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Chhayan Ringadoo : au cœur de la transformation du secteur des jeux

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 9 May 2026 à 18:00
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À la tête de la Gambling Regulatory Authority, Chhayan Divya Ringadoo impose progressivement sa vision dans un secteur stratégique pour l’économie mauricienne. Elle défend une approche basée sur l’intégrité, la formation et l’innovation. Elle veut inspirer confiance, faire grandir les équipes et ouvrir la voie à de nouvelles opportunités pour Maurice.

En repensant à votre parcours, quel moment a façonné le leader que vous êtes aujourd’hui ?
J’ai commencé à travailler à l’âge de 21 ans. Je pense que ce qui a réellement façonné mes qualités de leader, c’est mon séjour passé au sein d’une compagnie automobile réputée de l’ile. Cette expérience m’a permis d’effectuer de nombreux voyages en Afrique pour les portefeuilles dont j’étais responsable, et je peux dire avec certitude que ce fut une période décisive et formatrice de ma carrière. 

Je devais à la fois assurer la coordination entre les équipes et comprendre le fonctionnement de chaque marque... Le tout, dans un cadre nouveau. J’en suis sortie transformée.

Si vous deviez retracer votre ascension vers la tête de la GRA, évoqueriez-vous davantage de choix stratégiques ou de convictions personnelles ?
Basé sur le rapport de la National Risk Assessment, le secteur des jeux d’argent est considéré comme une industrie à haut risque. Néanmoins, je suis profondément convaincue qu’avec un accompagnement approprié, un encadrement professionnel soutenu, des formations et d’autres outils adéquats, l’équipe de la GRA sera équipée pour réglementer cette industrie et pour la transformer en un pilier de l’économie. 

Si des pays comme Malte, Guernesey et l’île de Man, entre autres, ont été en mesure de développer des industries bien réglementées qui rapportent du Foreign Direct Investment, pourquoi pas nous ? 
Je crois sincèrement que le secteur des jeux d’argent a un potentiel énorme en termes de création d’emplois. Il peut générer une multitude de jobs techniques, informatiques, légaux, administratifs, voire liés au développement des jeux (softwares). L’industrie hippique à Maurice génère à elle seule près de 10 000 emplois. Je vous laisse imaginer les opportunités que le secteur des jeux peut créer à long terme…

Quelles valeurs personnelles ont le plus influencé votre style de leadership ?
Il y en a plusieurs. Je pense notamment au respect, à l’intégrité et à l’écoute. J’estime qu’il faut apprendre à identifier et à valoriser les compétences des membres de l’équipe. Mon motto est de donner la chance aux employés de s’épanouir, de grandir, afin qu’ils deviennent des professionnels aguerris du secteur. 

Quelle a été la plus grande leçon apprise au début de votre carrière ?
Mes premiers pas dans le monde du travail m’ont appris à toujours faire preuve d’humilité. Assumer ses erreurs et se montrer responsable de ses actes est la plus grande des leçons d’humilité. Mais le plus important, c’est d’en tirer des leçons de vie et d’apprendre de ces mêmes faux pas. On assume, on écoute et on continue d’avancer… Car il ne faut jamais s’arrêter ou baisser les bras face à l’adversité. 

Y a-t-il eu un échec marquant qui a redéfini votre manière de diriger ?
Je parlerai plutôt de challenge. J’en ai au quotidien et je peux vous dire qu’ils ne sont pas de tout repos. J’encourage toujours les officiers à travailler de manière autonome. Néanmoins, je me rends compte avec du recul que cette approche ne fonctionne pas toujours. Donc par moment, je me dois de prendre le taureau par les cornes, d’agir et de foncer. 

Vision et responsabilités

Comment définiriez-vous aujourd’hui la mission essentielle de la GRA ?
La mission première de la GRA est d’instaurer une culture basée sur des valeurs profondes d’intégrité. En deuxième lieu, nous mettons beaucoup d’accent sur le upskilling, qui consiste à améliorer des compétences de l’équipe afin de la rendre plus efficace. Ces deux conditions réunies permettront à l’autorité de moderniser et de démocratiser l’industrie des jeux d’argent à Maurice. 

Dans un secteur aussi sensible que le jeu, comment concilier régulation et développement économique ?
Les deux doivent impérativement marcher de pair. Au cas contraire, le développement de l’industrie pourrait en souffrir, menant à un déclin important au niveau des revenus.

Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face actuellement ?
Le plus gros défi reste le problème des paris illégaux. La GRA a instauré une task force, présidée par moi-même, impliquant plusieurs de nos techniciens ainsi que des représentants de la police des jeux, de la Financial Crimes Commission, de la Financial Intelligence Unit, de la Mauritius Revenue Authority. Cette plateforme permet une meilleure coordination entre les agences et donne lieu à des échanges d’information qui vont faciliter la traque des bookmakers clandestins.

Comment voyez-vous évoluer le secteur des jeux dans les prochaines années à Maurice ?
Le secteur des jeux local a beaucoup à apprendre des autres pays. Il devra évoluer très vite, car il a du retard à rattraper. Le virage vers le numérique et les plateformes de jeux numériques est, à ce stade, inévitable. Cette initiative devrait prendre forme incessamment parce qu’elle nous permettra de nous positionner en tant qu’acteur incontournable en Afrique pour générer des devises étrangères. 

Quelle est votre vision à long terme pour la GRA ?
Ma vision à long terme est de créer une GRA moderne, où il fait bon travailler. Je souhaite que l’autorité soit reconnue pour son professionnalisme et qu’elle facilite le développement économique du secteur. 

Décision et stratégie

Comment prenez-vous des décisions dans des situations complexes ou sous pression ?
Toute décision doit être prise en suivant des processus définis. Ces décisions sont prises avec le consentement des membres du Board, car il ne faut pas oublier que mon rôle est avant tout d’exécuter les décisions prises par le Gambling Regulatory Board.

