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Champ-de-Mars : un terrain de football reconverti en boxes pour chevaux

Le terrain connu comme YMFA. People’s Turf prévoit de construire une centaine de boxes.

People’s Turf PLC (PTP) fait reconvertir, avec l’aval des autorités, un des terrains de foot du Champ de Mars en boxes pour chevaux. Raison : le Mauritius Turf Club ne permet pas que les coursiers, participant aux journées organisées par PTP, traversent le paddock pour rejoindre le rond de présentation dans la plaine. Un développement qui ne fait pas l’unanimité.

Le terrain de football ‘Abdool Rajack Kureemboccus’ - ex-Young Muslims Football Association’ (YMFA) -, sis au milieu du Champ de Mars, sera converti en boxes pour chevaux. Le nouvel organisateur de courses (PTP) effectue, en effet, des travaux de construction depuis quelques jours. Les ouvriers s’activent afin de compléter le chantier en vue du week-end de courses qui se profile à l’horizon. C’est, pour rappel, au tour de PTP d’organiser les 3e et 4e journées (18-19 juin) de la saison 2022. 

« Nous avons prévu de construire une centaine de boxes. Nous espérons qu’une partie sera prête d’ici la fin de la semaine. Les partants seront sous stricte surveillance dans les boxes », explique Khulwant Ubheeram. Dans la foulée, le Chief Executive Officer de PTP précise que « le bien-être des chevaux passe avant tout ». « Cela évitera aux chevaux de marcher sur le bitume de la rue Shakespeare jusqu’à l’hippodrome le jour de courses. Nous travaillons pour l’avancement de l’industrie hippique. Nous avons organisé la première journée sans dépendre de qui que ce soit. Vous savez que la Mauritius Turf Club Sports & Leisure (MTCSL) avait fermé le paddock. Nous volons de nos propres ailes. People’s Turf a vraiment à cœur l’intérêt des courses. Nous continuons de bosser dur sur le plan organisationnel pour que les courses se déroulent dans les meilleures conditions possibles », déclare Khulwant Ubheeram. « Nous n’allons pas nous attarder sur les critiques. Nous poursuivons notre route », ajoute-t-il. 

Le Défi Quotidien était au Champ de Mars lundi matin. Sur place : matériaux de construction, camions, tractopelle et une quinzaine d’ouvriers à pied d’œuvre pour faire avancer les travaux. Ils s’affairaient avec des travaux pour le soubassement du site. Nous avons tenté d’avoir de plus amples renseignements par rapport à la construction en cours auprès de quelques ouvriers. Mais en vain. Ils n’ont pas voulu faire de commentaires. 

Permis de reconversion ?

La construction de ces boxes, selon des renseignements, intéresse l’opposition parlementaire. Une question, apprend-t-on, sera soulevée par Osman Mahomed à l’Assemblée nationale. Le député travailliste de Port-Louis Sud/Port-Louis Central (2) veut avoir des explications quant au « plan de développement » et autre permis EIA (Environmental Impact Assessment) pour la réalisation de ce projet. Un permis de reconversion délivré par le ministère du Logement et des Terres est-il nécessaire pour ce projet ? 

Colère 

Par ailleurs, les forces vives de la région ne cachent pas leur colère. « Le gouvernement dit prôner la pratique d’une activité sportive, mais ses actions indiquent le contraire. Il permet la destruction des infrastructures. C’est dommage pour ces jeunes de la région qui ont l’habitude de « bat bate » sur ce terrain. Cela, même si le terrain était en piteux état », s’insurgent quelques membres de ces forces vives. 

« Le terrain ‘Abdool Rajack Kureemboccus’ est un lieu symbolique. Boukou zenn ti vinn zwe lor sa laplenn la », fait ressortir Josian, un membre des forces vives de Tranquebar. Il est d’avis qu’il fallait construire ces boxes sur un autre site, à proximité de la maison de jeu ou des écuries. « Ce terrain existe depuis près de 50 ans. J’y ai passé toute mon enfance », dit-il, avec tristesse et colère. 

Terrain à l’abandon

« Abdool Rajack Kureemboccus (Bhai Rajack) était un des piliers du football à Port-Louis », indique l’ancien lord-maire Mamade Khodabaccus. « Depuis la disparition de Bhai Rajack, il y a une quinzaine d’années, personne n’a pris la relève ». C’est ainsi, fait comprendre un boutiquier de Tranquebar, que le terrain de football est resté à l’abandon ces dernières années. « Des passionnés de football avaient l’habitude de s’entraîner sur ce terrain. Mais ces dernières années, il a été laissé à l’abandon par la mairie et les députés du gouvernement qui représentent la circonscription. Quel dommage ! Pourtant, ce terrain porte le nom d’un grand homme », déplore le boutiquier.

La mairie de Port-Louis : «La construction est en règle»

Au niveau de la municipalité de Port-Louis, on laisse entendre d’emblée que le Champ de Mars n’est plus géré par la mairie. « Elle ne contrôle plus cette infrastructure. Contactez le ministère du Logement et des Terres pour plus de renseignements », y fait-on comprendre. On souligne cependant que le terrain ‘Abdool Rajack Kureemboccus « n’était pas utilisé et était abandonné. Les travaux de construction en cours sont en règle et les promoteurs détiennent le permis nécessaire, à savoir le Building and Land Use Permit ».

Osman Mahomed : « Un terrain de foot en moins pour une jeunesse qui sombre dans la drogue »

Le député Mahomed s’interroge sur la construction de ces boxes. « Quand cette décision a-t-elle été prise ? Qu’en est-il du plan de développement et du permis EIA pour la réalisation d’un tel projet ? » demande-t-il. « Je déplore le fait qu’il y aura terrain de football historique en moins pour une jeunesse qui sombre dans le fléau de la drogue », dit Osman Mahomed, qui pense que « la construction affectera aussi les joggeurs et les quatre établissements scolaires des alentours ». « Je reçois beaucoup de doléances de mes mandants, car le Champ de Mars est au beau milieu de ma circonscription. C’est un espace de loisir qui sera transformé en boxes pour chevaux. Il y émanera une odeur inconfortable. Il y a aussi, non loin, l’école maternelle Bethléem, l’école primaire Jean-Baptiste de La Salle et deux collèges, D.A.V et GMD Atchia, sans oublier les deux salles des fêtes, Taher Bagh et Gymkhana », dit-il.

 

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