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Canicule en Europe : ces mauriciens qui vivent une expérience inédite

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 6 July 2026 à 14:00
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Canicule en Europe
Shylome, Simmi et son époux, Jean-Luc Mootoosamy et Malinee Cunden.

Alors que l’Europe suffoque sous une vague de chaleur exceptionnelle, des Mauriciens installés ou de passage sur le Vieux Continent découvrent une réalité bien différente de celle de leur île natale. Entre journées réorganisées, précautions renforcées et comparaison avec le climat tropical mauricien, Shylome, en vacances à Paris, Simmi, installée au Royaume-Uni depuis 24 ans, et Malinee Cunden, qui vit à Bari depuis plus de trois décennies, racontent comment ils traversent cet épisode caniculaire.

Originaire de Mahébourg et installé à Montréal depuis quatre ans, Shylome, professionnel de l’aviation, artiste et musicien, séjourne actuellement à Paris. Il y a rejoint ses parents retraités, en voyage en Europe, pour passer quelques jours de vacances en famille et entre amis. Mais son séjour dans la capitale française se déroule dans un contexte particulier : celui d’une forte vague de chaleur qui touche la France et plusieurs pays européens.

Pour ce Mauricien habitué aux climats chauds, cette canicule n’a pas été une surprise. « Je savais qu’il allait faire très chaud, car cette canicule fait la une de l’actualité dans le monde entier. Je m’attendais donc à des températures élevées », confie-t-il. Pour l’heure, il estime toutefois que la chaleur reste gérable. L’ambiance parisienne contribue aussi à atténuer le ressenti. « La chaleur n’est pas au centre de l’attention, surtout quand l’équipe de France dispute ses matchs de la Coupe du monde. L’ambiance qui règne alors dans la capitale fait presque oublier la canicule », raconte-t-il.

Comme de nombreux habitants et touristes confrontés à ces températures extrêmes, Shylome a néanmoins dû revoir son programme de vacances. Les sorties et les visites sont désormais organisées en fonction de la météo. « Oui, j’ai dû adapter mon emploi du temps. Je privilégie les activités sportives et les visites très tôt le matin ou en fin d’après-midi, lorsque les températures sont plus clémentes. Pendant les heures les plus chaudes, je préfère visiter les musées, retrouver des amis ou faire une pause dans un café climatisé. Je veille aussi à bien m’hydrater et à me reposer après des journées bien remplies », explique-t-il.

La comparaison avec Maurice s’impose naturellement. Selon lui, la différence ne réside pas seulement dans le niveau des températures, mais aussi dans l’environnement et les habitudes de vie. « À Maurice, la chaleur est plus constante et nous y sommes habitués. Surtout, où que l’on habite sur l’île, la mer n’est jamais très loin. Il est donc facile d’aller profiter de la brise marine pour se rafraîchir. En France, cette possibilité est surtout réservée aux habitants des régions côtières. À Paris, les températures me paraissent plus intenses et plus inhabituelles », relate-t-il.

Cette chaleur inhabituelle a aussi provoqué certains réflexes de précaution chez les habitants. Shylome dit avoir été étonné par la ruée vers certains produits de première nécessité. « J’ai également été surpris par les pénuries de bouteilles d’eau et de ventilateurs dans certains supermarchés, conséquence des achats de précaution. Cela rend cette canicule encore plus éprouvante », ajoute-t-il.

Pour continuer à profiter de son séjour, il mise sur des gestes simples : hydratation, vêtements légers, protection solaire et pauses régulières. « Je bois beaucoup d’eau, je porte des vêtements légers et je ne sors jamais sans mes lunettes de soleil.

