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Célébration des 60 ans d’un SDF - Kishna : «Pourquoi j’ai choisi la rue ?»

Kishna Kishna se sent un peu en famille auprès des passants et des employés.

Il habite la rue depuis 10 ans. Conséquence d’une escroquerie dont il aurait été victime, selon ses dires. Cependant, il a choisi d’y rester car il y a trouvé son bonheur. Rencontre avec un homme serein malgré les circonstances… 

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Kishna n’est pas une figure inconnue de Quatre-Bornes. C’est en face de l’hôpital Victoria, à Candos, que ce Sans Domicile Fixe (SDF) a trouvé refuge depuis dix ans. Il passe ses journées sous un bâtiment commercial. Entre lui et le personnel de ce complexe, une belle histoire d’amitié est née.

Pharmacien, banquier et commerçants sont ses meilleurs amis. En ce matin d’hiver, Kishna s’est installé au soleil pour se réchauffer après une nuit passée à la belle étoile. Il a le sourire et c’est cela qui attire les passants.

D’une voix tremblotante, il nous relate son parcours. «  Depi dizan parla mo isi. Avant, j’avais une maison à Beau-Bassin mais je l’ai perdue suite à une escroquerie », confie-t-il. Il ne blâme personne. Au contraire, il estime être en grande partie responsable de ce qui lui est arrivé. Kishna a deux enfants. « Mo ena de tifi, zot marye me zot pa get mwa. Je ne leur en veux pas. Elles ont leur vie. Je comprends parfaitement et de toute façon, je ne me sens jamais seul », dit-il.

Il ne veut pas d'argent mais de la chaleur humaine

Difficile de le croire, n’est-ce pas ? Il explique : « Tous les jours, j’ai de beaux sourires, des mots gentils et encourageants, et des prières. Les passants s’arrêtent quelques minutes pour un brin de causette ou partager des blagues. » Ces petites visites quotidiennes lui réchauffent le cœur. « Je peux aussi compter sur les employés du complexe pour m’apporter à manger. »

Un anniversaire pas comme les autres

Le 6 juillet, Kishna a soufflé ses 60 bougies. Il n’était guère seul. Ses amis du complexe commercial lui ont réservé une belle surprise. « Nou inn fet so laniverser. Nou inn panse ki sa pou fer li plezir », explique un des employés. Kishna, les larmes aux yeux, revient sur ce beau jour : « Zot inn aste enn gato, zot inn donn mwa manze, anfin monn partaz gato la ek zot tou parski se inpe zot mo fami. »

« La liberté est hors de prix »

Kishna souhaite-t-il être hébergé dans un abri ? « Non !  », répond-t-il d’emblée.  « Je suis déjà allé dans un abri de nuit mais je n’aime pas y rester. Il y a trop de gens et trop de bruit le soir. Les gens ne sont pas aussi chaleureux que ceux que je côtoie ici. Je peux être SDF mais je trouve beaucoup de bonheur dans le regard des gens qui s’occupent de moi. Je n’ai pas besoin de grand-chose pour être heureux. Ces sourires, ces koz koze me suffisent. Ces gens sincères que je rencontre sur ma route comptent tellement pour moi. Dans un abri, je perdrai ma liberté, je vais devoir me plier aux règles, obéir aux ordres des responsables et je ne veux pas de ça. Ici, je suis bien, je ne fais de mal à personne. La liberté est hors de prix. J’y tiens trop… »

Des policiers samaritains

À la nuit tombée, Kishna place un matelas et des couvertures pour se protéger du froid. Parmi, les bons samaritains, il y a des policiers qui patrouillent régulièrement dans la région. « Ils sont très gentils, ils s’arrêtent quelques minutes pour me parler, ils m’apportent de quoi manger  », dit fièrement le bavard. « Je mange de tout. Je ne suis pas difficile mais je n’ai pas de dents pour mâcher les aliments durs.  » Et le voilà parti dans un grand sourire. Comme preuve de sa bouche édentée !

Kishna est aussi en fauteuil roulant suite à des problèmes aux reins. « J’ai travaillé dans les champs, j’ai coupé la canne à sucre pendant 15 longues années, cela m’a rendu fragile et j’ai eu des complications de santé. » Au fil des années et malgré son état physique, il ne se débrouille pas trop mal dans la rue. Grâce à l’aide d’une personne, il a récemment pu obtenir une nouvelle carte d’identité qu’il avait égarée dans la rue. « Je vais prochainement percevoir ma pension. Je vais essayer de louer une petite maison pour y vivre librement. Je sais cuisiner, faire la vaisselle et repasser mes vêtements. »

Entre-temps, c’est à la belle étoile qu’il continuera de passer ses nuits. Il ne demande d’argent à personne. Il cherche surtout la chaleur humaine qui lui apporte du réconfort. Parole d’un SDF !

 

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