Catherine Paya : «L’IA ne doit jamais remplacer les fondements de l’apprentissage»
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Le Défi Plus
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À l’heure où l’IA bouleverse nos sociétés, Catherine Paya, experte en gestion et coordination de projets digitaux, directrice du festival AI4GOOD Maurice, rappelle que l’école doit rester un lieu d’apprentissage fondamental. Pour elle, Maurice doit saisir cette révolution technologique sans jamais perdre de vue les fondements qui construisent l’autonomie intellectuelle des jeunes.
Quelle est votre vision de l’intégration de l’IA dans le système éducatif mauricien ?
L’IA est une formidable opportunité pour notre système éducatif, mais elle ne doit jamais remplacer les fondements de l’apprentissage.
Comment garantir que l’IA reste un outil complémentaire sans se substituer aux bases de l’apprentissage ?
À Maurice, nous avons la chance de pouvoir observer les expériences menées dans d’autres pays avant de définir notre propre approche.
Quels enseignements tirez-vous des expériences étrangères pour Maurice ?
Les réflexions actuellement menées dans plusieurs pays, dont la Norvège, illustrent bien qu’il ne s’agit pas d’être « pour » ou « contre » l’intelligence artificielle, mais de définir les conditions dans lesquelles elle peut réellement apporter une valeur ajoutée à l’éducation.
Quelles conditions doivent être réunies pour que l’IA devienne un véritable atout pédagogique ?
Pour ma part, je suis favorable à une intégration progressive et encadrée de l’IA dans les écoles mauriciennes. En revanche, je pense qu’elle ne peut être déployée sans une véritable gouvernance, un cadre pédagogique clair et une formation préalable des équipes de direction et des enseignants.
Quels garde-fous doivent être mis en place avant d’introduire l’IA dans les écoles ?
L’école a une mission qui dépasse largement la transmission des connaissances. Elle doit apprendre aux élèves à réfléchir, à développer leur esprit critique, à argumenter, à rechercher des informations fiables, à résoudre des problèmes et à construire leur propre jugement. Ce sont ces compétences qui feront la différence dans le monde de demain.
Comment l’IA peut-elle accompagner cette mission sans la réduire à une simple transmission automatisée ?
Le véritable danger ne réside pas dans l’intelligence artificielle elle-même, mais dans la manière dont nous choisirons de l’utiliser. Si elle devient un raccourci qui fait le travail à la place de l’élève, nous passerons à côté de sa véritable valeur éducative.
Comment éviter que l’IA devienne un raccourci qui prive l’élève de son apprentissage ?
Avant même de parler d’outils, je pense qu’il est indispensable de réaliser un état des lieux de nos établissements scolaires. Quels sont les besoins des enseignants ? Quels sont les usages déjà observés ? Quels sont les risques ? Quelles compétences souhaitons-nous réellement développer chez nos jeunes ? Les réponses à ces questions ne peuvent être construites qu’avec les acteurs de terrain : les établissements scolaires, les enseignants, les familles, les associations et les professionnels déjà engagés sur ces sujets.
Comment organiser cet état des lieux et impliquer tous les acteurs concernés ?
Dans le cadre de mes missions de coordination de projets éducatifs et digitaux, je collabore notamment avec Junior Achievement Mascareignes, une organisation qui accompagne les établissements scolaires dans le développement des compétences entrepreneuriales, professionnelles et citoyennes des jeunes. Nous sommes également partenaires d’AI4GOOD Maurice, dont la prochaine édition se déroulera en novembre 2026. Nous partageons une même conviction : préparer la jeunesse aux technologies de demain, tout en développant les compétences humaines qui resteront irremplaçables.
Comment vos concours incitent-ils les jeunes à dépasser l’usage technique pour développer une réflexion critique ?
Ce qui compte, ce n’est pas uniquement le résultat obtenu, mais tout le travail qui le précède : trouver une idée, définir un message, construire un scénario, faire des choix créatifs, vérifier ses informations, organiser les différentes étapes du projet, puis être capable d’expliquer et de justifier sa démarche. C’est précisément cette réflexion que nous demandons aux jeunes de démontrer tout au long du concours, en apportant les preuves de leur processus de création.
