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Collège Eden : 75 ans d’une vision née dans un garage de Rose-Hill

Par Fernando Thomas
Publié le: 10 May 2026 à 15:30

D’un garage de Rose-Hill à un jubilé de platine, le récit d’un homme, d’une famille et d’une vision.

Trois élèves. Cinq bancs. Un garage à Inkermann Street, à Rose-Hill. C’est sur ces bases modestes qu’en 1951, un jeune homme de 20 ans pose la première pierre de ce qui deviendra l’un des réseaux éducatifs privés les plus connus de Maurice. Soixante-quinze ans plus tard, le collège Eden s’apprête à célébrer son jubilé de platine. Non pas comme une simple commémoration, mais comme l’affirmation d’une histoire collective, transmise de génération en génération.

Né le 5 novembre 1931 à Rose-Hill, Sachidanansing Balgobin grandit dans une famille respectée de propriétaires terriens. Après ses études secondaires, il choisit pourtant une voie inattendue : celle de l’éducation. À seulement 20 ans, il fonde Eden College avec une conviction chevillée au corps : rendre l’enseignement accessible tout en maintenant des standards élevés.

Son engagement ne se limite pas à la salle de classe. À 29 ans, il est élu au conseil municipal de Quatre-Bornes. En 1965, il devient maire de la ville lors de la visite historique précédant l’indépendance de Maurice. Mais c’est avant tout comme éducateur que Sachidanansing Balgobin marquera les esprits. Un homme dont la vision de l’école était profondément sociale, ancrée dans la conviction que l’instruction pouvait transformer des destins.

Très vite, le projet prend de l’ampleur. Entouré de membres de sa famille et d’une équipe d’éducateurs engagés, Sachidanansing Balgobin étend progressivement son réseau à travers l’île : Port-Louis, Saint-Antoine et d’autres zones urbaines. Dès les années 1970, le réseau des Eden Colleges compte déjà plus de 10 000 élèves répartis sur ses différents campus.

L’institution forge rapidement une identité propre, fondée sur la rigueur académique autant que sur les activités parascolaires. Sports, théâtre, arts et culture constituent des piliers de l’expérience éducative. Plus encore, Eden est parmi les premiers établissements privés mauriciens à introduire des formations techniques – électronique, travail du bois, économie domestique – dans des classes où ces disciplines restaient rarissimes. Des enseignants étrangers sont même recrutés pour renforcer le niveau académique et technique proposé aux élèves.

L’arrivée de l’éducation gratuite à Maurice en 1976 bouleverse profondément le secteur. Malgré les turbulences, Eden College parvient à maintenir sa place dans le paysage scolaire mauricien, adaptant son modèle sans trahir ses principes fondateurs.

Le 3 mai 1983, Sachidanansing Balgobin s’éteint à l’âge de 51 ans. Derrière lui, une institution debout, et une famille déterminée à en poursuivre l’œuvre. Son épouse, Lalita Balgobin, reprend les rênes du réseau tout en élevant leurs quatre enfants. Elle continuera de développer l’institution, assurant la continuité d’une vision qui, depuis le premier jour, était autant familiale qu’éducative. Cette capacité à traverser les épreuves et les décennies reste aujourd’hui l’une des marques distinctives du collège. Là où d’autres établissements privés ont disparu avec leur fondateur, Eden a su inscrire son histoire dans le temps long.

Pour ses 75 ans, la direction du collège a fait un choix clair : ne pas célébrer une institution, mais une communauté. « Ce jubilé de platine est celui de toute une communauté. Chacun y apporte sa pierre », affirme Girish Ramsahye, manager du collège.

Les premières initiatives ont déjà eu lieu. À l’occasion de Maha Shivaratree, une donation a été effectuée. Une campagne de don de sang a mobilisé élèves, parents et personnel. Le 5 mai dernier, un « Food and Fun Day » a permis de récolter des fonds dans une ambiance familiale et fédératrice. La famille Balgobin a par ailleurs procédé à une donation caritative, perpétuant l’engagement social historiquement associé au collège.

Le point culminant des festivités interviendra le 29 mai avec une grande exposition pédagogique au département garçons, à l’avenue Ollier, à Quatre-Bornes. Langues, sciences, art et design seront à l’honneur, à travers les projets et créations des élèves. Au-delà du caractère festif, cette journée vise aussi à démontrer l’évolution du collège et sa capacité à conjuguer héritage et modernité.

Le directeur du centre Rajiv Gandhi sera l’invité d’honneur de cette manifestation, appelée à rassembler anciens élèves, parents, invités officiels et partenaires éducatifs. Pour les responsables du collège, cette exposition représente également une manière de valoriser le travail accompli par les enseignants et de mettre en lumière les talents des nouvelles générations. Une seconde célébration suivra le 19 juin.

Soixante-quinze ans après ce garage de Rose-Hill, le collège Eden continue d’insister sur la discipline, l’encadrement et la formation globale des élèves. Les responsables de l’institution revendiquent une stabilité académique dans un secteur en mutation constante. Fidèles, en cela, à l’homme qui, un jour de 1951, avait décidé qu’une éducation de qualité ne devait pas être un privilège.

Lancement du magazine et du site web du collège

Le lancement prochain du magazine officiel du collège et de son nouveau site web s’inscrit dans cette volonté de modernisation. Ces deux projets seront officiellement dévoilés lors de la journée culturelle et musicale prévue le 19 juin. Cette ultime séquence des festivités se déroulera en présence du président de la République et réunira plusieurs performances artistiques, musicales et culturelles.

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Feu Sachidanansing Balgobin, le fondateur du collège Eden. Plusieurs activités ont été organisées dans le cadre du jubilé de platine de l’établissement scolaire.
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