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Causerie à la mairie de Port-Louis - Basdeo Bissoondoyal : servir la communauté sans rien attendre

Usha Jeetah et Shashi Dookun Usha Jeetah et Shashi Dookun sont toutes deux revenues sur le parcours du pandit Basdeo Bissoondoyal, qui était proche de leurs familles respectives.

Que reste-t-il de la mémoire des frères Bissoondoyal, Sookdeo et le pandit Basdeo à Maurice ?

Quelle est la pertinence de leur combat politique, articulé autour des livres sacrés hindous,  à un moment où les laboureurs luttaient pour la reconnaissance de leurs droits ? Le jeudi 18 avril, à la mairie de Port-Louis, les membres du Professor Basdeo Bissoondoyal Trust Fund ont tenté de répondre à ces questions en faisant revivre l’engagement du pandit Basdeo Bissoondoyal.

L’homme, décrit par les membres Usha Jeetah, Shashi Dookun et Ahad Foodun, est une personne à la fois calme mais aussi capable de s’indigner lorsque les circonstances l’exigent. C’est cette capacité à se révolter qui le conduira en prison,  et qui marque le combat du pandit. Grande figure du milieu rural, formé en Inde où il obtient sa maîtrise d’anglais, mais où il s’imprègne aussi des idées du Mahatma Gandhi ou de Subhas Chandra Bose, Basdeo Bissoondoyal est tout aussi fin intellectuel qu’homme d’action, car à la manière d’un Antonio Gramsci, il est conscient que la seule activité intellectuelle ne suffit pas pour la mise en œuvre de ses convictions destinées à mettre fin à l’exploitation des laboureurs dans les champs de cannes, où la seule loi qui règne est celle de l’oligarchie.

Ce qui donne un caractère exceptionnel au combat du pandit Basdeo, c’est aussi son combat contre l’orthodoxie stérile au sein de la communauté hindoue qui n’est pas pour favoriser l’émancipation de cette communauté. Durant ces fameux prêches qui font partie de ses discours politiques, il se heurtera aux membres de la caste sacerdotale hindoue qui n’hésitera pas à le traîner devant la justice concernant une prise de paroles dans un temple du Nord.   

Le mouvement arya-samaj

Homme visionnaire, et sans doute aussi en raison de son appartenance au mouvement arya-samaj, il comprend très tôt que l’émancipation des masses passe nécessairement par l’éducation. À Port-Louis, où il viendra habiter, il offre des leçons gratuites aux jeunes de toutes les communautés. Mais même s’il devient un bon citoyen, alors qu’il est né à Tyack, c’est dans le monde rural que rayonne son engagement, là où les laboureurs croulent sous des conditions de travail impitoyables. Missionnaire zélé du combat social, il fait valoir l’influence des livres sacrés hindous dans la vie familiale des laboureurs où, dit-il, sont nichés les valeurs qui doivent fonder le moindre détail de leur vie. Le 12 décembre 1943, lors d’un grand rassemblement, il réussit à attirer quelque  60 000 personnes à Port-Louis, ce qui marque aussi la naissance de son parti le Jan Andolan, qui s’inspire du Parti du Congrès indien.

Ahad Foondun, fils d’Abdool Wahab Foondun, membre de l’Independent Forward Block (IFB), le parti des frères Bissoondoyal, a rappelé que ce dernier avait traduit en ourdou le roman de Bernardin de Saint-Pierre, ‘Paul et Virginie’, d’après une traduction anglaise réalisée par Basdeo Bissoondoyal.  Si ce dernier a activement participé à la lutte pour l’indépendance de Maurice aux côtés du Parti travailliste (PTr) et du Comité d’Action Musulman (CAM), après les élections de 1968, l’IFB allait rompre avec les Rouges, accusant le PTr de trahison envers ses engagements socialistes. Devenu un féroce adversaire du Dr Seewoosagur Ramgoolam, Sookdeo, frère de Basdeo, devint logiquement un allié objectif du MMM naissant, où Paul Bérenger, déjà grand admirateur des frères Bissoondoyal,  allait s’inspirer de leurs luttes passées.

Dépouillement matériel

Que reste-t-il de l’héritage du pandit, celui-là même dont l’humilité et un certain dépouillement matériel avaient caractérisé l’action politique et la vie de tous les jours ?  À cette question, sa fille Aruna Hurbungs répond : « Je pense que l’enseignement qu’il a laissé c’est que l’exercice de la politique est un service dont on ne doit attendre aucune récompense. C’est un combat de tous les instants et qu’on peut être croyant et politicien car le message des livres sacrés est fondé sur l’obligation d’être honnête, intègre, sincère et cohérent dans le service à la communauté. On ne doit rien compromettre là-dessus. Mon père avait assimilé ce concept qui est profondément ancré dans la vie des Mauriciens. Aujourd’hui, plus que jamais, l’île Maurice est confrontée à cette érosion des valeurs de solidarité et de respect. La classe politique doit s’inspirer de son engagement même si le contexte n’est plus le même, mais dans le fond, la population exige toujours plus d’honnêteté de la part des politiciens. Je pense que de par son comportement, il a été exemplaire. »


Les frères Bissoondoyal, Seewoosagur Ramgoolam et l’héritage gandhien

Même si la question n’a pas été évoquée jeudi à la mairie de Port-Louis, une profonde divergence a longtemps opposé les frères Bissoondoyal au Dr Seewoosagur Ramgoolam et le Parti travailliste. En fait, au moment fort de l’engagement de Basdeo Bissoondoyal dans les années 40, le Dr Ramgoolam n’était pas encore membre du PTr, ce parti étant essentiellement dirigé par des personnalités urbaines dont le Dr Maurice Curé, Guy Rozement, Renganaden Seeneevassen et Emmanuel Anquetil, ce qui ne signifie nullement que leurs engagements excluaient les masses hindoues. Toutefois, en raison de la présence presqu’exclusive de celles-ci dans le milieu rural et leur travail sur les sucreries, il leur fallait un porte-parole issu de leur communauté et imprégné par une inclinaison religieuse pour les séduire.

Basdeo réunissait toutes ces conditions. Grâce à ses études en Inde, au Pendjab et à Calcutta, il a été au plus près des indépendantistes indiens et témoin de leur combat contre le ‘raj’ britannique, il était ainsi mieux armé qu’un Seewoosagur Ramgoolam, certes issu de Belle-Rive, mais instruit en Angleterre, ami des fabianistes et  dont la consultation médicale, installée à Port-Louis à son retour de Londres, a permis d’appréhender la vie politique et sociale à Maurice, mais par le prisme urbain. Ce qui lui a d’ailleurs et fort logiquement ouvert les portes de la mairie port-louisienne.

La question du legs gandhien a aussi contribué à creuser cette profonde querelle. À qui revenait le droit de se revendiquer de la philosophie du Mahatma, la seule grande figure étrangère qui pouvait légitimer toute lutte auprès des laboureurs mauriciens, dans le sillage de la visite de 18 jours du grand combattant indien à Maurice en 1901 et son envoyé par la suite, l’avocat Manilall Doctor ? Une indication, en revanche, montre la très grande implantation de l’IFB en zone rurale, celle de la victoire de son candidat, en 1963 à Rivière-du-Rempart, un certain Anerood Jugnauth, face à Aunauth Beejadhur, un grand baron rouge.

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