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Claudio Veeraragoo : une voix qui refuse de se taire

Par Ajagen Koomalen Rungen , Azeem Khodabux
Publié le: 3 May 2026 à 17:56
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claudio
À 80 ans, Claudio Veeraragoo continue de faire vibrer plusieurs générations de Mauriciens à travers le monde.

À 80 ans, le chanteur mauricien célèbre 63 ans de carrière. Entre fidélité à ses racines et passion intacte, il continue de porter, avec émotion, l’âme de toute une diaspora à travers le monde.

Le 1er avril dernier, il a soufflé ses 80 bougies. Mais pour Claudio Veeraragoo, le temps semble suspendu. Sa voix, elle, continue de voyager. Dans les salons, sur les scènes, à travers les océans et dans le cœur de toute une diaspora. Portrait d’un homme qui a fait de la musique bien plus qu’une carrière : une mission de vie.

Il y a des destins qui s’imposent tôt, presque comme une évidence. Celui de Claudio Veeraragoo commence à l’âge de 15 ans. À cet âge où beaucoup hésitent encore sur leur avenir, lui chante déjà. Amateur, certes, mais animé d’une passion qui ne le quittera jamais.

Au Trinity College de Port-Louis, il se distingue rapidement. À l’heure de la récréation, alors que les autres élèves s’amusent, Claudio observe, écoute, ressent. Il regarde les adultes, les avocats notamment, fasciné par leur éloquence. Car à cette époque, il rêve d’un tout autre destin : devenir avocat, défendre les plus faibles, porter la voix de ceux qui n’en ont pas.

Mais la musique, elle, s’impose doucement. Elle devient un refuge, puis une passion, et enfin une vocation. Dans son parcours, une figure se détache comme une étoile polaire : Mukesh. Claudio ne s’en cache pas. Il est fan. Admiratif de cette voix mélancolique et profonde qui a marqué des générations entières.

Très vite, il s’imprègne de cet univers. Il chante du Bollywood avec émotion, justesse et sincérité. Ce style devient sa signature. Une passerelle entre les cultures, entre l’Inde et Maurice, entre la nostalgie et la modernité.

À 16 ans, une idée commence à germer dans son esprit : et si la musique devenait plus qu’un simple passe-temps ? La réponse arrive trois ans plus tard. À 19 ans, Claudio Veeraragoo franchit un cap. Il lance son tout premier album, intitulé « Nou Manz Nou Larak ». Un pari audacieux, mais qui se transforme rapidement en succès.

Ce premier opus marque un tournant. Le jeune homme ne doute plus : la musique sera sa vie. Les sollicitations commencent à affluer. Mariages, événements, soirées privées… Claudio devient une voix incontournable. Sa capacité à toucher le public, à transmettre des émotions, fait de lui un artiste recherché.

Les années passent, mais l’élan ne faiblit pas. Bien au contraire. Claudio franchit une nouvelle étape : l’international. En 1980, il commence à se produire à l’étranger. Deux ans plus tard, en 1982, il est engagé par l’Office du tourisme de Maurice pour participer à des « roadshows » à travers le monde.

Le chanteur mauricien devient alors un ambassadeur culturel. Du Canada à l’Australie, en passant par l’Europe et l’Asie, il porte haut les couleurs de son île. Sur scène, il ne chante pas seulement : il raconte Maurice, ses racines, sa diversité.

Au fil des années, Claudio Veeraragoo devient une référence pour la diaspora mauricienne. En Suisse, en France, en Angleterre, en Australie… partout où des Mauriciens vivent, sa voix résonne. Il est invité pour des concerts, des événements culturels, des célébrations communautaires. Pour beaucoup, il incarne un lien avec la terre natale.Une voix qui rappelle les souvenirs, les émotions, l’identité. « Quand je chante à l’étranger, je vois des larmes, des sourires… C’est ça qui me touche le plus. »

Aujourd’hui, Claudio Veeraragoo cumule 63 ans de carrière. Un chiffre impressionnant, mais qui ne dit pas tout. Car au-delà des années, il y a l’énergie. La constance. La passion intacte.

À 80 ans, il continue d’écrire, de chanter, de créer. Chaque jour, il consacre près de trois heures à la musique : il répète, compose. Il joue aussi du clavier et de l’accordéon, deux instruments qui enrichissent son univers artistique. Une discipline qu’il s’impose avec rigueur. « Je n’ai pas le temps de chômer », dit-il en souriant.

Si la musique occupe une place essentielle, la famille n’est jamais loin. Père de cinq enfants, grand-père de six petits-enfants, Claudio Veeraragoo accorde une importance capitale à ces moments partagés. Chaque jour, le dîner est sacré. Un moment où toute la famille se réunit, échange. « La famille, c’est tout pour moi. »

Parfois, il repense à ce rêve d’enfance : devenir avocat. Défendre les plus faibles. Porter une cause. Mais avec le recul, il réalise que la musique lui a offert une autre forme d’engagement. À travers ses chansons, il touche les cœurs, transmet des messages, rassemble. « Chanter, c’est aussi défendre quelque chose… c’est partager des émotions, des pensées. »
À 80 ans, Claudio Veeraragoo ne parle ni de retraite ni de fin de carrière. Sa vision est claire : tant que Dieu lui donne la force, il continuera. « Aussi longtemps que j’ai le courage, je continuerai de chanter. »

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