Chagos - volte-face de Trump : la rétrocession à nouveau en pause
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Nouveau coup dur pour Maurice dans le dossier de rétrocession des Chagos. Le projet de loi britannique (Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill) visant à entériner l’accord de rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice, qui devait être repris le lundi 23 février à la Chambre des Lords, a une nouvelle fois été mis en pause.
Cette suspension intervient dans le sillage d’une nouvelle volte-face de l’ancien président américain Donald Trump, dont l’intervention a ravivé les tensions politiques sur le dossier et a accentué la pression sur le Premier ministre britannique Keir Starmer.
Le chef du gouvernement britannique a interrompu les plans visant à faire adopter au Parlement le texte sur la cession du territoire britannique d’outre-mer, après que Donald Trump a vivement critiqué le projet. Ce dernier a qualifié la rétrocession de « grosse erreur », alors qu’il avait auparavant donné son aval au principe de l’accord.
Dans un message publié sur Truth Social, jeudi, le président américain a demandé au Premier ministre britannique de ne pas « perdre le contrôle » de la base militaire stratégique conjointe américano-britannique de Diego Garcia. Cette prise de position est intervenue moins de vingt-quatre heures après que le département d’État américain avait pourtant déclaré que « les États-Unis soutiennent la décision du Royaume-Uni de procéder à son accord avec Maurice concernant l’archipel des Chagos ».
Sur le plan gouvernemental, la ministre britannique de la Justice, Alex Davies-Jones, a indiqué lors d’interventions médiatiques que l’accord restait important pour la sécurité nationale. Le projet de loi, déjà suspendu une première fois, serait présenté de nouveau au Parlement « dès que le calendrier parlementaire le permettra ». Toutefois, des informations de presse britannique indiquent que les plans visant à réintroduire le texte dès la semaine prochaine ont été abandonnés afin de permettre aux ministres de « marquer une pause pour réfléchir » à la lumière de la dernière intervention de Donald Trump.
Dans l’opposition, la secrétaire d’État aux Affaires étrangères du cabinet fantôme, Priti Patel, a estimé que « le président Trump a humilié Keir Starmer. Elle a ajouté que « le gouvernement peut parler de “pause pour réfléchir”, mais la vérité est que Starmer panique alors que son plan sur les Chagos est mis à nu ». Pour elle, « il est impossible que l’accord avance sans le soutien de nos alliés américains ».
Le territoire britannique de l’océan Indien (BIOT), qui est l’entité qui gère les Chagos au nom du Royaume-Uni, a publié le jeudi 19 février un communiqué. Il concerne les demandes de permis pour la navigation de yachts dans l’archipel des Chagos.
« Veuillez noter que les demandes de permis pour yachts sont actuellement soumises à des retards », indique le texte officiel.
Ce dernier rappelle que le Royaume-Uni a signé en mai 2025 un accord avec Maurice sur la souveraineté de l’archipel des Chagos. « Une fois le traité entré en vigueur, la souveraineté sera transférée du Royaume-Uni à Maurice, qui sera alors responsable des permis de navigation dans la région. »
« Des discussions sont en cours pour déterminer les procédures appropriées pour le traitement des demandes de permis après le transfert de souveraineté. Des mises à jour seront communiquées dès que de nouvelles informations seront confirmées », précise le BIOT.
Le communiqué conseille aux demandeurs de prévoir, autant que possible, des itinéraires alternatifs pour leurs voyages afin de limiter les désagréments liés à ces retards.
Cette annonce intervient dans un contexte de transition politique et administrative de l’archipel, qui pourrait modifier les procédures de navigation et de sécurité pour les plaisanciers. Les autorités britanniques mettent en avant la prudence et la planification comme mesures temporaires, en attendant que Maurice assume pleinement la gestion des permis.
Par conséquent, les plaisanciers et opérateurs maritimes concernés sont invités à suivre les communications officielles du BIOT et à adapter leurs projets de navigation dans l’archipel des Chagos en tenant compte de ces délais provisoires.
Misley Mandarin a réagi à la décision de la Haute Cour du territoire britannique de l’océan Indien (BIOT), dans la matinée de vendredi. Le tribunal a temporairement suspendu l’expulsion d’un groupe de quatre Chagossiens, accompagnés de plusieurs autres personnes dont un membre de Reform UK, un parti d’extrême droite britannique, de l’archipel.
« Nous sommes sereins et contents », a déclaré Misley Mandarin à Radio Plus. Il a rappelé que l’administration du BIOT leur a servi un « removal notice » mercredi. Mais le chef juge du tribunal a accordé une injonction temporaire, donnant sept jours à l’administration pour justifier cette mesure.
« C’est notre maison, notre territoire et c’est un territoire britannique et en tant que Britannique je vais rester sur ce territoire britannique », a ajouté Misley Mandarin, soulignant son attachement à l’archipel et sa volonté de rester sur place.
Cette réaction met en lumière la posture de résistance et de revendication identitaire des Chagossiens face aux mesures administratives du BIOT. Misley Mandarin insiste sur le fait que l’archipel représente non seulement leur foyer, mais également un territoire britannique, ce qui, selon lui, légitime sa présence.