Je n’aime pas porter de chapeau, même lorsqu’il fait très chaud. J’essaie aussi de rester à l’ombre autant que possible et j’utilise régulièrement de la crème solaire. Toutes ces précautions me permettent de profiter pleinement de mon séjour. »
Malgré cette chaleur, Paris conserve tout son charme à ses yeux. La canicule ne ternit pas le souvenir qu’il gardera de la capitale française. « Bien sûr. La chaleur n’enlève rien à la beauté de Paris. J’ai été impressionné par les aménagements réalisés après les Jeux olympiques de 2024, les nouveaux espaces de détente, la grande roue, les manèges et la vasque olympique. J’ai également beaucoup aimé l’ambiance des quartiers, le charme des petites rues commerçantes et la richesse culturelle de la ville. Les quais de la Seine sont particulièrement animés en soirée, avec de nombreux jeunes qui profitent de l’été. Mon plus beau souvenir restera une promenade le 4 juillet, le long de la Seine, lorsque les températures étaient enfin plus agréables et que Paris révélait toute sa magie. »


Au Royaume-Uni : Simmi découvre une chaleur inhabituelle

Au Royaume-Uni, Simmi, originaire de Quatre-Bornes, vit une expérience similaire, mais dans un autre contexte. Installée en Angleterre depuis 24 ans, cette Mauricienne, mère de deux enfants âgés de 30 et 33 ans, travaille dans le secteur du tourisme, tout en poursuivant une carrière de mannequin et d’influenceuse à temps partiel.

Même après plus de deux décennies passées au Royaume-Uni, elle juge cette vague de chaleur particulièrement éprouvante. « Je trouve cette vague de chaleur assez difficile à supporter, surtout parce que l’Angleterre connaît rarement des températures aussi élevées. C’est très différent des étés que j’ai connus jusqu’à présent, car la chaleur semble plus intense et dure beaucoup plus longtemps », explique-t-elle.

Face à ces températures, Simmi et son entourage ont adopté les mêmes réflexes que les habitants de plusieurs pays touchés par la canicule : s’hydrater, limiter les sorties et rechercher la fraîcheur autant que possible. « Je bois beaucoup d’eau, je reste à l’ombre autant que possible et j’évite de sortir pendant les heures les plus chaudes. Mon entourage fait de même : nous portons des vêtements légers, nous essayons de rester au frais et nous veillons à bien nous hydrater tout au long de la journée. »

Pour elle aussi, la comparaison avec Maurice est inévitable. Mais la chaleur anglaise lui paraît plus difficile à vivre, notamment en raison des infrastructures peu adaptées aux fortes températures. « À Maurice, nous sommes habitués à un climat tropical et, l’île étant entourée par la mer, la chaleur est bien plus gérable. En Angleterre, les fortes températures sont inhabituelles et les maisons ne sont pas conçues pour faire face à ce type de canicule. C’est ce qui rend cette chaleur particulièrement difficile à vivre. »


En suisse - Jean-Luc Mootoosamy : « Au-delà d’un certain seuil, la chaleur devient difficile à supporter »

Habituellement marquée par des hivers rigoureux et des étés modérés, la Suisse connaît actuellement une période de fortes chaleurs qui modifie certaines habitudes du quotidien. Installé dans le canton de Vaud, le Mauricien Jean-Luc Mootoosamy décrit des températures élevées qui affectent plusieurs secteurs, des écoles aux chantiers, en passant par certains espaces publics.

Cet été, les températures enregistrées en Suisse se situent au-dessus des normales saisonnières dans plusieurs régions. Dans le canton de Vaud, Jean-Luc Mootoosamy observe une situation inhabituelle pour le pays. « C’est une situation rare ici. La dernière canicule comparable remonte à plus de vingt ans », indique-t-il.

Dans un pays habitué à des étés généralement tempérés, ces épisodes imposent des ajustements rapides. « Quand il fait autour de 30 degrés, cela reste supportable pour beaucoup de gens. Mais au-delà, cela devient plus difficile », explique-t-il. Habitué à des environnements plus chauds dans son parcours professionnel, il note toutefois que l’adaptation varie selon les personnes. « Je m’adapte, mais tout le monde n’a pas les mêmes repères face à ce type de températures. »

Les journées sont désormais organisées en fonction des heures les moins chaudes. « Nous sortons tôt le matin ou en fin de journée », résume-t-il. Le temps ensoleillé persistant a renforcé l’usage des espaces naturels. « Les forêts et les parcs permettent de trouver un peu de fraîcheur. Les gens en profitent davantage en ce moment. »

Les effets se font également sentir dans les écoles et sur les lieux de travail. « Les classes sont difficiles à supporter en raison de l’absence de climatisation », constate-t-il. Certains chantiers ont réduit leurs activités aux heures les plus chaudes, tandis que le télétravail a été privilégié lorsque cela était possible. Les événements publics ont eux aussi dû s’adapter. « Les fan zones ont modifié leurs horaires pendant la Coupe du monde pour éviter les fortes chaleurs. »

Abris temporaires

Dans certaines localités, des bâtiments habituellement peu fréquentés en été ont été davantage utilisés. « Des églises ou d’autres lieux de culte ont été ouverts pour permettre aux gens de s’y abriter temporairement », observe-t-il.

