Législatives 2019

Campagne électorale : l’humeur partisane dans nos quartiers

CAMPAGNE Électorale

En attendant le Nomination Day du mardi 22 octobre, Le Dimanche/L’Hebdo en profite pour « bat enn kare » dans les quartiers, histoire de humer le parfum de la campagne et de tâter… l’humeur partisane !

Porte-à-porte : arme de séduction massive 

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Le porte-à-porte est devenu un grand classique des campagnes électorales à travers Maurice.

Il est 15 heures, Anita (53 ans) savoure une tasse de thé et mate Naagin, sa série télévisée indienne préférée. Juste au moment du climax, elle entend frapper à sa porte. Elle hésite à ouvrir, car elle sait déjà qui est derrière. « Depuis que la campagne électorale a commencé, les agents des partis politiques insistent, chacun à son tour, pour me présenter leurs trois candidats qui me représenteront au Parlement une fois élus aux élections générales de 2019. Je n’ai d’autre choix que leur ouvrir la porte et acquiescer d’un sourire à leur venue. Tous tentent de me séduire avec leurs promesses électorales. » Avec politesse, elle coupe court à la conversation. Comme Anita, un bon nombre d’habitants de villages et de villes sont ciblés par les politiciens pour rafler les votes des Mauriciens.  

En marge de ces élections, les candidats s’adonnent à l’exercice du porte-à-porte. Pas parce qu’il y a plus de gens qui se soucient du salut de notre âme, mais plutôt parce que c’est un grand classique des campagnes électorales à travers Maurice. Mais est-ce que ça marche ? Les candidats parviennent-ils à convaincre les électeurs de voter pour eux en frappant à leurs portes ?

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À Plaine-Verte, les prouesses de Shakeel Mohamed au Parlement passent en boucle, sur un écran, à longueur de journée.

Shakeel Mohamed, candidat de l’Alliance Nationale aperçu dans cet exercice à Roche-Bois dans l’après-midi du vendredi 18 octobre, nous explique que c’est avec humour et sens de l’écoute qu’il sillonne les rues des différents quartiers de la circonscription no 3, où il se présente pour un quatrième mandat. 

Il confie : « Bizin marse al zwen dimoun. Ena bokou folklor kot dimoun rakont nou kifer zot degoute ar gouvernman. Ou mem kifer zot pa kontan nou. Li bien normal tou sa ». Et d’ajouter que, malgré la colère des habitants envers la politique, il est important pour un politicien d’être à l’écoute des souffrances des habitants. « Nou pena drwa ankoler ouswa perdi pasians. Nou bizin kontinie ekout zot bann kritik. Nou bizin konpran zot parski se sa travail sur le terrain la ki pou permet nou amen sanzman dan lavi bann zabitan. » 

Le porte-à-porte demeure un enjeu majeur pour redorer son image politique auprès d’innombrables électeurs et Shakeel Mohamed le fait avec plaisir. Dans un éclat de rire, il lance : « Evidaman sa lekzersis la fer ki bizin pran plizir dous dan enn zourne, akoz bizin marse boukou. Osi mo bizin esay retourn lakaz okour lazourne, avan ki mo bann zanfan dormi, pou ki mo kapav zwen zot avan mo resorti pou vinn lor terin. Mo kontan ki eleksion pou fini vit ek mo pou kapav retrouv mwa avek mo bann zanfan. Me pou eleksion, nou konfian. Nou pe fer nou mie. E seki bizin arive, pou arive. » 

Campagne électorale oblige, Shakeel Mohamed a laissé sa robe d’avocat au vestiaire et se rend au quotidien dans la circonscription no 3 pour séduire ses potentiels mandants. Ces derniers ne manquent pas de lui dresser une liste de doléances à régler dans la localité : la construction de drains, le chômage des jeunes, la précarité sociale, l’inégalité de traitement dans les diverses pensions sociales, le manque d’infrastructures sportives et de loisirs pour les citoyens, etc. « Bann doleans la, zot komun. Ena solision pou seki ban zabitan la pe demande. Mo pa panse enn politisien bizin enn meday pou koltar enn sime, fer zot gagn kouran ou enn sant lwazir », conclut-il avec humour, avant de reprendre son itinéraire.

Réunions nocturnes : promesses électorales ou « manz pistas, get sinema » ? 

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Azeghen Kumaren, 25 ans, qui écoule son stock de vuvuzelas à la Croisée Diolle,̀ Vacoas.

Armés de la tête aux pieds contre le froid, de nombreux habitants de la circonscription no 16 ont assisté à la réunion nocturne de l’Alliance Morisien à La Croisée Diolle, Vacoas. Le chapiteau dressé à l’occasion ayant des places en nombre limité, les partisans sont allés jusqu’à se mettre sur les deux bordures de la route principale pour écouter les discours et promesses électorales des candidats. 

Après Nando Bodha, c’est Ivan Collendavelloo qui prend la parole. Il n’a que le temps de dire « zafer la pe klate » que des feux d’artifices illuminent le ciel pour accueillir Pravind Jugnauth. Le leader du MSM fait son entrée comme une star dans la foule. Des agents incitent les partisans à brandir leurs pavillons. D’autres font un boucan avec des vuvuzelas achetées pour une poignée de roupies au marchand ambulant. Ce dernier écoule sans gêne son stock datant des JIOI 2019. Mais les vuvuzelas sont uniquement aux couleurs du quadricolore mauricien et du parti politique présent. Une astuce, explique le vendeur, pour ne pas se faire éjecter des lieux. Dans un éclat de rire, il précise : « Mo sanz kouler dapre parti ki pe fer renion. » Tandis que les partisans du MSM écoutent attentivement le discours de leur leader, d’autres se frayent un chemin dans la foule pour trouver le marchand de pistaches, bien au centre sur son tabouret, afin qu’il soit accessible si on veut « manz pistas, get sinema ». 

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Faute de place, des habitants se sont mis sur la route principale de Glen Park pour écouter les intervenants.

Direction La Source, Quatre-Bornes, où les trois candidats de l’Alliance Nationale animent une réunion dans la circonscription no 18. Tandis que le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, critique Kavi Ramano sur l’estrade et fait des promesses électorales à ses partisans et aux habitants de la région, certains sont en vadrouille sur la route menant au lieudit Legliz Montagne. Bon nombre d’entre eux ont décidé de manger un bon « pwason korn ek so piman kari » au restaurant de la localité, très réputé pour ce plat. D’autres se rendent devant la fourgonnette de Feroz, un habitant de Curepipe qui propose « gram bwi ek pistas bwi » à ceux qui désirent grignoter tout en écoutant les discours politiques. Une petite famille, sa maison faisant face à l’estrade, ne manque pas de sortir des chaises pour assister confortablement, de sa terrasse, à cette réunion nocturne de l’Alliance Nationale. Un peu plus loin, les affamés, eux, ont laissé en plan les personnalités politiques pour s’arrêter au Blue Star Boutik !

Ainsi donc, même si la campagne électorale tangue au gré du vent en attendant le Nomination Day, elle en jette quand même avec son folklore, les « dialogues farfelus » des politiciens contre leurs adversaires et les ardeurs des agents lors du porte-à-porte ou les chansons de campagnes des partis politiques passant en boucle toute la journée, pour faire vaciller l’humeur des habitants à travers l’île jusqu’au jour du devoir civique, le 7 novembre prochain.

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Feroz, 53 ans, fait la tournée des réunions politiques pour vendre ses pistaches.

 

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