Cancer : hausse alarmante de 18 % en un an et 13 % des décès liés à la maladie

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 4 février 2026 à 11:00
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Pour le ministre Anil Bachoo, le cancer reste un grand défi de la santé publique pour le pays.
Pour le ministre Anil Bachoo, le cancer reste un grand défi de la santé publique pour le pays.

Le ministre de la Santé Anil Bachoo a tiré la sonnette d’alarme mardi lors du lancement du National Cancer Registry 2025. Les cas de cancer sont passés de 2 841 à 3 362 entre 2023 et 2024, touchant de plus en plus de jeunes.

Le cancer a pris des proportions inquiétantes à Maurice. Le constat a été dressé par le ministre de la Santé, Anil Bachoo qui s’exprimait mardi 3 février. Il intervenait lors du lancement du National Cancer Registry 2024 et des activités marquant la Journée du cancer, observée ce mercredi 4 février. L’événement s’est tenu à l’Auditorium Octave Wiehe, à l’issue d’une marche de sensibilisation.

Les chiffres du National Cancer Registry 2024 révèlent une hausse de 18 % des cas entre 2023 et 2024, passant de 2 841 à 3 362 respectivement. « Nous devons donc être très prudents. Ce n’est pas seulement les personnes âgées, mais aussi les jeunes qui sont en train d’être touchés par la maladie », a souligné le ministre Bachoo. En 2024, 13 % de tous les décès à Maurice étaient liés au cancer. « Ces chiffres nous rappellent que le cancer affecte les familles, les communautés et les jeunes », a-t-il ajouté.

Face à cette situation, il a néanmoins voulu se montrer encourageant : 30 à 50 % de tous les cancers peuvent être prévenus et traités s’ils sont détectés tôt. Il a ainsi insisté sur l’importance du dépistage précoce et exhorté la population à profiter des facilités mises à sa disposition lors des diverses campagnes menées à travers l’île. « La maladie est un gros problème dans notre pays. Chaque jour, chaque matin, je continue de recevoir des patients qui viennent désespérément à la recherche de traitements », a-t-il confié.

Selon Anil Bachoo, le cancer ne connaît pas de frontière et ne fait aucune distinction d’âge, de genre, de nationalité ou de statut social. « De manière globale, le cancer reste un grand défi de la santé publique », a-t-il déclaré. Le ministre a appelé la population à prendre conscience des facteurs de risque qui augmentent l’incidence de la maladie à Maurice : le vieillissement de la population, le tabagisme, l’abus d’alcool, une alimentation déséquilibrée, la sédentarité, l’obésité et les facteurs environnementaux comme la pollution de l’air.

Le ministre a également lancé un appel aux jeunes : « Vous faites partie de la solution. Vos choix, votre influence et votre voix comptent pour promouvoir des modes de vie sains, réduire la stigmatisation et encourager la recherche précoce de soins ».

Épidémie silencieuse 

Présent à l’événement, le nouveau représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Maurice, le Dr Abdou Salam Gueye a averti que si aucune action n’est prise dès à présent, plus de 35 millions de personnes auront le cancer d’ici 2050 et 18 millions mourront de la maladie dans le monde. Selon lui, le continent africain vit une transition épidémiologique. « Le cancer a émergé comme une épidémie silencieuse. En 2022, l’Afrique a enregistré environ 1,18 million de nouveaux cas. Alors que la survie du cancer dépasse les 90 % dans les pays de l’Ouest, le taux est autour de 5 % en Afrique subsaharienne en raison du dépistage tardif », a-t-il fait ressortir.

Maurice émerge cependant du lot avec des mesures de santé publique qui placent le pays comme un modèle en Afrique et dans le monde. Ainsi, en dépit de la hausse de la maladie au cours de la dernière décennie, le système de santé mis en place peut donner de l’espoir selon le Dr Gueye, notamment avec les mesures qui figurent dans le programme National du cancer. Il a cité, entre autres, l’introduction du vaccin contre le Human Papilloma virus (HPV) tant pour les filles que les garçons afin de prévenir le cancer du col de l’utérus. Pour lui, c’est « un grand pas visionnaire vers l’initiative mondiale d’éliminer totalement le cancer du col de l’utérus ».


Le gouvernement veut miser sur la prévention

Une marche de sensibilisation, organisée par le ministère de la Santé entre Ébène et Réduit, a permis de conscientiser les jeunes aux dangers que représente le cancer.