Comparant les températures avec celles des été à Maurice, Jean-Luc Mootoosamy estime que la chaleur est ressentie différemment. « À Maurice, il fait chaud, mais la présence de la mer et de la brise rend souvent les températures plus supportables. Ici, les conditions sont différentes », explique-t-il. Les épisodes orageux récents n’ont apporté qu’un répit limité. « Les températures ont baissé brièvement avant de remonter. »

Pour s’adapter, les habitudes quotidiennes ont évolué. « Nous buvons davantage d’eau et nous essayons de limiter le recours à la climatisation. » Certains cantons encadrent d’ailleurs l’installation de climatiseurs, ce qui oblige à privilégier d’autres solutions. « Il faut s’adapter avec les moyens disponibles. »

Jean-Luc Mootoosamy voit dans cette situation un phénomène qui s’inscrit dans une évolution plus large. « Ces épisodes semblent plus fréquents qu’auparavant. Les spécialistes du climat le soulignent depuis plusieurs années. » Il estime que la question dépasse les frontières nationales. « Les effets du changement climatique concernent différentes régions du monde. Les pays les plus vulnérables doivent aussi pouvoir se faire entendre. »


À Bari : Malinee vit son été le plus difficile depuis 32 ans : « La peau brûle, le corps s’épuise » 

À Bari, dans le sud de l’Italie, Malinee Cunden croyait avoir tout connu. Installée dans cette ville italienne depuis trente-deux ans après avoir quitté Britannia, elle y a construit sa vie de famille. Mariée et mère de deux enfants nés en Italie, elle travaille comme femme de ménage tout en gérant plusieurs appartements destinés aux touristes.

Mais cet été dépasse tout ce qu’elle avait imaginé. « Les températures sont beaucoup plus difficiles que les années précédentes. Chaque été est chaud en Italie, mais cette fois-ci, on ressent immédiatement une chaleur lourde qui coupe presque la respiration », confie-t-elle.

Selon elle, l’humidité constitue le principal problème. « On transpire dès que l’on met un pied dehors. Même les gestes les plus simples demandent énormément d’efforts », explique Malinee Cunden. Son activité professionnelle est directement affectée par cette vague de chaleur. « Je dois continuer à préparer les appartements pour les touristes. Chaque déplacement devient fatigant. On perd rapidement toute son énergie », poursuit-elle.

Cette chaleur extrême a aussi des répercussions sur sa santé. « Ma tension baisse facilement. Je me sens faible et je dois faire très attention. Je bois beaucoup d’eau, mais il faut continuer à travailler malgré tout », dit-elle.

Pour Malinee Cunden, la comparaison avec Maurice est sans appel. « À Maurice, il fait chaud, mais cette chaleur reste naturelle et plus agréable. Ici, à Bari, l’humidité est tellement forte que l’on a l’impression que la peau brûle. Même marcher quelques minutes devient pénible », témoigne-t-elle.

Invivable

Certaines journées deviennent presque invivables. « Parfois, on préfère rester enfermé à la maison. Dehors, on ressent une véritable sensation de brûlure. Le corps s’épuise très rapidement », ajoute-t-elle.

Après plus de trois décennies passées en Italie, Malinee Cunden affirme n’avoir jamais vécu une telle situation. « Chaque année semble plus chaude que la précédente », observe-t-elle.

À Paris, en Angleterre ou à Bari, ces témoignages disent une même réalité : si les Mauriciens connaissent bien la chaleur, la canicule européenne se vit autrement. L’absence de brise marine dans les grandes villes, les logements peu adaptés et le caractère inhabituel de ces températures extrêmes rendent l’épisode particulièrement éprouvant. Pour ces Mauriciens de l’étranger, l’été européen prend désormais une dimension nouvelle.
 

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