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Chagos : Maurice souveraine sur le papier, impuissante sur l’archipel

Par Sharone Samy
Publié le: 22 avril 2026 à 10:30
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L’accord avec Londres reste suspendu aux arbitrages entre Washington et Londres autour de Diego Garcia. Deux lectures s’affrontent sur la marge de manœuvre encore disponible : l’offensive judiciaire et diplomatique que préconise Parvez Dookhy, ou le réalisme des rapports de force qu’impose Anil Gayan.

La reconnaissance internationale de la souveraineté mauricienne sur l’archipel des Chagos n’a pas suffi à en faire une réalité. Navin Ramgoolam l’a lui-même reconnu lors des récents débats parlementaires : l’accord conclu avec le Royaume-Uni reste suspendu à des discussions entre Londres et Washington, dictées par les enjeux stratégiques liés à la base militaire de Diego Garcia. Une rencontre avec des représentants britanniques est prévue ce mercredi. En attendant, Port-Louis se retrouve spectateur d’un dossier que les grandes puissances ont, de fait, repris en main.

C’est précisément sur la question des options encore disponibles que les analyses divergent. Pour l’homme de loi Parvez Dookhy, l’attentisme serait une faute politique. Il plaide pour une diplomatie « résolument active », fondée sur la mobilisation du Sud global et la construction d’alliances avec les États sensibles aux enjeux de décolonisation. Maurice doit, selon lui, obtenir des organisations internationales qu’elles reconnaissent formellement le pays comme « seule autorité souveraine sur l’archipel des Chagos », afin de consolider une position juridique déjà solide mais encore insuffisamment traduite en pression politique concrète.

Rapport de forces

L’ancien ministre des Affaires étrangères Anil Gayan accueille cette perspective avec scepticisme. Pour lui, « les enjeux juridiques ne sont pas d’une grande aide » dans un dossier où les considérations de sécurité nationale priment. Certes, la Cour internationale de justice constitue une voie théorique, mais toute initiative aux Nations unies se heurterait au Conseil de sécurité, où les États-Unis disposent d’un droit de veto. « Tout est question de rapport de forces », résume-t-il, balayant d’un mot les espoirs placés dans le multilatéralisme.

C’est sur le terrain judiciaire que Parvez Dookhy avance son argument le plus offensif. Il évoque la possibilité d’engager des poursuites pour crime contre l’humanité devant la Cour pénale internationale, en lien avec la déportation des Chagossiens. Selon lui, cette déportation massive présente les caractéristiques d’un crime continu. « A l’instar d’une séquestration, l’infraction perdure aussi longtemps que la privation de liberté se poursuit », l’atteinte se prolongeant tant que les Chagossiens restent privés de leur droit au retour. Une telle démarche exercerait, selon lui, « une pression considérable » sur Londres, touchant directement le Premier ministre Keir Starmer, ancien Director of Public Prosecutions et, à ce titre, « personnellement attaché à la primauté du droit ».

Il n’épargne pas pour autant Port-Louis. Maurice aurait fait preuve, selon lui, d’une « compréhension imparfaite de la complexité des enjeux de souveraineté », laissant échapper un accord « pourtant à portée de main ». 

Anil Gayan abonde dans le même sens, pointant une erreur de calendrier que rien ne répare : « Non seulement le gouvernement a tardé pour la signature du traité, mais il n’a pas su tirer avantage lorsque Joe Biden était toujours dans son mandat. » Aujourd’hui, l’interlocuteur américain a changé, et avec lui les priorités. « Avec la situation géopolitique actuelle, Donald Trump ne laissera rien venir qui puisse handicaper sa sécurité militaire », tranche-t-il, écartant toute perspective d’évolution rapide sous l’administration actuelle à Washington.

Parvez Dookhy n’ignore pas ces contraintes. Il reconnaît lui-même que Keir Starmer constitue « un atout pour Maurice », en raison de sa volonté politique de rechercher un accord. C’est pourquoi il préconise une ligne d’équilibre : préserver des relations constructives avec Londres tout en maintenant une pression juridique constante. La menace d’une plainte internationale doit rester, dit-il, « un levier crédible et dissuasif » - une épée de Damoclès diplomatique plutôt qu’une rupture consommée.

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