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Chandra Prakashsing Dip gracié : la Présidence renvoie la balle à la Commission 

Pradeep Roopun.
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Le Dimanche/L’Hebdo a sollicité le président de la République, Prithviraj Roopun, à quatre reprises par téléphone samedi pour obtenir une déclaration de lui. Mais il est resté injoignable. Dans le cercle du président de la République, on renvoie la balle à la Commission de pourvoi en grâce. 

« C’est à elle de fournir des réponses et des explications sur la liste de personnes qui ont été graciées. Le président de la République n’a fait qu’apposer sa signature sur le document en vertu de la loi. Il peut, et ce à plusieurs reprises, demander à la Commission de pourvoi en grâce de revoir sa proposition. Mais au final, il sera obligé de signer le document », indique-t-on. 

Le président de la République, poursuit-on, ne communiquera pas directement. « Il le fait généralement à travers un communiqué ou lors d’un événement officiel. » Le Dimanche/L’Hebdo a poursuivi sa démarche en demandant s’il n’y avait pas moyen d’entrer en contact avec Pradeep Roopun ne serait-ce que pour une déclaration d’au moins quelques secondes. Nous avons obtenu pour seule réponse : « Non. Inutile d’insister. »

Un membre de la Commission : «Pas question de vous remettre cette liste» 

Le Dimanche/L’Hebdo s’est tourné vers l’ancien chef juge Kheshoe Parsad Matadeen, qui est l’actuel président de la Commission de pourvoi en grâce, pour obtenir des explications. Mais les multiples appels téléphoniques samedi, tant le matin que dans l’après-midi, se sont soldés par des échecs. 

Une femme membre de la commission a alors été sollicitée. « Nous vous avons déjà dit, et ce depuis jeudi, que nous ne communiquerons pas. Toute déclaration sera faite ultérieurement », a-t-elle répondu. Le Dimanche/L’Hebdo a insisté en demandant s’il était possible d’obtenir la liste des individus qui ont été graciés. « Il en est hors de question car cette liste est confidentielle », a-t-elle répliqué. 

Soupçons de conflit d’intérêts

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Le commissaire de police Anil Kumar Dip.

Les langues se délient au niveau des Casernes centrales de Port-Louis. Des policiers s’insurgent contre la décision d’accorder la grâce présidentielle à Chandra Prakashsingh Dip, le fils du commissaire de police (CP). Ils s’interrogent d’abord sur le court délai que cela a pris, entre la rédaction de la pétition et la décision de le gracier, en passant par la soumission du document au bureau de la Présidence de la République. 

Ils se demandent aussi si une enquête de police a été menée sur le postulant vu qu’il n’était pas incarcéré. « Nous réclamons des explications car l’individu qui aurait dû purger une peine d’emprisonnement de 12 mois, mais qui s’en est sorti avec une amende de Rs 100 000, n’est nul autre que le fils du CP », indiquent des hauts gradés de la police. Plusieurs questions les taraudent : « Quel est cet officier de police qui voudra enquêter sur le fils du commissaire ? Y a-t-il eu ingérence ? » 

Le CP, Anil Kumar Dip, a été sollicité au téléphone samedi après-midi, mais en vain. Dans l’entourage de son fils Chandra Prakashsingh Dip, on avance que ce n’est qu’« une tempête dans un verre d’eau » et que le principal concerné est « désormais victime de sa relation avec le CP, ce qui lui vaut un lynchage médiatique ».

La nouvelle formule toujours en suspens 

Le système lié à la grâce présidentielle était sur le point d’être amendé en 2019, à la suite d’une proposition formulée par l’ancien commissaire des prisons Vinod Appadoo. Ce dernier était épaulé dans sa démarche par la Human Rights Commission, par des officiers du département Welfare de la prison centrale et également par des Deputy Commissioners of Prison. 

Des pourparlers avaient même été enclenchés. L’option d’un protocole standardisé avait été formulée. 

Lequel ? La mise sur pied d’un système en version « one-stop shop » afin que tous les prisonniers, qu’ils soient « convicted » ou « on remand », puissent recourir à une procédure uniforme pour demander la grâce présidentielle. 

Où en est le projet ? Au niveau de la prison centrale de Beau-Bassin, on soutient qu’il a été gelé en 2020, soit au départ de Vinod Appadoo en tant que commissaire des prisons. 

Chronologie de l’affaire Dip

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Chandra Prakashsing Dip est le fils de l’actuel commissaire de police, Anil Kumar Dip.

De son arrestation jusqu’au moment où il obtient la grâce présidentielle, voici les dates à retenir dans l’affaire Chandra Prakashsing Dip. 

  • Août 2008 : Chandra Prakashsing Dip est arrêté pour le détournement de Rs 3 millions au préjudice de la compagnie The Diadeis Maurice Ltee. 
  • 9 décembre 2010 :  Chandra Prakashsing Dip ainsi que Chitranjun Hauroom et Mahmad Razik Aumeerally, sont poursuivis en cour intermédiaire pour entente délictueuse. Chitranjun Hauroom et Mahmad Razik Aumeerally font également face à une accusation de blanchiment d’argent. 
  • 19 février 2018 : Les trois hommes sont reconnus coupables d’entente délictueuse par la magistrate Renuka Dabee. Chitranjun Hauroom et Mahmad Razik Aumeerally sont également reconnus coupables de blanchiment d’argent. 
  • 26 février 2018 : Ils écopent chacun d’un an de prison pour entente délictueuse. Quant à Chitranjun Hauroom et Mahmad Razik Aumeerally, ils sont de surcroît condamnés à six mois de prison pour blanchiment d’argent. Après le verdict, les trois font appel de leur condamnation. 
  • 3 février 2021 : L’appel de Chandra Prakashsing Dip ainsi que celle de Chitranjun Hauroo sont rejetées et leur peine d’un an de prison pour entente délictueuse est maintenue. En revanche, celle de Mahmad Razik Aumeerally est, elle, annulée. Cependant, la peine pour blanchiment d’argent écopée par les acolytes du fils du commissaire de police est maintenue. Chandra Prakashsing Dip présente une motion devant la Cour suprême réclamant l’autorisation de faire appel au Conseil privé. 18 novembre 2022 : La demande de Chandra Prakashsing Dip de recourir au Conseil privé est rejetée par la chef juge Bibi Rehana Mungly-Gulbul et la juge Aruna Narain. Il présente une nouvelle demande pour aller directement au Conseil privé. 
  • 21 novembre 2022 : Le fils du commissaire de police obtient le gel de sa condamnation. 
  • 20 décembre 2022 : La peine de 12 mois de prison de Chandra Prakashsing Dip est commuée en une amende de Rs 100 000 par la Commission de pourvoi en grâce. 
  • 29 décembre 2022 : Chandra Prakashsing Dip s’acquitte de l’amende de Rs 100 000 et des frais de l’affaire s’élevant à Rs 500 devant la cour intermédiaire.  
  • Le 16 janvier 2023 : Sa demande pour recourir directement au Conseil privé sera appelée devant la Cour suprême. 
 

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