Comment valorisez-vous ce processus de création dans vos concours ?
Finalement, c’est exactement la même philosophie qui devrait guider l’intégration de l’IA à l’école. L’intelligence artificielle peut accélérer certaines tâches, enrichir les apprentissages et ouvrir de nouvelles perspectives. Mais elle ne remplace ni l’imagination ni l’esprit critique, ni la créativité, ni la capacité à argumenter et à exercer son jugement.
Comment garantir que l’IA reste un outil complémentaire et non un substitut aux compétences humaines ?
Demain, savoir utiliser une intelligence artificielle ne sera plus une compétence différenciante : tous les élèves sauront le faire. Le véritable enjeu sera de savoir quoi lui demander, pourquoi le lui demander, comment analyser sa réponse, vérifier les informations qu’elle fournit et conserver un regard critique sur ce qu’elle produit. C’est cela que l’école doit continuer à enseigner et c’est cette philosophie que je souhaiterais pour nos écoles mauriciennes.
Comment l’école peut-elle préparer les élèves à garder un regard critique face aux réponses de l’IA ?
Maurice ne doit pas rester à l’écart de cette révolution technologique. Au contraire, nous avons l’opportunité de construire un modèle responsable, adapté à notre contexte et à nos besoins. Mais un chantier d’une telle importance ne peut pas être improvisé. Il nécessite une vision, une gouvernance, des expérimentations, ainsi qu’un dialogue constant avec les établissements scolaires, les enseignants, les familles et les organisations déjà engagées sur ces sujets.
Quelles étapes concrètes doivent être franchies pour construire ce modèle responsable ?
Nous avons la responsabilité de préparer les jeunes à utiliser l’intelligence artificielle avec discernement, sans jamais perdre ce qui fait la richesse de l’intelligence humaine : la curiosité, la créativité, l’esprit critique et la capacité à réfléchir par soi-même.
Comment préserver ces qualités humaines face à l’essor des technologies ?
L’intelligence artificielle doit accompagner l’intelligence humaine. Elle ne doit jamais s’y substituer.
Comment transmettre cette philosophie aux enseignants et aux familles ?
Concrètement, pour que les enfants ne soient pas pénalisés, il faut avant tout éviter de créer de nouvelles inégalités. Tous les élèves n’ont pas accès aux mêmes équipements, à Internet ou au même accompagnement à la maison. L’intégration de l’IA ne doit donc jamais devenir un facteur de discrimination ou remettre en cause l’égalité des chances.
Quelles mesures doivent être prises pour éviter que l’IA accentue les inégalités scolaires ?
Concernant le primaire, je crois que la priorité doit rester accordée aux apprentissages fondamentaux. Les enfants sont dans une période où ils apprennent à lire, écrire, compter, raisonner, développer leur imagination et construire leur esprit critique. Ce sont ces bases qui leur permettront, plus tard, d’utiliser l’intelligence artificielle avec discernement.
Comment concilier l’apprentissage des fondamentaux avec une sensibilisation précoce au numérique ?
En revanche, il me semble essentiel de développer dès le plus jeune âge une véritable éducation au numérique : sensibilisation au cyberharcèlement, protection des données personnelles, vérification des sources, compréhension du fonctionnement des outils numériques et développement de l’esprit critique face aux contenus en ligne.
Quels modules d’éducation au numérique devraient être introduits dès le primaire ?
L’usage de l’IA pourrait être introduit progressivement, lorsque les élèves auront acquis les fondamentaux et développé leur capacité à réfléchir par eux-mêmes.
À quel moment du parcours scolaire cette introduction progressive vous semble-t-elle pertinente ?
La vraie question n’est pas : « À quel âge peut-on utiliser l’IA ? », mais : « À quel moment l’élève est-il suffisamment autonome pour que l’IA enrichisse sa réflexion au lieu de la remplacer ? » Nous devons veiller à ce qu’aucun enfant ne soit pénalisé, ni parce qu’il n’a pas accès à ces technologies, ni parce qu’il les utilise trop tôt sans avoir acquis les fondamentaux.