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Cinq mois après : des traces d’héroïne relevées sur les engins saisis chez l’épouse de Peroomal Veeren

La Commission anticorruption a obtenu confirmation que les machines saisies chez Bibi Zafira Ameer contiennent des traces d’héroïne. Elle a aussi effectué une perquisition, tôt vendredi matin, chez les frères Ritta.

Les ennuis s’amoncellent pour les proches de Peroomal Veeren. Après avoir été inculpée de blanchiment au mois de février par l’Independent Commission Against Corruption (Icac), Bibi Zafira Ameer, l’épouse du caïd, risque cette fois d’être inquiétée pour trafic de drogue. Le Forensic Science Laboratory  vient, en effet, de certifier que des engins de chantier importés d’Afrique du Sud et saisis à son domicile, à la rue Alma, Vallée-Pitot, portent des traces d’héroïne.

Ces engins sont similaires à ceux retrouvés par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) chez Navind Kistnah, intermédiaire du trafiquant de drogue dans l’importation, au mois de mars, des 157 kilos d’héroïne d’Afrique du Sud. De même que ceux saisis par l’Icac chez l’ex-gardien de prison, Oumeshlall Ramsurrun. Des engins semblables ont également été importés par Christelle Bibi, née Labonne, à travers Dinesh Dookhit, voisin et partenaire en affaires d’Oumeshlall Ramsurrun.

C’est suite aux dénonciations du travailleur social Ally Lazer que l’équipe de Navin Beekarry avait perquisitionné le domicile de Bibi Zafira Ameer avec l’aide des commandos du Groupe d’intervention de la police mauricienne et des garde-côtes. Trois voitures achetées chez la société Sunshine Auto (voir plus loin), trois motos, des bijoux ainsi qu’une somme de Rs 500 000 avaient aussi été récupérés par les enquêteurs.

Comme révélé par Ally Lazer, les biens accumulés par Bibi Zafira Ameer ne correspondent aucunement à ses revenus. Son snack de Flic-en-Flac, à proximité de l’hôtel Pearle Beach, dispose d’équipements dernier cri valant près d’un demi-million de roupies. L’épouse de Peroomal Veeren n’avait pas été arrêtée le même jour, contrairement à son frère, Khalid Ameer et de sa tante, Afroz Peerbux, qui a l’habitude de faire le va-et-vient à La Réunion.

Le même Khalid Ameer est « locataire » d’un appartement acheté par Oumeshlall Ramsurrun et sa concubine Bibi Maitab Phutully à Flic-en-Flac (voir plus loin). Leurs téléphones portables, leurs cartes SIM, leurs ordinateurs portables ainsi que leurs caméras numériques sont passés au crible en vue de recueillir des indices sur le fonctionnement du réseau Veeren. Depuis sa remise en liberté conditionnelle dans cette affaire, Bibi Zafira Ameer a repris le chemin de la prison pour rendre visite à Peroomal Veeren.

Parallèlement à cette affaire, l’Icac a procédé, aux petites heures de vendredi matin, à une perquisition au domicile des frères Ritta, à Flic-en-Flac et à Pointe-aux-Sables, avec l’aide de commandos. L’un des frères, Louis Franco Ritta, a déjà été inquiété dans le passé pour son implication alléguée dans l’affaire du gang de voleurs encagoulés qui a sévi à travers le pays il y a quatre ans. Leurs téléphones portables ainsi qu’un coffre-fort ont été saisis. Ils seront appelés à s’expliquer lundi sur leurs liens présumés avec le réseau Veeren, notamment pour blanchiment.


Les membres présumés du réseau Veeren

Peroomal Veeren : Considéré comme le parrain des parrains du trafic de drogue, il est soupçonné d’être derrière l’importation des 157 kg d’héroïne saisis en mars. Il souhaite être entendu par la Commission d’enquête sur la drogue. Non pas pour parler des affaires pour lesquelles ses complices présumés sont inquiétés, mais pour évoquer ses conditions de détention ainsi que « la prolifération de la drogue à tous les niveaux à Maurice. » Il a juré, le 19 juin, un affidavit, rédigé par l’avoué Pazhany Rangasamy.

