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À Camp-Ythier : Vidya Dawoonah, la potière aux mains d’argile

À Camp-Ythier, le nom de Vidya Dawoonah évoque tant celui d’un chef d’entreprise que d’une femme au grand cœur, et capable de tutoyer certains politiciens.

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Les étapes de fabrication des pots passent essentiellement par le malaxage de l’argile jusqu’au façonnage par les tours.

Mais sa plus grande réussite, c’est son entreprise de poterie, Sunshine Pottery Cooperative, où les machines tournent à fond afin de livrer les commandes pour la fête de Divali.

Vidya Dawoonah, c’est une boule d’énergie qui, au fil des années, a su maîtriser les recettes de la poterie et la gestion des affaires. À Camp-Ythier, où elle nous accueille sous la varangue de sa maison, des trophées et certificats remis par l’État, cohabitent avec les divinités aux couleurs flamboyantes. « Sans Dieu, qui me donne une bonne santé, je ne serais sans doute pas allée très loin », dit cette mère de cinq enfants et  grand-mère de 12 petits-enfants.

Originaire de Pamplemousses, elle s’est initiée à la poterie auprès d’un oncle, qui possédait une petite fabrique et qui a formé de nombreux potiers. Après son mariage et à son grand regret, elle suit son époux Ramesh à Camp-Ythier. « Je ne connaissais rien à la campagne, rien du bhojpuri, mais j’ai fini par apprendre », rigole-t-elle.

Comme le couple, qui a déjà trois enfants, a du mal à joindre les deux bouts, Vidya et son époux regagnent Arsenal et se mettent au service de l’oncle potier. Durant huit mois, ils apprennent les rudiments du métier de tourneur et peu de temps après, Ramesh se fait embaucher dans une poterie à Riche-Terre, où il y restera durant cinq ans.

La dernière étape de la fabrication consiste à colorer les lampes.

Les lampes de Divali

Pendant ce temps, à Camp-Ythier, où le couple est retourné vivre, Vidya, elle, a ouvert une petite poterie. « Je savais où trouver l’argile, comment le cuire et le façonner. J’ai commencé par employer les membres de la famille de Ramesh. Tout le monde était emballé », se souvient-elle.

Pour les équipements, c’est elle-même qui se charge de fabriquer le premier tour à l’aide de tuyaux. Les premiers produits qui quittent le petit atelier seront les lampes de Divali. « Le marché était déjà compétitif, explique Vidya. Certains potiers cassaient littéralement les prix, ce que, moi, je ne pouvais pas faire. J’ai alors promis aux clients que je reprendrais les lampes brisées à mes frais et je m’engageais à leur livrer des lampes régulièrement, pas seulement durant Divali. »

Même si elle a connu une période très sombre, où son business et la maison familiale étaient en voie de saisie, Vidya a toujours persévéré. « J’avais l’avantage de connaître un métier et d’être une rude bosseuse. C’est comme ça que j’ai pu sortir la tête de l’eau. » En 1990, grâce à un prêt bancaire, la société investit Rs 300 000 dans l’acquisition d’équipements en provenance d’Afrique du Sud. « Pour l’époque, c’était un gros investissement, mais nécessaire à cause de la concurrence. Il nous a permis de nous diversifier et d’augmenter notre main-d’œuvre. »

‘Pooja shops’

À ce jour, la société, qui s’est transformée en une coopérative, compte 25 points de livraison, grâce au nombre croissant des pooja shops, qui reflètent l’engouement des familles hindoues pour les rituels. Pourtant, une dizaine d’années auparavant, la coopérative a dû faire face à une rude concurrence de la part des produits indiens, moins chers et plus variés en termes de design.

« Mais, beaucoup de ces produits étaient fragiles et se brisaient facilement. Durant cette période, nous avons perdu un certain nombre de clients, mais ils sont retournés vers nous lorsqu’ils ont constaté la défectuosité de certains articles indiens. Toutefois, nous nous sommes rendus à l’évidence qu’il nous faudrait compter avec ces produits importés et nous comprenons aussi que des revendeurs mauriciens souhaitent eux-mêmes en profiter. »

Parmi ses 11 salariés, la plupart des femmes, une bonne moitié est constituée de tourneurs.  « Ce sont eux l’épine dorsale de l’entreprise. Bien entendu, l’entreprise est une petite chaîne de  production, mais ce sont les tourneurs qui en sont le maillon le plus important », fait observer Vidya.

Si celle-ci résiste encore à la concurrence, c’est parce qu’elle a fini par maîtriser tous les rouages du métier, comme, entre autres, posséder un carnet de contacts d’entrepreneures dans la construction. « Ce sont eux qui m’informent des endroits où je peux trouver de l’argile. Aujourd’hui, il faut casquer Rs 10 000 pour un camion d’argile. »

Puis, les ouvrières sont payées à la pièce et cela convient à tout le monde, poursuit-elle. Enfin, elle préfère une gestion paternaliste où elle tente de régler, à sa manière, les petits problèmes personnels des salariées. « Nous avons une ouvrière qui emmène son nourrisson avec elle, elle n’a personne pour le garder. C’est notre famille qui prend en charge le petit pendant que sa mère travaille », explique-t-elle.

Ne craint-elle pas de voir ses tourneurs partir monter leurs propres ateliers ? « Il se peut qu’un ou deux partent, mais pas les six. Puis, il ne suffit pas d’être tourneur pour monter une entreprise de poterie. Cela dit, j’ai déjà dit à mes salariés que je suis prête à les aider, si elles veulent se lancer dans la poterie. Le soleil, dit-on, brille pour tout le monde. »

 

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