Economie

Comment élever vos poulets chez vous ?

poulet

Un Mauricien consomme en moyenne près de 35,9 kilos de poulet par an. Élever ses poulets soi-même peut vous faire réaliser des économies et vous donner la possibilité de vous alimenter sainement. Comment s’y prendre ? Combien faut-il investir ? Quels bénéfices pouvez-vous en tirer ?

Construire un enclos

Vous devez d’abord construire un enclos pour y mettre vos poussins. Sachez qu’il faut prévoir un pied carré pour chaque poulet. Donc, si vous prévoyez de prendre soin de 20 poulets, comptez un espace de 20 pieds carrés.

Où se procurer les poulets ?

Vous pouvez vous procurer des poussins sur commande à Avishop (anciennement connue comme la Maison du Petit Aviculteur) à Saint-Pierre ou encore chez Innodis Poultry à Beau Climat. Il est possible aussi de commander des poulets au ministère de l’Agriculture à Réduit. Il faut compter environ Rs 26-Rs 27 pour l’achat d’un poussin et environ Re 1,50 pour la vaccination (NdlR : ce qui permettra aux poussins d’être prémunis contre les maladies). Combien de variétés de poulets à élever sont disponibles sur le marché ?  Il y a le Cobb, le Hy-Line ou encore le Hubbard. « Pour du ‘backyard farming’, vous êtes autorisés à avoir jusqu’à 99 poulets. Au-delà, c’est considéré comme étant de l’élevage à grande échelle », indique un éleveur dans l’est de l’île.

Les nourrir

Une fois les poussins achetés, vous pouvez démarrer votre élevage. Il faut, toutefois, faire provision pour l’achat des aliments. Pour obtenir un poulet avec deux kilos de chair, il faudra qu’il consomme en moyenne un total de quatre kilos d’aliments (NdlR : ce chiffre englobe l’alimentation du poulet, du stade de poussin jusqu’à ce qu’il soit prêt à être consommé). Sachez qu’il existe plusieurs types d'aliments : le starter (quand ils sont au stade de poussin) ou encore le grower et le finisher, qu’on leur donne à mesure qu’ils grandissent. Vous pouvez acheter les aliments chez Livestock Feed Ltd, à Pailles, ou encore chez Meaders Feeds Ltd, à Riche-Terre. À titre d’indication, il faut compter entre Rs 106 et Rs 113 pour un sachet de 5 kilos (starter & finisher). Comptez Rs 910, Rs 880, Rs 845 pour un sachet de 50 kilos de starter, grower et de finisher respectivement.

Quand peut-on les consommer ?

« Il faut compter environ 45 jours avant de pouvoir abattre le poulet », indique notre interlocuteur. Vous pouvez obtenir 1,7 kilo de chair à consommer avec un poulet qui pèse 2 kilos de son vivant. 

L’investissement vs les économies

« Il faut compter un investissement d’environ Rs 110 à Rs 125 pour prendre soin d'un seul poulet (NdlR : ce montant inclut le coût du poussin et des aliments) », souligne l’éleveur. Qu’en est-il des économies que vous pouvez réaliser ? « Outre le fait que vous n’avez pas à acheter du poulet, vous obtenez une marge de profit de Rs 15 à Rs 20 sur chaque poule. Donc, plus vous élevez de poulets, plus vous économisez. Par ailleurs, vous pouvez aussi vous faire un peu d’argent si vous vendez le surplus de votre production », explique-t-il.

Quand le MAA encourage les gens à produire des œufs

Eric Mangar, agronome et porte-parole du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire (MAA), encourage les Mauriciens à élever des poulets dans leur cour. « Le poulet contribue à 40 % de nos besoins en protéine.  Les élever permet d’en avoir sous la main, mais c’est aussi un moyen de garder la génétique de nos poules d’autrefois. Qui plus est, vous pouvez faire du compost avec de la fiente de poulet », indique-t-il. Le Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire  (MAA) encourage aussi les Mauriciens à produire des œufs.

« Nous avons, en collaboration avec le gouvernement, lancé des micro-projets de production des œufs dans plusieurs régions de l’île (Le Morne, Congomah, Anoska, Pointe-aux-Piments, etc.). Ainsi, nous approvisionnons plusieurs familles en pondeuses et en aliment (NdlR : le MAA distribue les pondeuses durant les mois d’avril, mai et octobre », explique Eric Mangar. Le MAA vend également le surplus de pondeuses aux particuliers, à Rs 225 l’unité. Pour ce qui est des aliments, il faut compter Rs 425 pour le sachet de 25 kg.

Les vitamines pour les pondeuses coûtent Rs 15 le sachet. À savoir qu’une poule pondeuse peut pondre entre 250 et 260 œufs par an. « On peut garder une poule pondeuse pendant 12 à 16 mois. Passé ce délai, nous conseillons aux gens de les vendre ou de les consommer. Il faut toujours renouveler les pondeuses après ce délai », conseille Eric Mangar.

La consommation de poulet par tête d’habitant

  2015 2016
Poulet  36,17 kilos par an  35,66 kilos par an 
Œufs  7,98 kilos par an  7,85 kilos par an 
Source : Statistics Mauritius

Avantages et inconvénients

Avantages Inconvénients 
Votre poulet est plus sain Le voisinage peut se plaindre de l’odeur
Vous pouvez le consommer frais
Vous pouvez faire des économies
Vous pouvez vendre le surplus avec des marchands

Témoignage

Feroz Tegally : « Mes fils et moi nous faisons du poulet notre gagne-pain »

Un véritable success story. C’est ainsi qu’on pourrait qualifier le parcours de Feroz Tegally. Cet habitant de Goodlands de 63 ans, que rien ne prédestinait à devenir entrepreneur, est aujourd’hui à la tête du Al Riyan Poultry Farm Ltd. Gros plan sur sa carrière.

Nous sommes dans les années 80. Le chômage bat son plein dans le pays. Gagner sa vie est devenu un véritable parcours du combattant. Quand Feroz Tegally apprend que le Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire est en train d’encadrer les Mauriciens qui souhaitent se lancer dans la plantation ou l’élevage, il n’hésite pas une seule seconde. Et c’est ainsi que cet habitant de Goodlands se retrouve à élever 50 poulets. Un chiffre qu’il augmentera à 150 en période de fin d’année.

« Auparavant, je faisais de l’élevage dans ma cour. Mais, à force d’élever des poulets pour les revendre par la suite, j’ai pu finalement mettre assez d’argent de côté pour ouvrir une ferme de 50 perches à Vale », raconte-t-il. Feroz Tegally vivra ainsi de ce métier et ses trois fils ont suivi ses traces et travaillent maintenant avec lui. Aujourd’hui, il possède une autre ferme à Ile d’Ambre, à Rivière du Rempart. Cette ferme peut accueillir jusqu’à 27 000 poulets. Quant à sa ferme de Vale, elle peut contenir jusqu’à 6 000 volailles.

Feroz Tegally fait, toutefois, ressortir que ce métier devient de plus en plus difficile. « Les poussins à élever ne sont pas toujours disponibles en quantité voulue et nous faisons face à un gros problème de manque de main-d’œuvre. Les gens ne sont pas intéressés à faire ce métier », souligne-t-il. L’entrepreneur ne compte pas pour autant jeter l’éponge. « Le marché est là  et c’est une activité qui est rentable si on sait si prendre », conclut-il.