Mise à jour: 26 janvier 2026 à 11:38

Chagos Deal : le droit international face à la loi du plus fort

Par Sharone Samy
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Le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill retourne devant la House of Lords,

Le gel du processus législatif britannique sur la rétrocession de l’archipel des Chagos ne relève pas d’un simple contretemps technique ou d’un ajustement procédural. Il s’inscrit dans une séquence internationale marquée par un durcissement des rapports de force et le droit international se heurte aux impératifs stratégiques et sécuritaires des USA. 

Ce qui apparaissait encore récemment comme un processus juridiquement balisé, appuyé par des décisions claires de la Cour internationale de justice et de l’Assemblée générale des Nations unies, se trouve désormais pris dans une dynamique géopolitique instable, dominée par les enjeux militaires, les alliances stratégiques et les considérations de puissance.

Les développements récents ont profondément modifié la lecture du dossier. La sortie virulente de Donald Trump qualifiant l’accord des Chagos de « stupide », les mises en garde de généraux américains sur le rôle stratégique de Diego Garcia et la révélation d’une lettre soulevant des contradictions juridiques entre le traité anglo-américain de 1966 et l’accord signé en mai 2025 entre Londres et Port-Louis ont agi comme un électrochoc. À Londres, ces éléments ont conduit à une décision lourde de sens : le gel temporaire de l’examen du texte de loi devant le Parlement britannique. Officiellement, cette pause vise à permettre des consultations approfondies avec Washington, dans un contexte international de plus en plus tendu, où les questions de sécurité semblent désormais primer sur les engagements juridiques multilatéraux.

À Port-Louis, le gouvernement mauricien s’efforce de contenir les inquiétudes. L’Attorney General Gavin Glover a précisé qu’il s’agit d’un gel et non d’une annulation du processus législatif, rappelant que la souveraineté de Maurice sur les Chagos a été reconnue par le Royaume-Uni et qu’aucun retour en arrière formel n’a été acté. Cette précision juridique, aussi importante soit-elle, peine toutefois à dissiper le malaise. Car au-delà des mots et des clarifications institutionnelles, le dossier semble évoluer en dehors du seul cadre normatif, sous l’influence directe des rapports de force internationaux.

Car le dossier des Chagos est aujourd’hui rattrapé par une réalité plus brutale : celle d’un monde où la sécurité militaire et la puissance priment de plus en plus sur les principes du droit international. Diego Garcia, base militaire clé pour les opérations américaines dans l’océan Indien, le Moyen-Orient et l’Asie, se trouve au cœur de cette reconfiguration stratégique.

Toute modification de son statut, même assortie de garanties solides et de baux de longue durée, est désormais scrutée à Washington à l’aune des rivalités avec la Chine, la Russie et des tensions croissantes sur plusieurs fronts géopolitiques.

Dans ce contexte, la reconnaissance juridique de la souveraineté mauricienne, bien que fondamentale, ne suffit plus à garantir une issue politique rapide et linéaire.

Pour Maurice, l’enjeu est considérable. Le pays se trouve face à un moment charnière, contraint de défendre un acquis juridique majeur dans un environnement international où le droit, à lui seul, ne garantit plus l’issue des négociations. Les observateurs interrogés s’accordent sur un point : le dossier des Chagos a changé de nature. Il n’est plus seulement une question de justice historique ou de réparation coloniale, mais un élément à part entière d’un échiquier stratégique mondial en recomposition.

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