour les pétroliers traversant le détroit. Mercredi, un navire thaïlandais à destination de l’Inde a également été attaqué, suscitant l’inquiétude à New Delhi.
En Inde, l’inquiétude gagne la population. Certains hôtels et restaurants envisagent de fermer et des files d’attente se forment pour l’achat de bouteilles de gaz domestique, malgré les assurances du gouvernement qui affirme disposer d’environ un mois de réserves. Les autorités ont même invoqué des mesures d’urgence pour éviter les achats de panique.
L’Iran justifie ses attaques en invoquant le droit à la légitime défense, affirmant utiliser le détroit d’Ormuz comme levier pour mettre fin au conflit. Plus de 1 300 civils auraient été tués en Iran depuis le début des frappes américaines et israéliennes.
Les marchés ont déjà réagi. Les prix du pétrole ont grimpé jusqu’à près de 120 dollars le baril avant de se stabiliser autour de 100 dollars, soit environ 40 dollars de plus qu’avant le début de la guerre. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont également menacé de bloquer totalement le détroit, avertissant que le prix du pétrole pourrait atteindre 200 dollars le baril.
Malgré la décision de l’Agence internationale de l’énergie de libérer un volume record de 400 millions de barils de pétrole, les marchés restent très volatils.
Selon Harsh V. Pant, vice-président du groupe de réflexion Observer Research Foundation à New Delhi, la sécurité énergétique de l’Inde pourrait être fortement affectée. « Les marchés de l’énergie sont déjà instables et les coûts augmentent, ce qui pourrait se traduire par des pressions économiques et inflationnistes plus larges », explique-t-il.
Les transferts d’argent menacés
L’Inde s’inquiète également pour les quelque 9,1 millions de ses ressortissants qui travaillent dans les pays du Conseil de coopération du Golfe — les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, Oman, le Koweït et Bahreïn.
Ces travailleurs envoient chaque année environ 50 milliards de dollars à leurs familles en Inde. Si la guerre se prolonge, ces transferts pourraient être menacés.
« Une perte de ces remises aurait un impact direct sur l’économie indienne et sur l’équilibre de sa balance commerciale », souligne Harsh V. Pant. « Il ne s’agit pas seulement de sécurité énergétique, mais aussi de sécurité économique. »
Des travailleurs indiens dans plusieurs pays du Golfe ont confié craindre pour leur emploi si le conflit s’aggrave. Plusieurs entreprises du secteur pétrolier et gazier ont déjà suspendu leurs activités en raison des attaques iraniennes.
« J’espère que cette guerre ne va pas durer, car je soutiens toute ma famille grâce à ce travail », confie un ouvrier du bâtiment indien installé dans le Golfe.
Selon l’ancien ambassadeur indien en Arabie saoudite, Talmiz Ahmad, chaque travailleur indien dans la région soutient en moyenne quatre à cinq personnes en Inde, ce qui signifie que près de 40 à 50 millions d’Indiens dépendent directement de ces revenus.
Un défi d’évacuation
En cas d’escalade majeure du conflit, l’Inde pourrait être confrontée à un immense défi : évacuer ses ressortissants du Golfe, qui constituent la plus grande communauté expatriée dans la plupart des pays de la région.
Si plusieurs milliers d’Occidentaux ont déjà quitté la région, la taille de la diaspora indienne rend toute évacuation extrêmement complexe. Sur les 35 millions d’expatriés vivant dans les pays du Golfe, environ 9,1 millions sont indiens.
« Dans une situation de guerre, aucun pays ne peut évacuer neuf ou dix millions de personnes », estime Talmiz Ahmad.
New Delhi a toutefois mis en place une cellule spéciale pour suivre l’évolution de la situation et répondre aux demandes de ses ressortissants. Les ambassades et consulats ont ouvert des lignes d’assistance permanentes et facilitent le retour de certains citoyens par des vols commerciaux ou spéciaux.
Les intérêts stratégiques de l’Inde
Pour Harsh V. Pant, la dépendance de l’Inde au pétrole du Moyen-Orient restera importante, même si le pays pourrait chercher des sources alternatives en cas d’escalade du conflit.
Le pétrole russe pourrait constituer une option, tout comme l’augmentation des importations d’énergie en provenance des États-Unis.
Sur le plan politique, la position du gouvernement de Narendra Modi est également critiquée par l’opposition, qui l’accuse de rester silencieux face à certaines évolutions du conflit.
Malgré ces critiques, les analystes estiment que l’Inde cherche avant tout à préserver ses relations économiques avec les pays arabes du Golfe et avec Israël, qui occupent une place centrale dans sa stratégie diplomatique et énergétique.