Carburant plus cher : vers un effet domino
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
La nouvelle hausse de l’essence et du diesel déclenche un véritable effet en chaîne. Des automobilistes aux entreprises, en passant par la grande distribution et la restauration, tous subissent une augmentation immédiate des coûts, qui devrait se répercuter sur les prix à la consommation dans les prochaines semaines.
Depuis ce jeudi 16 avril, le litre d’essence est passé de Rs 58,45 à Rs 64,25. Une hausse qui se fait immédiatement sentir dans le portefeuille des automobilistes, contraints de revoir leurs dépenses.
« Habituellement, mon budget hebdomadaire pour le carburant tourne autour de Rs 1 200. Mais là, je dois compter Rs 85 de plus par semaine, soit environ Rs 340 supplémentaires par mois. En parallèle, tout augmente : le pain, le gaz ménager… Rien ne baisse. Au final, c’est un vrai déséquilibre pour notre budget », s’inquiète Ketty Gracieuse, employée dans une école. « Que les prix montent ou pas, on n’a pas le choix. L’essence est essentielle. Mais cela creuse un trou dans le budget », ajoute Anil B., employé dans une compagnie privée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour une motocyclette, le coût mensuel passe d’environ Rs 877 à Rs 964. Pour une motocyclette de grosse cylindrée, le budget mensuel grimpe de Rs 2 396 à Rs 2 634, soit un surcoût de Rs 238. Pour les propriétaires de voitures, la facture mensuelle augmente de Rs 580 à Rs 1 444, selon les modèles.
Du côté des stations-service, Binesh Peryagh, gérant de Renown Shell à Quartier-Militaire, anticipe un changement de comportement chez certains consommateurs. « Certains vont réduire leur consommation. Ils continueront à dépenser le même montant, mais repartiront avec moins de litres, car leurs salaires, eux, n’ont pas augmenté », explique-t-il.
| Types de véhicule | Motocyclette* | Voiture économique (entre 900 cc et 1 300 cc) | Voiture moyenne (entre 1 300 cc et 2 000 cc) | Grosses cylindrés(entre 2 000 cc et 5000 cc) |
| Consommation d’essence par mois | Environ 15 litres et 41 litres | Environ 100 litres | Environ 151 litres | Environ 249 litres |
| Budget avant la hausse des prix | Environ Rs 877 et Rs 2 396 | Rs 5 845 | Rs 8 826 | Rs 14 554 |
| Nouveau budget | Environ Rs 964 et Rs 2 634 | Rs 6 425 | Rs 9 702 | Rs 15 998 |
| Coût additionnel à payer | Environ Rs 87 et Rs 238 | Rs580 | Rs876 | Rs 1 444 |
Le diesel passe de Rs 64,80 à Rs 71,25 le litre, alourdissant immédiatement les coûts des entreprises. Quatre entreprises témoignent de l’impact concret sur leurs activités.
La hausse du diesel frappe de plein fouet SKC Surat, où la logistique représente le deuxième poste de dépenses après les salaires. Avec une flotte de 40 véhicules parcourant l’île quotidiennement, le transport pèse déjà 25 % à 30 % des coûts. « Cette nouvelle augmentation se traduit par plusieurs millions de roupies supplémentaires chaque mois », indique Suren Surat, CEO de SKC Surat. Et d’ajouter : « Nous ne pourrons pas répercuter cette hausse car nous évoluons dans un secteur alimentaire dominé par des produits périssables et une forte concurrence. Une augmentation des prix non suivie par les concurrents pourrait entraîner des invendus, soit des pertes importantes ».
Chez Topodom Distribution Ltd, la montée des coûts réduit considérablement les marges. L’entreprise tente d’absorber une partie de ces hausses, comme elle l’a déjà fait auparavant, mais cette stratégie atteint aujourd’hui ses limites. « Nous ne pourrons plus continuer à absorber les coûts additionnels. Nous ferons une évaluation pour déterminer s’il faut augmenter les prix. Nous ne souhaitons pas le faire, mais face aux coûts qui persistent, nous n’avons pas vraiment le choix », fait ressortir Sandra To, Marketing Manager de Topodom Distribution Ltd.
Pour SSS Furniture, le transport représente entre 15 et 20 % des coûts, incluant l’acheminement des matériaux, les livraisons et les déplacements sur les sites. « Avec la nouvelle hausse du diesel, ce poste devient encore plus lourd à supporter », souligne Maya Sewnath, directrice de SSS Furniture. Dans ce contexte d’instabilité, l’entreprise envisage de revoir ses pratiques commerciales. « Les cotations, auparavant fixées à trois mois, seront désormais limitées à deux semaines », indique-t-elle. Pour Maya Sewnath, la flambée continue des prix crée un effet domino qui finira inévitablement par se répercuter sur le consommateur.
Chez Panagora, l’énergie constitue le troisième poste de dépenses. La hausse du diesel représente donc une charge additionnelle significative, dont l’impact est encore en cours d’analyse. « Nous analysons encore l’impact de cette deuxième hausse du diesel mais il est évident que cela représente une charge additionnelle pour nos opérations », explique Yovan Jankee, Sustainability & Communications Manager chez Panagora
L’entreprise a pourtant investi dans des solutions pour améliorer son efficacité énergétique. « Panagora a investi au fil des années dans divers projets pour améliorer sa consommation énergétique, notamment par exemple au niveau photovoltaïque. Il faut savoir que nous avons recouvert quasiment toute la surface disponible sur notre site logistique en panneaux solaires, générant actuellement l’équivalent d’environ 35 % de notre consommation. De même nous avons aussi étudié la faisabilité de la transition de la mobilité hybride/électrique et investit dans des véhicules hybrides pour une partie de notre flotte… mais des défis techniques importants demeurent », souligne Yovan Jankee.
Malgré ces efforts, la hausse des coûts de l’énergie reste inévitablement pénalisante. « Panagora poursuit ses efforts pour une consommation d’énergie plus efficiente, mais il est clair que la hausse des coûts de l’énergie va nous impacter, malgré toutes nos mesures. Nous aurons plus de visibilité dans les prochaines semaines sur les répercussions directes pour nos clients et les consommateurs. À ce stade, nous sommes toujours dans l’analyse de tous les coûts impactés par la crise de l’Iran », conclut Yovan Jankee.