Cath-Lab à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo : des pannes coûteuses
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
À l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, l’appareil d’angiographie, vieux de plus de dix ans, accumule des pannes coûteuses. Entre l’absence de décisions, des lenteurs administratives, des millions de roupies, sont gaspillées...
Les pannes d’appareils sont légion. Elles paralysent dans certains cas le service et rallongent les listes d’attente pour des traitements. Et c’est sans compter l’argent dépensé pour les réparations. Les pannes récurrentes de l’appareil d’angiographie de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo à Port-Louis ont causé ces problèmes. L’appareil, qui date de plus de dix ans, a dépassé son « lifetime » et aurait dû être retiré du service. Or, des millions de roupies sont régulièrement dépensées pour sa réparation « faute de moyens » pour le remplacer. Selon les estimations, un appareil neuf coûterait environ Rs 60 millions.
Cette situation découlerait d’une absence de décision et d’un problème d’ego entre médecins concernant l’installation d’un appareil reçu du gouvernement japonais. Ce qui a entraîné des dépenses de plusieurs millions de roupies. L’inauguration du laboratoire de cathétérisme a eu lieu en février de cette année. Le chiffre de Rs 10 millions est avancé comme frais techniques de déplacement d’un établissement à un autre.
Selon les renseignements que nous avons pu glaner auprès de diverses sources, l’appareil d’angiographie de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo est en panne depuis plusieurs mois. Les procédures pour l’acquisition d’un appareil de remplacement ont été enclenchées. Mais la décision a aussi été prise de poursuivre les réparations entre-temps, et ce sont encore plusieurs millions qui sont engloutis dans un appareil qui aurait dû quitter le service depuis longtemps. Après environ Rs 5 millions pour la dernière réparation, l’appareil est de nouveau tombé en panne et attend d’être retapé pour reprendre du service.
Un appareil reçu du gouvernement japonais devait y être installé, mais il est resté pendant plusieurs mois dans un conteneur dans l’enceinte de l’hôpital port-louisien, avant d’être transféré au Cardiac Centre à Pamplemousses. C’est à la suite d’un fort lobby et parce que le pays donateur voulait que les choses évoluent vite, plusieurs mois s’étant écoulés depuis l’arrivée de l’appareil à Maurice. L’inauguration du nouveau Cath-Lab au Cardiac Centre a eu lieu en novembre 2023.
Mais là encore, des milliers de roupies ont dû être dépensées pour permettre l’installation du nouvel appareil dans cet établissement de Pamplemousses. Le nouvel équipement n’étant pas similaire au précédent, il a fallu procéder à divers aménagements afin qu’il puisse trouver sa place et fonctionner comme il faut.
L’ancien appareil du Cardiac Centre, qui datait de plusieurs années, a été par la suite installé à l’hôpital de Rose-Belle. C’est ce Cath-Lab qui a été inauguré en février dernier. Pour certains, il était « mieux » d’avoir un Cath-Lab avec un « vieil appareil » que de ne pas avoir ce service, d’autant que la demande pour une angiographie est en constante augmentation.
Diverses sources font ressortir que l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, qui dispose d’un Cath-Lab et d’angiographie primaire depuis 2021, devait accueillir un deuxième laboratoire dans le sillage des diverses récompenses obtenues : le Public Service Excellence Award décerné à la Coronary Unit. L’hôpital allait accueillir à la fois ses patients et ceux de Rose-Belle.
Ce n’est qu’à l’ouverture du conteneur contenant l’appareil du Japon, après plusieurs mois de contraintes administratives, qu’il a été constaté que le nouvel équipement ne pouvait être installé au 3ᵉ étage de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo : le plafond du bâtiment n’était pas suffisamment solide.
Nos diverses sources font ressortir qu’il aurait coûté moins cher d’installer l’appareil, après les aménagements nécessaires, que de le déplacer au Cardiac Centre de Pamplemousses - dont l’ancien appareil d’angiographie a été transféré à Rose-Belle, entraînant des dépenses, notamment l’aménagement d’une salle pour accueillir le service. De plus, l’appareil a aussi dû être réparé avant de pouvoir être utilisé à nouveau.
Selon un cadre du ministère de la Santé, depuis une dizaine d’années, il n’y a que trois Cath-Lab dans le service de santé public. Hormis celui du Cardiac Centre de Pamplemousses, ce service est aussi disponible à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, à Port-Louis ; à l’hôpital Victoria, à Candos ; et à l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle, depuis février. Certains établissements doivent ainsi couvrir une autre région que leur « health area ». Mais c’est l’hôpital Dr A. G. Jeetoo qui subissait le plus de pression, devant absorber les patients de la région de Flacq et une partie de la région nord. Il est arrivé que, faute de traitement, certains patients décèdent, notamment ceux de la région sud.Il y a une dizaine d’années, le gouvernement ne voyait pas la nécessité de mettre en place un service d’angiographie dans les hôpitaux régionaux. Mais avec le nombre croissant de patients souffrant de problèmes cardiaques, cette politique a dû être revue, d’autant plus que ce type de service était jugé important selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Lorsqu’un malade se présente avec une crise cardiaque, l’angiographie est la norme pour établir le meilleur diagnostic et enclencher le traitement approprié si nécessaire. Auparavant, c’est la thrombolyse qui était privilégiée, mais ce type de traitement a ses limites, ses contraintes et ses risques.
