Ces risques inutiles sur nos routes
Par
Adila Mohit-Saroar
Par
Adila Mohit-Saroar
Hashim Dookhy, qui a étudié le génie civil et travaille dans le domaine de la construction routière (conception/implémentation/supervision), a effectué quelques analyses en tant qu’usager de la route.
« Nous pensons que dépasser les limites de vitesse nous permettrait d’arriver plus rapidement à notre destination. Plus rapide = plus tôt ? Oui, peut-être, mais de combien ? Avons-nous déjà songé à l’ampleur du gain de temps par rapport à la distance parcourue ? » souligne-t-il.
Ainsi, demande Hashim Dookhy, « est-il justifié de prendre le risque de dépasser la limite de vitesse pour gagner, par exemple, 3 minutes de Port-Louis à Grand-Baie ? Et si en cours de route, nous rencontrons 2 ou 3 feux rouges auxquels nous devons nous arrêter ? Avons-nous réellement gagné du temps en roulant plus vite ? ».
Il précise que la durée du trajet est calculée dans des conditions idéales (conduite sans interruption à une vitesse constante). Les conditions de conduite normales nécessiteraient plus de temps en raison des freinages aux intersections et des ralentissements en fonction des besoins. Le gain de temps diminuerait davantage, dit-il.
Exemples quotidiens :
Hashim Dookhy souligne que les automobilistes changent constamment de voies, passant de la deuxième voie à la première, de la première à la deuxième, de la deuxième à la troisième, et ainsi de suite, dès qu’ils voient un espace dans la file, pensant ainsi avancer plus rapidement. Or, « en réalité, cette pratique ralentit le flux de la circulation. Les conducteurs ne peuvent pas maintenir une vitesse constante sur l’autoroute. Des freinages sont nécessaires à chaque fois que des véhicules changent de voie. Cela entraîne un déplacement plus lent du trafic. Cela crée plus ou moins le même effet que les véhicules lorsqu’ils rejoignent la circulation principale depuis une route secondaire ».
Un trafic lent sur de longues distances avec un grand nombre de véhicules entraîne des congestions. Ainsi, selon lui, le flux de la circulation serait plus fluide si les usagers de la route changeaient de voie uniquement lorsque cela est nécessaire.
Le stationnement est-il interdit uniquement sur les lignes jaunes simples ou doubles ? C’est ce que la plupart des automobilistes pensent, constate Hashim Dookhy. Cependant, fait-il comprendre, en vertu de l’article 72 du Road Traffic (Construction and use of vehicles) Regulations 2010, le stationnement est également interdit :
Selon l’article 123 AM (5) du Road Traffic Act, nul ne doit conduire :
a. Un véhicule tractant une remorque ;
b. Un véhicule de marchandises dont le poids brut maximal dépasse 3,5 tonnes ; ou
c. Un véhicule de transport de passagers construit ou adapté pour transporter 14 personnes ou plus, y compris le conducteur,
Sur la première voie d’une chaussée à double sens comportant 3 voies ou plus, sauf lorsqu’il tourne à droite à une intersection.
(c) concerne souvent les fourgonnettes de transport de personnes.
« Combien de personnes enfreignent quotidiennement cet article ? Combien de ‘fourgonnettes’ voyons-nous chaque jour rouler à grande vitesse sur la première voie des autoroutes ? » s’interroge Hashim Dookhy.
Il est impossible d’avoir un policier derrière chaque usager de la route. Cependant, un système de surveillance, par les usagers de la route, pourrait être mis en place, dit-il.
Il souligne qu’avec les caméras de tableau de bord facilement disponibles, une plateforme en ligne pourrait être créée pour signaler les infractions, similaire à la plateforme Citizen Support Unit (CSU). « Les individus pourraient avoir un compte et la possibilité de télécharger des vidéos enregistrées à partir de caméras de tableau de bord. Ils pourraient également fournir des informations de base telles que le numéro du véhicule, la marque et le modèle, l’emplacement, la date et l’heure, et ainsi de suite. »
Selon lui, cette plateforme pourrait concerner les infractions qui ne pourraient être évaluées que visuellement. Il cite en exemple le non-respect :
Le jet de déchets sur les routes depuis les véhicules pourrait également être inclus.
La situation sur nos routes ne fera qu’empirer malgré les importantes améliorations des infrastructures, estime Hashim Dookhy. Selon ses calculs, le nombre de véhicules par kilomètre de route à Maurice est de 210, soit parmi les plus élevés au monde, note-t-il. La plupart des pays ont un chiffre proche de 100.
D’autre part, il explique que la longueur moyenne occupée par une voiture est de 5 mètres. Son calcul est le suivant : « 5 m ; 210 x 5 m = 1050 m ou 1,05 km. Cela dépasse un kilomètre, donc déjà saturé ».
Il cite également les chiffres de Statistics Mauritius, qu’il arrondit. Ainsi :
Ainsi, dit-il, si l’on compte 15 000 nouveaux véhicules à quatre roues sur la route chaque année, « chaque année, un espace additionnel de 75 km (15 000 x 5 m = 75 000 m ou 75 km) est nécessaire sur nos routes pour faire face à l’augmentation du nombre de véhicules. 75 km correspondent environ à la distance de l’aéroport SSR à Grand-Baie La Croisette le long de l’autoroute (une voie) ».
Cela lui fait dire qu’« en pratique, il est impossible que notre réseau routier se développe au rythme de l’augmentation du nombre de véhicules. Le trafic sera-t-il gérable avec cette tendance continue ? »