Selon le ministre de la Santé Anil Bachoo, ce n’est pas exagéré de dire que le nombre de cas augmente pour des raisons qui restent à être déterminées, a-t-il soutenu. Le nombre de cas de cancer du sein est alarmant et il y a beaucoup de sensibilisation à faire à ce niveau, selon lui. « Il y a de nombreuses personnes qui souffrent du cancer dans le pays avec des centaines de patients qu’il faut envoyer à l’étranger pour des traitements, ce qui coûte énormément à l’État », a-t-il expliqué.

Face à cette situation, le ministre a fait comprendre qu’il y a deux aspects de la maladie qu’il faut prendre en considération. « Le gouvernement dépense des milliards de roupies dans le traitement du cancer. Mais il est plus important de mettre l’accent sur la prévention », a-t-il indiqué.

Dans cette optique, le département du Non-communicable Diseases va mener une série de campagnes de sensibilisation à travers le pays, a-t-il expliqué. Il a insisté sur les précautions que la population doit adopter. Celles-ci sont relayées à travers les messages de sensibilisation diffusés dans les médias et les causeries menées par les médecins dans les centres communautaires.

Le ministre Bachoo a aussi salué le travail des médecins que ce soit au National Cancer Centre ou les autres centres de santé.


Système 24/7 pour les spécialistes : une décision attendue dans les semaines à venir

Par rapport au système de 24/7 pour les spécialistes (gynécologues, pédiatres et anesthésistes), le ministère de la Santé a mis en place un High Powered Committee pour négocier et discuter de la meilleure solution à prendre. C’est ce qu’a soutenu le ministre Anil Bachoo. 

Cette initiative fait suite à une complainte logée par la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA) contre ce système. Dans un verdict rendu public à la mi-janvier, l’Employment Relations Tribunal (ERT) a considéré que cette mesure était « illégale » et que son implémentation a été faite de manière unilatérale et sans aucune consultation avec les parties prenantes en 2022.

Le High Powered Committee va annoncer une décision par rapport au 24/7 selon un accord entre le ministère de la Santé et la GMDOA, a soutenu le ministre.

Il a fait ressortir qu’il faut retenir que le ministère est « patient centered » et que ce qui est plus important ce sont les patients. Pour lui, le « infant mortality rate » doit baisser et ne peut rester statique. « C’est une situation grave et nous devons trouver les moyens pour régler cela », a-t-il dit.


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National Cancer Registry 2025
3 362 nouveaux cas diagnostiqués en 2024, une hausse généralisée observée
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Selon le National Cancer Registry, le cancer a connu une hausse de 18 % de 2023 à 2024.
Selon le National Cancer Registry, le cancer a connu une hausse de 18 % de 2023 à 2024.

Le National Cancer Registry 2025 révèle une augmentation inquiétante des cas de cancer en 2024, avec 3 362 nouveaux diagnostics. Les cancers de la prostate et du sein demeurent les plus fréquents, respectivement chez les hommes et chez les femmes.

Selon le National Cancer Registry 2025, 3 362 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en 2024, dont 1 471 chez les hommes et 1 891 chez les femmes. Les données révèlent une augmentation préoccupante dans la plupart des types de cancer.

Chez les hommes : la prostate en tête

Parmi les cancers les plus fréquents chez les hommes, celui de la prostate arrive en première position avec 251 cas, contre 215 en 2023. Le cancer colorectal suit avec 209 cas, puis celui des poumons avec 137 cas. Une hausse a été constatée dans chacun de ces types de cancer (voir tableau).

Chez les femmes : le cancer du sein toujours prédominant

Le cancer du sein demeure le plus commun chez les femmes avec 679 cas enregistrés en 2024, contre 591 l’année précédente. Une augmentation a également été notée pour les autres types de cancer : 191 cas pour celui du corps de l’utérus et 177 cas pour le cancer colorectal (voir tableau).

Un âge moyen d’incidence révélateur

Le National Cancer Registry indique que l’âge moyen de l’incidence du cancer est de 63,8 ans chez les hommes et 59,8 ans chez les femmes. Les statistiques montrent par ailleurs que 62 % de tous les types de cancer touchent les personnes de plus de 60 ans. Cette proportion s’élève à 70,1 % chez les hommes et 57,3 % chez les femmes pour cette même tranche d’âge.

Un taux de mortalité de 13 %

Le cancer représente 13 % de tous les décès enregistrés en 2024. Sur les 12 493 décès comptabilisés, 1 649 étaient liés au cancer, soit 803 chez les hommes et 846 chez les femmes. Chez les hommes, le cancer du poumon a causé 123 décès, celui de la prostate 111, et le cancer colorectal 102. Du côté des femmes, 244 décès ont été enregistrés pour le cancer du sein, 96 pour le cancer colorectal, et 60 pour les cancers du poumon et des ovaires respectivement.

 

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