Chute mortelle sur un chantier : à 67 ans, Jean François Gopaul travaillait encore par passion
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Le Dimanche /L' Hebdo
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Il était de ces hommes que la retraite ne concernait pas encore. À 67 ans, Jean François Gopaul continuait de travailler, porté par la même énergie qu’à ses débuts : celle d’un charpentier passionné, attaché autant au bois qu’aux gens qu’il côtoyait. Généreux, souriant, travailleur, il était surtout décrit comme un père de famille exemplaire.
Le lundi 18 mai, sur un chantier à Blue-Bay, la vie de cet homme bascule brutalement. Alors qu’il effectue des travaux de rénovation dans une résidence, il chute d’un étage. La chute est violente. Quelques mètres plus bas, il ne se relèvera pas. Ses collègues restent sous le choc. Sa famille, elle, s’effondre.
À Cité Atlee, Curepipe, le domicile familial a changé de visage. Le rire du patriarche a disparu, remplacé par un silence lourd, presque figé. Jean François était un lève-tôt, fidèle à ses habitudes, toujours prêt à rejoindre ses chantiers. « Il travaillait auprès d’un ‘contracteur’ en menuiserie, mais faisait aussi beaucoup de charpente. Son travail était sa passion », raconte Christelle, sa belle-fille, encore bouleversée. La veuve, elle, peine à trouver les mots.
Pour ses enfants, Jean François laisse l’image d’un homme de devoir, mais aussi d’un père profondément présent. Stéphane, l’un de ses fils, tente de tenir malgré la douleur. « Mon père était un homme très courageux. Il a toujours consacré sa vie à son travail. »
Mais derrière l’ouvrier se cachait aussi un homme tourné vers les plaisirs simples. La pêche, surtout. Une passion transmise à son fils. « Dès qu’il en avait l’occasion, il partait en mer. Il m’a transmis cet amour. Nous sortions ensemble quand le temps le permettait », confie Stéphane. Dans cet héritage, il y a aussi des valeurs : la rigueur, la patience, la persévérance.
Le dernier souvenir partagé avec son père reste gravé. « Avec mon épouse, nous sommes venus dimanche et sommes restés. Lundi, je me suis levé tôt, papa aussi. Il devait se rendre au travail. Nous étions dans la cuisine à parler autour d’une tasse de café. Nous parlions un peu de notre réveil matinal… À cette heure-ci, j’étais loin d’imaginer que c’était la dernière fois que je parlais avec mon père », dit-il, la voix serrée.
Quelques heures plus tard, la nouvelle tombe. Jean François a fait une chute sur son lieu de travail. Les secours découvrent un homme grièvement blessé. Il ne survivra pas. L’autopsie conclura à des blessures crâniennes.
Ses funérailles ont eu lieu vendredi, après l’arrivée de son fils cadet venu de France. Une dernière réunion familiale, cette fois marquée par l’absence. Jean François Gopaul laisse derrière lui une famille endeuillée, mais aussi le souvenir d’un homme qui aura travaillé jusqu’au bout, fidèle à ce qu’il était : un artisan du bois et de la vie.