Cap-Malheureux - Shelter Cap L’Espoir : l’État déclenche l’urgence maximale
Par
Javed Sobah
Par
Javed Sobah
Un shelter au bord de l’implosion… À Cap-Malheureux, le Shelter Cap L’Espoir est devenu, en l’espace de quelques semaines, le symbole criant d’un système de protection de l’enfance à bout de souffle. Face à une succession d’incidents graves et incontrôlés, le gouvernement n’a plus eu le choix : une riposte d’urgence a été enclenchée. Le Conseil des ministres a acté la mise en place immédiate d’un comité interministériel, dont les travaux débuteront dès cette semaine, sous la présidence de la ministre Arianne Navarre-Marie. L’objectif affiché : reprendre le contrôle.
Réouvert le 6 décembre 2025, après des travaux de rénovation, l’ancien Shelter L’Oiseau du Paradis, controversé, avait été rebaptisé Cap L’Espoir, avec de nouvelles bases établies et un nouveau Manager. Ambition affichée : un espace moderne, sécurisé, centré sur l’enfant. La réalité du terrain n’a pas tardé à rattraper les ambitions. Les incidents se sont multipliés, révélant de profondes failles structurelles, humaines et institutionnelles.
Le 10 décembre, une altercation entre deux mineurs dégénère en violence physique, laissant un adolescent blessé à l’œil. L’incident est consigné noir sur blanc dans l’Occurrence Book. Les jours suivants, les tensions montent : découverte d’une arme blanche dans l’armoire d’un mineur, actes de vandalisme, dégradations majeures (portes cassées, caméras détruites, système d’alarme hors service) et carers blessés lors de débordements.
Le 24 décembre, l’explosion : sept adolescents tentent de fuguer, après l’annulation d’une sortie à la mer, ainsi qu’une distribution de cadeaux jugés peu valorisants. Les enfants ont reçu des cerfs-volants, montres, harmonicas, vêtements et ardoises digitales, mais ils attendaient des consoles de jeux, téléphones et tablettes. Dépassés, les deux membres du personnel présents ont dû faire appel à la police de Grand-Baie.
Le 4 janvier 2026, le constat est implacable : le centre ne tient plus. Une caregiver porte plainte au poste de police de Grand-Baie pour le vol de Rs 1 500, impliquant des jeunes âgés de 15 à 17 ans.
L’État reprend la main : sécurité, thérapie et refonte du système Désormais, la présence policière est assurée 24 h/24. Une mesure extrême, devenue incontournable pour garantir la sécurité des enfants et du personnel. En parallèle, un suivi psychologique renforcé est déployé pour gérer traumatismes, troubles du comportement et cas de toxicomanie. Le comité interministériel, réunissant le Prime Minister’s Office, les ministères de la Santé, de l’Éducation, de l’Égalité des genres et le bureau de l’Attorney-General, devra établir un nouveau cahier des charges strict. Les rôles des Probation Officers, récemment revalorisés via le rapport PRB, devront être redéfinis. Ces derniers sont, par ailleurs, accusés de manquements graves.
Un mauvais casting des profils d’enfants ? Selon le National Children’s Council, plusieurs mineurs hébergés à Cap L’Espoir relèvent davantage de probation hostels que d’un shelter. Enfants en conflit avec la loi, troubles comportementaux sévères : le mélange des profils aurait transformé le foyer en bombe à retardement.
Le Shelter Cap L’Espoir se profile ainsi comme un test de crédibilité pour l’État. Réformes structurelles, amendements possibles à la Children’s Act, refonte complète du système : derrière ces murs fissurés, c’est bien plus qu’un shelter qui vacille. C’est la crédibilité même de la protection de l’enfance à Maurice qui est en jeu.