Collectivités locales : le conseil de district de Grand-Port sous pression

Par Sharone Samy
Publié le: 18 février 2026 à 15:00
Image
district council grand port
Le conseil de district de Grand-Port ne fonctionne désormais qu’avec 86 employés.

Après le jugement de la Cour suprême sur les recrutements de la LGSC, les conseils de district ont du mal à assurer les services essentiels. À Grand-Port, le conseil fonctionne désormais avec seulement 86 employés.

Le conseil de district de Grand-Port a aujourd’hui un effectif réduit à 86 employés, à la suite du jugement de la Cour suprême concernant les recrutements effectués par la Local Government Service Commission (LGSC). Cette décision, qui a entraîné le départ de près de 500 employés à l’échelle nationale, commence à produire des effets sur le terrain. Dans le Sud, les répercussions sont déjà visibles et suscitent une inquiétude croissante.

Avec une équipe fortement amputée, le conseil peine à assurer la continuité de ses services essentiels. Plusieurs Village Halls ont dû être temporairement fermés, faute de personnel pour assurer l’entretien et la surveillance. Le ramassage des ordures, l’entretien des espaces publics, la maintenance des infrastructures et même la gestion de certains cimetières connaissent des perturbations notables.

Avant le jugement, le conseil de district de Grand-Port comptait 191 employés, dont 113 affectés au service de la voirie. C’est un département stratégique pour la collecte des déchets et l’entretien des villages. 

Aujourd’hui, l’organisme fonctionne avec moins de la moitié de ses effectifs initiaux. « Sur les 191 employés que nous avions, 113 travaillaient au service de la voirie. Depuis le jugement, nous avons perdu une grande partie de cette main-d’œuvre. Aujourd’hui, dans certaines régions, il nous arrive de n’avoir que deux à six personnes pour effectuer le travail », explique le président du conseil, Rajiv Jangi. Le déséquilibre est immédiat. Les équipes restantes doivent couvrir un territoire vaste avec des moyens humains largement insuffisants. Les retards dans la collecte des déchets commencent à s’accumuler et la pression sur les employés en poste s’intensifie.

Des moyens insuffisants

À cette pénurie de main-d’œuvre s’ajoute une contrainte matérielle. Sur les seize camions affectés au service de collecte des déchets, seuls six sont actuellement opérationnels. Les dix autres sont immobilisés en raison de pannes.

« Sur seize camions, six sont opérationnels et dix sont en panne. Nous devons composer avec des moyens très limités. Les employés restants effectuent des heures supplémentaires et sont rémunérés en conséquence, mais leur nombre n’est pas suffisant pour desservir l’ensemble des villages », précise Rajiv Jangi.

Afin d’éviter une accumulation excessive des déchets et de prévenir tout risque sanitaire, le conseil a dû faire appel à des camions contractuels privés. Cette solution permet de maintenir un service minimal, mais elle représente un coût financier supplémentaire pour la collectivité. « Nous avons été contraints de recourir à des camions privés pour maintenir le service. Ce qui a un impact budgétaire important, mais nous ne pouvions pas laisser la situation se détériorer davantage. »

Il admet que les employés restants ont dû redoubler d’efforts pour assurer la continuité des services. « Nous cherchons des volontaires pour nous aider. Même moi, le dimanche, je participe lorsque c’est nécessaire. Ce n’est pas une situation normale, mais nous faisons tout pour limiter les désagréments pour les villageois », indique-t-il.

Cimetières fermés

Les perturbations ne se limitent pas au service de voirie. Plusieurs cimetières du district ont dû être temporairement fermés, faute de personnel pour assurer leur entretien et accompagner les familles lors des enterrements. Les cimetières de Petit-Sable, de Saint-Hubert, de Midlands, d’Union Park et de Plaine-Magnien figurent parmi ceux concernés.  « Vu que le nombre d’employés est réduit, certains cimetières ont été fermés temporairement. En cas d’enterrement, les familles doivent nous informer à l’avance afin que nous puissions envoyer quelqu’un sur place pour les aider », explique Rajiv Jangi.

Il reconnaît que cette situation est particulièrement délicate. « C’est malheureux, surtout lorsqu’il s’agit de moments difficiles pour les familles. Mais avec les effectifs actuels, nous ne pouvons pas assurer une présence permanente sur tous les sites », déplore-t-il.

Inquiétude grandissante

Même si la crise administrative ne dure que depuis deux semaines, ses effets commencent à susciter l’inquiétude des habitants. Les retards dans la collecte des ordures et l’entretien irrégulier des espaces publics alimentent les plaintes. « Les habitants expriment leur frustration et nous les comprenons. Les services publics doivent être assurés correctement. Nous faisons le maximum avec les moyens dont nous disposons, mais la situation actuelle ne dépend pas uniquement de nous », avance le président du conseil.

Au ministère des Collectivités locales, on indique que le nouvel exercice de recrutement est en cours. Toutefois, aucune date n’a été avancée quant à la finalisation du processus et au retour à une situation normale.

Problème national

Si le cas de Grand-Port illustre clairement les conséquences du départ massif des employés, la situation ne se limite pas à ce seul district. D’autres conseils de district et mairies rencontrent des difficultés similaires, notamment en matière de voirie et d’entretien des infrastructures publiques.

La question centrale demeure celle de la continuité des services essentiels. Les collectivités locales jouent un rôle déterminant dans la qualité de vie quotidienne des citoyens. Une perturbation prolongée pourrait avoir des répercussions sanitaires et sociales.

Rajiv Jangi espère que la situation sera rapidement régularisée. « Nous attendons que le nouvel exercice de recrutement aboutisse dans les plus brefs délais. Il est impératif que nous retrouvions des effectifs suffisants pour assurer correctement nos missions et éviter une aggravation des tensions sur le terrain », insiste-t-il.

Entre obligations légales, contraintes budgétaires et exigences des habitants, les autorités locales se trouvent dans une position délicate. Elles doivent maintenir un équilibre fragile afin d’éviter qu’une crise administrative ne se transforme en crise sanitaire ou sociale.

Quelle est votre réaction ?
0
0
0
Publicité
À LA UNE
defi quotidien