Et selon le dernier budget, le SAJ Hospital va lui aussi bénéficier d’un service de cathétérisme dans les mois à venir. « Nous sommes tributaires des Finances et ses cadres ne saisissent pas souvent l’enjeu. Ce qui explique les difficultés,»
Tout appareil médical a une durée de vie et doit être remplacé une fois la limite atteinte. C’est ce que soutiennent les divers membres du service hospitalier. Or, la politique du ministère de la Santé est d’acheter des pièces de rechange afin de donner une nouvelle vie aux appareils. Ce qui entraîne alors des pannes récurrentes, ces équipements médicaux ne pouvant fonctionner au-delà de leur capacité.
Le cadre du ministère de la Santé est d’avis que cette pratique devrait être revue, et qu’il faudrait mettre en place un système de remplacement automatique des appareils. Selon lui, il est plus avantageux de remplacer un appareil qui a fait son temps que de le réparer plusieurs fois.
Les Biomedical Engineers du service de santé public ne disposeraient pas des qualifications requises pour assurer eux-mêmes l’entretien des divers appareils médicaux du service de santé. Leurs connaissances techniques ne suffiraient pas pour l’entretien adéquat des divers équipements. C’est ce que nous ont fait comprendre nos divers interlocuteurs.
Nos sources font comprendre que ces ingénieurs ont une formation sur les appareils, mais que ce n’est pas eux qui effectuent les réparations. Ils ne font que constater les pannes, une requête étant ensuite envoyée au représentant local pour les réparations.
Pour un infirmier ayant été affecté au Cath-Lab dans le passé, la formation des ingénieurs est essentielle pour assurer les réparations en cas de panne.
Un service 24/7 avait été mis en place à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo pour l’angioplastie des patients. Il a fonctionné, mais avec le départ de certains cardiologues interventionnels, le service est aujourd’hui mis à mal. D’autant plus qu’avec la « jeune » équipe de l’hôpital de Rose-Belle, ce sont les spécialistes des hôpitaux Victoria et Dr A. G. Jeetoo qui apportent leur soutien à l’hôpital Jawaharlal Nehru pour pratiquer l’angiographie.
À défaut d’angiographie, la thrombolyse peut être proposée. Mais le risque de saignement est élevé, même si elle permet de sauver la vie des patients. Cependant, l’angioplastie primaire est meilleure. Selon un spécialiste, il y a 70 % de réussite dans le traitement par thrombolyse.
Avec cette méthode, il est difficile de savoir si le traitement fonctionne, hormis par des signes indirects. A contrario, une angiographie permet de voir quelles artères sont bouchées et de les déboucher immédiatement. Il est alors possible de placer un stent.
Avec la situation actuelle, les patients « stables » reçoivent des médicaments et sont placés sur liste d’attente en attendant une prise en charge plus avancée. Mais dans certains cas, soit les patients meurent à domicile, soit ils préfèrent se tourner vers le service privé afin de ne pas mettre leur vie en péril.
Selon le cardiologue, sans angiographie, il n’est pas possible d’avoir un diagnostic précis quant à l’état de santé réel d’un patient, notamment en termes de nombre d’artères bouchées. Les patients les plus urgents sont dirigés vers d’autres établissements de santé.
En dépit des diverses contraintes liées aux appareils en panne, la collaboration entre médecins des divers services de Cath-Lab prévaut afin de minimiser les inconvénients et conséquences pour les patients. Des dispositions ont été prises afin que les patients devant être traités à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo soient pris en charge à l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Victoria et au Cardiac Centre. Ainsi, de 300 patients pour le seul hôpital port-louisien, le nombre a baissé pour atteindre environ 200. Des mesures sont prises afin de réduire davantage cette liste d’attente.
La signature d’un accord entre le gouvernement mauricien et celui du Japon a permis l’octroi d’une subvention d’environ Rs 174 millions pour l’acquisition de matériel médical, en septembre 2022. C’est après une première assistance en août 2020, quand le Japon a octroyé une aide non remboursable de 300 millions de yens japonais afin de renforcer les capacités du système de soins médicaux de Maurice, dans le cadre du « Programme de développement économique et social ». Le laboratoire de cathétérisme du Cardiac Centre a été inauguré avec l’appareil d’angiographie acquis grâce à ce programme, en novembre 2023.