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Chagos - Makane Mbengue : «Une puissance peut-elle exciser le territoire d’une colonie ?»

Dr Mohammed Gomaa, Le Prof. Makane Mbengue et Le Dr Namira Negm. Dr Mohammed Gomaa, Le Prof. Makane Mbengue et Le Dr Namira Negm.

Les dépositions orales devant la CIJ sur le dossier des Chagos ont pris fin jeudi 6 septembre 2018 avec celle de l’Union africaine qui a pris fait et cause pour Maurice.

C’est toute l’équipe légale de l’Union africaine (UA) qui a pris la parole hier pour clore la session d’exposés oraux devant la Cour internationale de Justice (CIJ) à La Haye. Le Dr Namira Negm, conseiller légal de l’UA, le Prof. Makane Mbengue et le Dr Mohammed Gomaa ont tous pris la parole pour défendre le cas de Maurice par rapport aux Chagos. Le Prof. Mbengue s’est notamment interrogé sur ce que devraient être les priorités de la communauté internationale.

« Les préoccupations militaires du Royaume-Uni et des États-Unis sont-elles plus essentielles que le développement du peuple de Maurice ? », s’est-il demandé vers la fin de son intervention pour convaincre la CIJ de donner un avis sur les questions posées par l’Assemblée générale des Nations-Unies, à savoir si l’excision des Chagos en 1965 était licite et quelles en ont été les conséquences légales.

« La cour doit se poser une et une seule question, a expliqué Makane Mbengue, en 1965, le droit international permettait-il à une entité coloniale de démembrer le territoire d’une colonie ? » La réponse est un non évident pour ce dernier. Il argue que la décolonisation doit se faire selon trois principes pour être licite : l’intégrité territoriale, l’autodétermination et la liberté du peuple concerné de jouir de ses droits fondamentaux après l’Indépendance. Or, le territoire mauricien a été « démembré sans que le peuple de Maurice ne se soit exprimé librement au sujet de ce démembrement ».

Le Dr Mohammed Gomaa a avancé que le mandat de l’Assemblé Générale des Nations-Unies ne peut se contracter et s’étendre : « L’Assemblée a un mandat pour s’occuper de la décolonisation. Que l’Assemblée ne se soit pas penchée sur la question depuis longtemps ne peut être un argument. » Selon lui, l’Assemblée générale a besoin de l’opinion de la CIJ pour pouvoir mener à bien sa tâche.

Quant au conseil légal de l’UA, le Dr Namira Negm, elle s’est attardé sur quelques-uns des points qui sont revenus le plus souvent durant cette semaine. « Le colonisateur a donné l’indépendance à une partie du territoire en disant 'prenez ce qu’on offre ou partez’ », a-t-elle argué. Elle s’est lancée dans un discours plus émotionnel en guise de conclusion, avançant que les voix qui se sont exprimées devant la CIJ étaient celles de la justice et de l’autodétermination : « C’est la voix de l’Afrique ! »