Cinq ans après : elle apprend son viol dans une vidéo filmée en secret
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Le Dimanche /L' Hebdo
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Jusqu’à cette semaine, Anaïs (prénom d’emprunt), 26 ans, vivait une vie tranquille de coiffeuse auprès de son compagnon et de ses deux enfants dans un faubourg de la capitale. Mais du jour au lendemain, son monde a basculé lorsqu’une vidéo d’elle a commencé à circuler. Sur les images, devenues virales, elle est filmée en secret en train d’être agressée sexuellement.
Le jeudi 3 avril, elle porte plainte. Le même jour, l’homme qu’elle désigne, un ancien compagnon de 28 ans, est arrêté par la police d’Abercrombie. Il est inculpé provisoirement de viol et diffusion d’images intimes sans consentement. Le vendredi, présenté devant le tribunal de Port-Louis, il est maintenu en détention.
Les faits remontent à 2021. Anaïs a alors 21 ans et entretient une relation avec le suspect. Un soir, il lui propose quelque chose à fumer. Elle accepte et passe la nuit chez lui. « Li ti fer mwa fim enn kitsoz apre li finn fer sa, mo pa rapel exak, me plas-la mo kone », explique-t-elle au Défi Media Group. Le lendemain matin, rien ne laisse paraître une possible agression. « Tou mo linz ti normal lor mwa, pa ti ena okenn sign okenn aksion sexiel. » Elle repart sans rien soupçonner.
Elle ne saura ce qui s’est passé que cinq ans plus tard. Cette semaine, elle apprend d’abord par le bouche-à-oreille dans le quartier qu’une vidéo d’elle circule sur Internet. Elle n’y croit pas. Puis, une cousine la lui envoie sur son téléphone. Elle la regarde. « Vremem mo trouv mwa ladan, ek mo finn kone ki se sa misie-la ki finn fer sa. »
Avant de se rendre à la police, elle va trouver le suspect pour obtenir des explications. Il lui dit que son téléphone a été volé. Elle lui répond : « Ena cloud tousala… mem si telefon finn kokin, bann video-la kapav sorti. » Puis, elle va porter plainte.
Jusqu’ici, Anaïs menait une vie sans histoire. Installée avec son compagnon, mère de deux enfants, elle s’était construite, modestement, solidement. Depuis, les regards dans la rue ont changé. « Dan landrwa, zot finn partaz sa video-la. Kan mo pase lor sime, zot pe riye ek fer komanter dezagreab. » Son métier l’oblige à rester là, dans ce même quartier, face aux mêmes gens, chaque jour. Comme coiffeuse, elle côtoie quotidiennement les habitants. Elle ne sait pas encore comment répondre à leurs questions.
Ce qui la tient, c’est son compagnon. Elle lui a tout dit dès le premier soir. Il est resté. « Mo konkibin bien konpreansif, li pe soutenir mwa dan sa moman difisil-la. Mo ti fer li kone ek li konpran ki se enn kitsoz dan pase. »
Et ses deux enfants – un fils de 10 ans, une fille de 5 ans –, c’est eux qu’elle a en tête en permanence. « Panse si enn zanfan trouv so mama dan enn zafer parey. » Elle ne sait pas ce qu’ils ont entendu dans le quartier. Elle ne sait pas encore comment leur parler.
Depuis le début de l’année, elle avait entamé une carrière de chanteuse, timidement, avec l’espoir que ça prenne. Elle ne sait pas ce que tout cela va faire à cette ambition.
Pour l’instant, elle avance. Un jour après l’autre.