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Carole Grimaud - De l’adversité à l’action : l’histoire inspirante d’une battante

La jeune femme dit avoir grandi entourée de deux femmes fortes : sa mère et sa défunte grand-mère. Elle est la porte-parole du Collectif Bloom Again.

À seulement 29 ans, la porte-parole du Collectif Bloom Again se définit comme une « activiste indépendante. Son parcours difficile aurait pu briser d’autres destins. Mais elle a transformé cette expérience en un engagement social féroce. 

Sa voix, empreinte d’enthousiasme, captive immédiatement. Carole Grimaud parle sans détour de son chemin de vie, comme d’un livre ouvert, sans amertume et avec une grande lucidité. À 29 ans, la porte-parole du Collectif Bloom Again, qui collabore avec le ministère de l’Égalité des genres dans le cadre de la campagne « Fam, to pa zis enn viktim, to enn sanzman », incarne une vitalité étonnante, forgée par un parcours semé de défis qui auraient pu briser d’autres destins.

Carole évoque sans gêne ses origines modestes. Elle y voit une force, une racine qui explique pourquoi elle tend aujourd’hui la main aux femmes et aux enfants en difficulté. « J’ai grandi entourée de deux femmes fortes : ma maman, Liseby, et ma grand-mère, Suzanne, décédée à 97 ans en 2022. Et de ma petite sœur Kimberley. Elles m’ont appris la résilience, le travail et la modestie », confie-t-elle avec émotion.

Son enfance n’a pas été simple, mais les rencontres ont transformé son parcours. « Je viens d’un milieu très modeste et j’ai vécu des choses très dures, même en étant adulte, mais j’ai eu la chance de croiser des professeurs et des amis qui m’ont tendu la main. Certains m’ont soutenue avec bienveillance depuis le collège et, d’autres, rencontrés plus tard dans ma vie, m’aident encore aujourd’hui à donner le meilleur de moi-même. Je leur en suis tellement reconnaissante », raconte-t-elle.

Le collège Notre-Dame à Curepipe sera déterminant. Bénéficiaire de l’aide sociale, elle y trouve bien plus qu’un soutien scolaire. 

« J’étais bénéficiaire de l’aide sociale, mais les enseignants ne m’ont jamais fait sentir différente. Ils m’ont encouragée, soutenue, traitée comme leur propre fille. Cela me donnait la force de me dépasser dans mes études. »

L’apprentissage de l’autonomie

À 14 ans, Carole commence à travailler durant les vacances et les week-ends : animation pour enfants et, à partir de 17 ans, hôtesse pour la promotion de produits, puis petits jobs dans l’événementiel. « Il me fallait un peu d’argent pour mes besoins, mais aussi pour aider ma famille. Le travail m’a appris l’autonomie, le respect de l’effort et la persévérance », dit-elle.

Après son Higher School Certificate, elle rêve d’études supérieures. Les moyens financiers manquent, l’université était payante à cette époque. Elle postule une bourse sociale, qu’elle obtient, et entame un parcours à l’Université de Maurice. Elle décroche une licence en Joint Humanities (français, anglais, littérature, linguistique, histoire et anthropologie).

« Le matériel et les livres coûtaient cher, je devais travailler à temps partiel pour financer mes études. Je le faisais avec détermination, pour moi d’abord, mais aussi pour ma famille. Je voulais être financièrement indépendante et avoir de l’expérience dans le domaine du travail, car mémé et maman se donnaient à fond pour nous », dit-elle.

Un stage en entreprise dans le domaine de la presse change sa trajectoire. Après ce stage réussi, on lui propose un poste à plein temps. « J’ai accepté immédiatement. C’était l’occasion d’exercer ce que j’aime : écrire », dit une Carole toute souriante.

C’est à ce moment-là que sa conscience sociale, déjà présente, se renforce. « Je réalisais des reportages sur les shelters, auprès des sans-abris, je dénonçais la maltraitance faite aux enfants. Je voulais raconter ces histoires humaines, donner une voix à ceux qu’on n’entend pas. L’écriture est devenue mon outil d’engagement. Et à travers mes enquêtes et mon travail sur le terrain, j’ai découvert des réalités tellement dures que cela a encore plus renforcé mon envie d’aider les autres. »

La rencontre de l’art et de l’humanisme

Après cinq ans dans la presse, Carole change d’horizon et rejoint la cellule de communication d’un groupe hôtelier. Elle y rencontre Jonathan Vellen et Hermione Larcher. Ensemble, animés par la même passion pour l’art et l’engagement social, ils créent Bloom Again, un collectif alliant humanisme, arts et actions de terrain. « Je remercie Jonathan et Hermione pour leur confiance. Ils m’inspirent énormément. »

En collaboration avec Reckon Agency et le ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, ils lancent la campagne nationale « Fam, to pa zis enn viktim, to enn sanzman ». Leur objectif : offrir visibilité, soutien et dignité aux femmes en détresse à travers la musique avec la chanson « Mo Silans, Mo Lakrwa » et des reportages vidéo.

Carole se définit comme « une activiste indépendante qui met en lumière les autres ». Elle réalise des reportages-documentaires pour valoriser les parcours de femmes qui ont brisé le cycle de la violence. « Il fallait leur donner la parole pour inspirer d’autres femmes. Trop souvent, la manipulation d’un compagnon fait croire à une femme qu’elle ne peut s’en sortir seule. Le vécu de celles qui ont réussi prouve le contraire. Les femmes sont fortes. »

Porte-voix, derrière la caméra, dans l’écoute, le soutien, la création de liens, Carole pratique un engagement ancré dans la réalité, nourri d’empathie et de conviction. Elle se dit aussi heureuse d’avoir pu collaborer avec d’autres jeunes : « Pour la réalisation des reportages, nous étions quatre jeunes sur le terrain : Alexandre, Anthony et Courtney de Reckon Agency, des professionnels animés par la même passion et la même empathie et dont je suis tellement fière d’être proche. Et au sein de la chorale de Bloom Again, il y a également de nombreux jeunes engagés, comme les enfants de Jonathan qui utilisent leur art au service du social. »

Ce qui fait la singularité de Carole Grimaud, c’est que son parcours, semé de défis, l’a fait mûrir, l’a endurcie et lui a donné une âme de battante. Se battre sans jamais baisser les bras. Tomber, mais ne pas renoncer. Pour elle, la vie est un don qu’elle a façonné à sa manière, avec détermination, là où beaucoup auraient jeté l’éponge. Elle rend, à sa manière, tout ce que la vie lui a donné.

La réalité négligée de la violence financière

Pour Carole Grimaud, toutes les formes de violence méritent d’être exposées, y compris celles que l’on tait trop souvent : la violence financière. « Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’homme qui empêche sa compagne de travailler. Avec le fléau de la drogue, certaines femmes se font dépouiller de leur salaire par leur conjoint. Quand elles refusent ou ne peuvent plus payer, elles sont violentées », raconte-t-elle, la voix à la fois ferme et déterminée. Une réalité encore trop négligée par la police et les autorités, insiste-t-elle : « Il est temps que ces situations soient prises au sérieux. »

Pour autant, Carole se veut optimiste et attentive aux progrès législatifs. « Bientôt, des amendements au Domestic Violence Act verront le jour, et des formations obligatoires seront mises en place pour la réhabilitation des hommes violents ayant enfreint les ordonnances de protection. C’est un pas en avant », souligne-t-elle.

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