Quelle importance accordez-vous à l’intuition par rapport aux données ?
Je fais confiance à mes intuitions. Toutefois, je m’assure toujours de vérifier les faits avant d’entreprendre toute action. 

Comment gérez-vous les responsabilités liées à la transparence et à l’éthique ?
La transparence et l’éthique sont à la base même du decision-making process. Ces deux conditions doivent être impérativement réunies pour prendre de bonnes décisions en ligne avec les principes de bonne gouvernance. 

Avez-vous une méthode personnelle pour garder une vision claire dans un environnement exigeant ?
Échanger avec l’équipe aide énormément dans ce contexte. J’ai aussi eu la chance de suivre une formation en neurolinguistique. Cette certification m’a beaucoup appris. Elle me permet de me poser les bonnes questions, de prendre du recul pour voir l’ensemble du tableau et de visualiser le résultat.

Quel type de leader aspirez-vous à être pour vos équipes ?
Une leader qui soutient et facilite les choses pour les membres de son équipe.

Humain et management

Comment motivez-vous vos équipes au quotidien ?
Durant toutes mes années passées à la GRA, j’ai toujours adopté une open-door policy pour tous les employés. Même si le temps me fait souvent défaut, je me fais le devoir de rester accessible et ouverte aux membres de mon équipe. Un vrai leader est celui qui écoute et qui donne de son temps. 

Quelle qualité recherchez-vous en priorité chez vos collaborateurs ?
Les qualités que je valorise sont l’intégrité, la capacité à travailler en équipe, avoir une attitude positive et être centrée sur les solutions.

Comment gérez-vous les conflits ou les désaccords internes ?
La meilleure façon de gérer des conflits et des désaccords selon moi est en se basant sur les faits. Il faut adopter une approche neutre et impartiale dans la gestion de conflits.

Quelle place accordez-vous à la formation et au développement personnel dans votre organisation ?
C’est un aspect central qui est d’une importance capitale. D’où la raison pour laquelle nous misons, depuis l’année dernière, sur la formation de nos équipes à Maurice comme à l’étranger.

Que signifie pour vous « réussir en équipe » ?
La réussite en équipe se traduit par un sentiment de bien-être professionnel et personnel. Aussi, chaque membre du personnel doit être en mesure de s’épanouir à son propre rythme. C’est loin d’être une compétition ou une course. La réussite devrait être perçue comme un cheminement sans fin, car on n’arrête jamais d’apprendre et de s’améliorer. Finalement, ce n’est qu’en devenant le meilleur de soi-même que les effets bénéfiques se font sentir et sont transmis autour de soi.

Lifestyle et équilibre

Comment parvenez-vous à équilibrer une fonction aussi exigeante avec votre vie personnelle ?
Ce n’est pas simple parce que ce travail est extrêmement prenant et exigeant. Je sacrifie beaucoup, tant au niveau de la santé que de la famille. Heureusement que j’ai le soutien inconditionnel de mes proches, de mes amis et de plusieurs personnes bienveillantes autour de moi.

À quoi ressemble une journée type dans votre vie ?
Je me réveille généralement tôt le matin. Ensuite je fais quelques minutes de sport, suivies d’une session de prières et de méditations. Je passe du temps avec la famille avant de me rendre au bureau. Je m’y rends très tôt et j’en sors très tard. Des fois, les exigences du travail font que je dois continuer même en étant rentrée chez moi. Par la suite, je suis en compagnie de mon époux.

Avez-vous des rituels et des habitudes pour rester concentrée et performante ?
Je priorise des moments de silence, récite des mantras et pratique la marche rapide plusieurs fois par semaine. Ces techniques me permettent de me calmer tout en me recentrant sur moi-même. À partir de là, j’ai suffisamment de ressources pour rester concentrée et performante toute la journée.

Comment gérez-vous le stress et la pression liés à votre poste 

La pression est omniprésente quand on occupe un poste à responsabilité. Il est primordial de rester focused. Souvent, le rire m’aide à surmonter la pression.

Quelle place occupe la famille dans votre équilibre de vie ?
Ma famille occupe une place prépondérante dans ma vie. Malheureusement, mon métier fait que je dois généralement prioriser le travail au détriment de la famille. Bien que ma famille demeure mon choix de cœur, j’ai quand même un rôle à assumer pour mon pays et pour l’avancement de l’industrie. 

Inspiration et vision personnelle

Qui vous inspire dans votre vie ou dans le monde des affaires ?
Je n’ai pas d’inspiration ou de modèle à proprement dit. Je crois que chaque personne est unique et devrait avoir un sens de leadership qui lui sied et qui lui est propre. 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui aspire à devenir CEO un jour ?
Si vous avez l’opportunité de faire la différence, alors foncez ! Mais faites en sorte de rester juste, honnête, de garder la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Être CEO c’est avant tout se dire que ce n’est pas qu’un titre, mais bien une responsabilité envers les autres. Dans mon cas, ces acteurs clés sont les employés, les opérateurs et le public.

Pensez-vous qu’un leader doit être craint, respecté ou aimé ?
Un vrai leader doit jeter de bonnes bases pour que les employés aient le courage et le réflexe de sortir des sentiers battus. Et l’équipe doit se sentir en confiance pour s’engager dans cette aventure. Je dirai qu’un leader doit pouvoir inspirer confiance et motivation.

Quelle est votre plus grande fierté aujourd’hui, au-delà de votre fonction ?
Celle d’être restée simple et authentique.

Si vous deviez résumer votre parcours en une seule philosophie de vie, quelle serait-elle ?
La vie n’a pas de limite, sauf celles que vous créez.

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