Navind Kistnah : Intermédiaire de Peroomal Veeren, le courtier maritime ramené du Mozambique a permis l’arrestation de nombreux protagonistes de cette affaire. Entre autres, il a fourni des renseignements qui ont mené à la saisie d’un colis contant 1,2 kg d’héroïne à l’aéroport en juin et à l’interpellation du policier Moonsamy Govindasamy Basana-Reddi. L’agent du Passport and Immigration Office (PIO) a dénoncé Shahebzada Azaree, patron du Gloria Fast Food, spécialiste de kebab,  à Port-Louis, comme celui qui lui a demandé de récupérer cette drogue dans les toilettes de l’aéroport.

Shahebzada Azaree : Ami proche de Navind Kistnah, les deux avaient pris l’habitude de jouer gros aux courses et au casino. C’est à une table de jeux qu’ils ont fait connaissance, le second ayant avancé de l’argent au premier pour tenter d’éponger ses pertes. Dénoncé par l’agent Basana-Reddi, le spécialiste des kebabs n’a toujours pas donné sa version des faits. Représenté par Mes Gavin Glovin,  Senior Counsel et Sailesh Seebaruth, il a invoqué des raisons de santé pour reporter son interrogatoire.

Moonsamy Basana-Reddi : En tant qu’agent du PIO, il avait facilement accès à l’enceinte aéroportuaire bien que son travail consistât à vérifier les passeports des passagers au départ ou à l’arrivée. Il se payait même le luxe de quitter les lieux sans être soumis à aucune fouille, ce qui a poussé les trafiquants à avoir recours à ses services. Accroc aux jeux, il était une proie facile. Il a expliqué à l’Anti Drug & Smuggling Unit (Adsu) qu’il était pris en filature et recevait des menaces pour récupérer les colis déposés dans l’enceinte de l’aéroport par des passeurs. 

Oumeshlall Ramsurrun : Principal lieutenant de Peroomal Veeren dont la mission serait de superviser le conditionnement de la drogue en Afrique du Sud, l’ex-gardien de prison a été arrêté par l’Adsu au siège de l’Independent Commission Against Corruption (Icac) jeudi. Il devra s’expliquer sur ses liens avec Navind Kistnah, dont certains des produits qu’il a importés ont été découverts à son domicile. Il a déjà été inculpé par l’Icac pour blanchiment, ayant acheté deux appartements à Rs 6,3 millions avec sa concubine Bibi Maitab Phutully. Celle-ci explique que l’argent représente ses revenus comme call-girl quand elle était en Angleterre.

Dinesh Dookhit : Voisin et partenaire en affaires d’Oumeshlall Ramsurrun,  avec lequel il a effectué des voyages en Afrique du Sud. Il serait celui qui effectue les paiements. Lui dément, soutient  avoir agit uniquement comme importateur auprès de Christelle Bibi. Celle-ci, qui agit sur instructions de Navind Kistnah, est l’une de personnes qui blanchit l’argent de Peroomal Veeren. Il a remis à l’Adsu des courriels, soutenant qu’il ne fait pas partie du réseau. 

Christelle Bibi : Épouse d’un ancien détenu, elle rendait visite à Peroomal Veeren à la prison en se faisant passer pour sa belle-sœur. Bien qu’elle n’ait pas encore expliqué l’origine de sa soudaine richesse, elle a fait ressortir qu’elle ne voulait pas que le caïd se retrouve seul après le décès de sa mère à qui elle a fait la « promesse » de ne pas le laisser tomber. Soupçonnée de gérer ses biens, elle s’est offert un appartement à Flic-en-Flac.

Keshwin Manish Seewoochurn : Une des premières personnes dénoncées par Navind Kistnah, cet habitant de Plaisance, à Rose-Hill, gère également un magasin de pièces de rechange à Bambous, KES Spare Parts. Son magasin est soupçonné de servir de couverture au réseau Veeren et il transportait, selon Navind Kistnah, les engins importés d’Afrique du Sud pour les livrer à d’autres complices. Récemment, l’Adsu a découvert qu’il avait eu accès à un téléphone portable pour appeler  sa mère alors qu’il était détenu au poste de police de Quartier-Militaire.

 

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