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Climat d’insécurité - Yatin Varma : «La population attend des signaux clairs»

Par Kinsley David
Publié le: 20 May 2026 à 11:24
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Yatin Varma

Les violences à Camp-Thorel, la mort d’un jeune à Allée-Brillant après une altercation et le meurtre de Gino Ronnie Bodha ont ravivé la crainte qu’une culture de violence s’installe dans le pays. Invités sur le plateau d’Au cœur de l’info, le mardi 19 mai, Yatin Varma, Roshan Kokil et Raj Ramlugun ont dressé une analyse sévère.

Ce qui relevait autrefois de faits divers isolés semble désormais nourrir un malaise plus profond. Les tensions observées durant ces derniers jours, marquées par des actes de violence, des affrontements et une colère collective parfois incontrôlée, font réfléchir sur l’état du law and order à Maurice.

Au-delà des incidents eux-mêmes, c’est le climat qu’ils révèlent qui interpelle : une population plus nerveuse, plus réactive, plus prompte à l’affrontement qu’au dialogue. Dans ce contexte, l’émission Au cœur de l’info a posé la question frontalement : assistons-nous à une dérive de la société mauricienne ? Une société sous tension : le problème est-il plus profond qu’une simple montée de violence ?

Pour l’observateur Raj Ramlugun, il serait réducteur de s’attarder uniquement sur les responsabilités individuelles. « Lorsqu’un climat d’insécurité s’installe durablement, c’est toute la société qui entre dans une forme de psychose collective. Nous vivons dans un pays marqué par une low trust culture, où la confiance envers les institutions s’amenuise et où le moindre incident peut rapidement dégénérer », souligne-t-il. Selon lui, les réseaux sociaux, amplifient cette dynamique, transformant chaque événement en phénomène viral, souvent au détriment du recul et de l’éthique.

Perte de confiance

Yatin Varma abonde dans le même sens, affirmant que cette psychose ne date pas d’hier. Pour l’ancien Attorney General, Maurice fait face à un problème structurel grave, aggravé par un manque de leadership clair au sommet de l’État. Roshan Kokil, ancien haut gradé de la police, se montre tout aussi direct : nier la gravité de la situation serait, selon lui, se voiler la face.

Au fil des échanges, un constat s’impose : l’insécurité ne peut être réduite à une simple succession de faits divers. Si Yatin Varma insiste sur le fait que « la drogue est liée à l’insécurité » et qu’elle alimente directement plusieurs dérives sociales, le débat montre rapidement que le problème dépasse largement la seule question criminelle.

Roshan Kokil met en garde contre une banalisation inquiétante de la violence. Pour lui, le fait que certains citoyens ressentent désormais le besoin de circuler avec des objets destinés à leur défense est révélateur d’un profond malaise. « Les gens ressentent le besoin de se protéger », fait-il observer. Il met en avant une perte de confiance envers les autorités qui pousse certains à adopter une logique d’autodéfense. 

Raj Ramlugun élargit le débat en évoquant un climat social plus profond. Selon lui, Maurice évolue dans une « low trust culture », où la méfiance s’est installée durablement. « Le moindre incident devient viral », note-t-il. Il pointe du doigt l’effet amplificateur des réseaux sociaux et d’un certain sensationnalisme qui exacerbent les tensions.

Au-delà de la sécurité, les intervenants dressent le portrait d’une société plus nerveuse, plus réactive, où la confrontation semble prendre le pas sur le dialogue. « Beaucoup de nos concitoyens sont prêts à attaquer », déplore Raj Ramlugun, qui y voit le symptôme d’un déclin plus large des repères collectifs.


Roshan Kokil abonde dans le même sens en évoquant un affaiblissement de l’éducation civique et une détérioration du vivre-ensemble. « Rien ne se fait à l’amiable », constate-t-il. Il regrette une société dans laquelle toutes les personnes semblent sur la défensive.

En filigrane, une inquiétude commune se dessine : celle d’un pays où la confiance dans les institutions s’effrite dangereusement. Comme le précise Yatin Varma, « les gens n’ont plus confiance en l’autorité et ont tendance à se protéger eux-mêmes ». C’est un glissement qui pourrait avoir des conséquences encore plus graves si aucune réponse forte n’est apportée.

Solutions

Malgré la gravité du constat, le débat ne s’est pas limité à dresser un tableau sombre de la situation. Une conviction commune s’est dégagée : il est encore possible d’agir, à condition d’une réponse claire et collective.

Pour Raj Ramlugun, la sortie de crise ne peut venir uniquement d’une réponse policière ou répressive. « Il faut mettre la tête ensemble pour trouver une solution », lance-t-il, appelant à une mobilisation qui dépasse la sphère politique. Selon lui, c’est l’ensemble du tissu social qui doit être impliqué pour reconstruire les repères et restaurer un climat de confiance. Éducateurs, religieux, chercheurs, décideurs...

Yatin Varma, lui, revient sur ce qu’il considère comme le maillon faible du moment : le leadership. Pour l’ancien Attorney General, « la population attend des signaux clairs ». « Les autorités ne donnent pas de signal fort. » Il estime que le silence ou l’inaction ne font qu’alimenter davantage la psychose et le sentiment d’abandon en période de crise.

Roshan Kokil plaide, de son côté, pour un retour à plus de fermeté dans l’application de la loi, mais aussi à une responsabilité citoyenne plus affirmée. « Le plaignant ne peut pas prendre la loi dans sa main. » Le vivre-ensemble repose aussi sur des fondamentaux qui semblent aujourd’hui fragilisés : respect des règles, civisme et sens des limites.

 

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