Mise à jour: 17 janvier 2026 à 09:54

Chikungunya : des cas non détectés compliquent le traçage de l’épidémie

Par Jean-Marie St Cyr
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Depuis la mi-décembre, plusieurs cas de chikungunya ont été détectés à Plaisance et à Roches-Brunes. Les autorités sanitaires peinent à remonter à l’origine, suspectant des cas antérieurs non identifiés en raison de symptômes légers ou inexistants.

Depuis la mi-décembre, quelques cas de chikungunya ont été détectés dans la région de Plaisance et Roches-Brunes. Mais le service sanitaire a eu du mal à retracer l’origine de la maladie et à déterminer s’il s’agissait de cas locaux ou importés.

« Certaines personnes pouvaient avoir le chikungunya, mais n’étaient pas conscientes qu’elles avaient la maladie », explique Dr Diana Iyaloo, responsable de la Vector Biology and Control Division. Avec des symptômes souvent légers, le premier cas officiellement rapporté n’était probablement pas le tout premier, d’autres ayant pu passer inaperçus dans le pays selon elle. Ainsi, le risque de cas importés non détectés n’est pas à exclure non plus, selon Dr Iyaloo. Les personnes infectées ne présentaient parfois pas de symptômes apparents ou souffraient de symptômes ressemblant à ceux de la grippe.

Dispersion géographique

Lorsqu’un deuxième cas a été détecté à Plaisance, à Rose Hill, à 600 mètres du premier cas identifié, les départements de virologie et sanitaire ont élargi le périmètre de recherche.

La découverte d’autres cas dans des périmètres très espacés a validé l’hypothèse que les deux premiers cas enregistrés en décembre n’étaient pas techniquement les premiers à Maurice. Selon le constat, il devait y avoir eu d’autres cas avant cela, avec des personnes infectées, mais asymptomatiques qui ignoraient qu’elles avaient le chikungunya.

Indices larvaires

Dans les localités dans lesquelles le service sanitaire a déjà effectué des contrôles avec le larviciding et des inspections dans les cours des maisons, la situation de l’indice larvaire était proche de zéro. En revanche, ailleurs, les indices larvaires étaient bien élevés, atteignant 10 dans certaines régions. « Nous avons eu un indice larvaire de 19 dans une localité du côté de Roches-Brunes », affirme Dr Iyaloo.

Cette situation s’explique par les périodes pluvieuses de mi-décembre et les accumulations d’eau dans les cours de certains habitants. Les moustiques ont pu proliférer, car ces Mauriciens n’ont pas pris suffisamment de mesures pour éviter les gîtes larvaires. « Ils n’ont pas fait les inspections nécessaires pour éviter que les moustiques prolifèrent dans leur arrière-cour », déplore Dr Iyaloo.

Elle souligne que cette situation est dangereuse. « Quand les divers services font leurs inspections, l’indice larvaire peut descendre jusqu’à zéro ou proche de zéro. Mais quand il est difficile de déterminer où était le premier cas, il est difficile de savoir combien de personnes ont pu être infectées. Et certaines personnes ont pu croire qu’elles avaient la grippe alors qu’elles avaient le chikungunya. »

Vigilance collective

La Dre Iyaloo fait comprendre qu’on ne devrait pas se focaliser uniquement là où des cas de chikungunya sont rapportés. « Toute la population doit prendre ses responsabilités et prendre conscience qu’avec la pluie, il risque d’y avoir la prolifération de moustiques. De ce fait, chacun devrait inspecter sa cour et ses environs et veiller à ce qu’il n’y ait pas de gîtes larvaires »,  soutient-elle.

« C’est une situation bien inquiétante », dit-elle. Selon elle, l’indice larvaire doit être proche de zéro ou de zéro. « Dans plusieurs pays, il a été observé que même avec un Breteau Index de 2 (indice larvaire de 2) est suffisant pour perpétuer une épidémie. Alors que nous avons des indices de 10 à 19, on peut imaginer à quel point il y a une prolifération de moustiques », explique Dr Iyalou. Si le Breteau Index est de 10, cela signifie que sur 100 maisons visitées, 10 conteneurs ont des larves de moustiques, soit 10 % des maisons inspectées, ce qui fait que la population doit être bien vigilante, ajoute notre interlocutrice.

Mesures simples

Dr Iyaloo fait comprendre que prévenir la prolifération des moustiques consiste en des moyens assez simples, mais qui requièrent la collaboration de tout un chacun. Ils peuvent avoir un grand impact pour enrayer la progression d’une épidémie. « Le protocole du bureau du service sanitaire est le même avec le larviciding, le mist blowing et la fumigation. Il y a aussi l’inspection des cours pour vérifier s’il n’y a pas d’accumulations d’eau dans les cours », dit-elle.

Cependant, ces mesures ne sont pas suffisantes. Les autorités peuvent traiter dans un rayon de 200 à 300 mètres d’un cas confirmé de chikungunya. Alors qu’à 400 mètres à côté, il se peut qu’une personne soit infectée. Mais elle ne présente pas de symptômes. Sa cour est peut-être sale avec un fort potentiel de gîtes larvaires. Ce qui fait que les actions entreprises à proximité peuvent être réduites à néant, explique Dr Iyalou. « L’efficacité des interventions est diluée si dans les alentours il y a encore des accumulations d’eau et des larves de moustiques », dit-elle.

Pour Dr Iyaloo, si les autorités sanitaires n’ont pas la collaboration de la population, les interventions ne seront pas soutenables. « Si on se fie uniquement au travail du ministère de la Santé et de ses partenaires et que la population n’aide pas, la situation ne va pas s’améliorer. » Elle fait comprendre que les départements concernés n’ont pas suffisamment de ressources humaines pour couvrir chaque coin et recoin du pays, d’où l’appel à la collaboration du public. Quinze cas de chikungunya ont été recensés de la mi-décembre à ce jour.
 

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