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Camille Gopaul : l’enfant de la débrouille devenue entrepreneuse

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 14 June 2026 à 19:00
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camille
Camille Gopaul participle souvent aux foires commerciales, ce qui lui permet d’échanger avec les clients.

À 25 ans, cette habitante de La Preneuse a surmonté la précarité en lançant Nappy des Îles. Une marque de cosmétiques faits maison qui finance aujourd’hui ses études universitaires. Portrait.

À25 ans, Camille Gopaul fabrique ses propres produits capillaires, gère une marque, paie ses études et aide ses parents. Fille d’une couturière et d’un menuisier de La Preneuse, elle a lancé « Nappy des Îles » en pleine pandémie, depuis sa cuisine, avec des recettes trouvées sur Internet. Ce qui a commencé comme une solution de fortune est devenu, progressivement, une vie choisie.

Les premiers souvenirs de Camille sont faits de silences protecteurs. « Quand j’étais petite, je ne réalisais pas vraiment ce qui se passait. Avec du recul, je comprends que mes parents faisaient énormément pour nous protéger de leurs problèmes financiers. »

Un matin reste gravé. Elle avait 8 ans. « Ma mère m’a préparé un sandwich aux oignons parce que c’était ce qu’il restait à la maison. Ça n’est arrivé qu’une seule fois, mais c’est un souvenir qui m’est resté. »

Sa mère, Joselyne, travaillait comme employée de maison avant de se mettre à son compte comme couturière. Son père, Jean-Luc, était menuisier dans une entreprise. Les fins de mois étaient parfois difficiles, sans que la famille en fasse un drame visible. « Je ne les ai jamais vus abandonner. Peu importe ce qui se passait, ils trouvaient toujours un moyen d’avancer. »

Ce matin-là a fait quelque chose à Jean-Luc. Refusant de voir sa famille vivre dans la précarité, il a quitté son emploi pour s’installer à son compte. C’était un pari risqué, pris au mauvais moment. « Mon père a pris ce risque alors qu’on n’était pas dans une situation confortable. Je pense que ça montre bien le genre de personne qu’il est. »

Camille obtient son Higher School Certificate (HSC) en 2019. Derrière les notes, une conviction simple : « J’ai toujours aimé apprendre. Je savais que les études pouvaient changer ma vie. » Elle rêve déjà de travailler à son compte, de construire quelque chose. Mais les frais de scolarité ne suivent pas l’ambition. Les années passent. « Il y a eu plusieurs années entre mon HSC et l’université. Abandonner n’a jamais vraiment été une option, mais ça n’a pas toujours été simple. »

Le confinement comme point de départ

Puis arrive le COVID-19. Le monde se referme. « Comme tout le monde, je ne savais pas du tout à quoi l’avenir allait ressembler. » Confinée, Camille n’a plus accès à ses produits capillaires habituels. Sa mère lui glisse une idée sans y penser à deux fois : pourquoi ne pas en fabriquer ? Camille cherche sur Internet, expérimente, rate, recommence. « J’étais curieuse de voir si ça allait fonctionner. »

Les résultats dépassent toutes ses attentes. « Franchement, j’ai été la première surprise par les résultats. » Son entourage ne tarde pas à remarquer la différence. « Mes proches et mes amies me demandaient ce que j’utilisais. » Lorsqu’elles découvrent qu’elle fabrique elle-même ses produits, elles veulent les essayer. « Tout le monde me disait que je devrais les vendre. » L’idée fait son chemin. Elle n’est pas commerçante par vocation, mais elle a besoin de financer ses études et d’alléger le quotidien de ses parents. 

« Je voulais créer quelque chose qui me permette de poursuivre mes études tout en aidant mes parents. » Nappy des Îles est lancée. Et avec les premières rentrées, Camille s’inscrit enfin à Middlesex University en Advertising, Public Relations and Branding.

Le principe fondateur n’a pas bougé : « Si je n’utilisais pas un produit sur mes propres cheveux, je ne le vendrais pas. » La gamme comprend aujourd’hui des huiles anti-chute, des soins anti-pelliculaires, des crèmes démêlantes qui favorisent l’épanouissement des cheveux, ainsi que des produits pour les lèvres sèches. « Derrière chaque produit, il y a énormément de tests, de recherches, et parfois beaucoup d’essais ratés. »

Créer les produits n’est pourtant qu’une partie du travail. Il y a aussi les commandes à gérer, les ingrédients à commander, l’emballage et, en parallèle, la communication et le marketing que ses études lui apprennent à maîtriser. « Aujourd’hui, je peux appliquer directement à ma marque ce que j’apprends à l’université, et ça fait une vraie différence. »

Pour se faire connaître, elle mise sur TikTok, Facebook et Instagram, devenus selon elle des « outils indispensables ». Elle participe aussi à des foires et à des événements commerciaux à travers l’île. Et c’est là, dans l’échange direct, qu’elle trouve ce qui la porte. « Ce que je préfère, c’est discuter avec les clients et voir l’impact que les produits ont eu sur eux. Ça m’est arrivé de verser une larme. »

Tenir le cap

Entre les cours, les examens et les commandes, les journées de Camille laissent peu de place au vide. « Certains jours sont extrêmement chargés. Je peux passer des heures à étudier puis enchaîner avec la préparation des commandes. » Quand la fatigue s’installe, elle revient à l’essentiel. « Quand c’est difficile, je me rappelle pourquoi j’ai commencé : terminer mes études et construire quelque chose de durable. » Et quand le doute pointe, c’est l’enfance qui répond. « Quand on a connu les difficultés, on apprend à ne jamais abandonner facilement. »

Chaque étape franchie a ce double goût : celui du présent et celui du chemin parcouru. Quand elle parle de ses parents, Camille choisit ses mots avec soin. « Mes parents ont toujours été là pour moi. Pouvoir leur rendre un peu de ce qu’ils m’ont donné, ça compte beaucoup. »

Sur le succès, elle est précise, presque sévère. « Le vrai succès, c’est de prendre tous les échecs comme une victoire, parce qu’on apprend. Et apprendre, devenir meilleur, c’est le plus beau des succès. » Elle n’en fait pas une leçon universelle pour autant. « Je ne pense pas que tout soit possible pour tout le monde. Par contre, je pense qu’on peut aller beaucoup plus loin qu’on ne l’imagine quand on refuse d’abandonner au premier obstacle. »

Elle porte un regard lucide sur ses propres limites. Camille Gopaul n’a pas grandi dans la certitude que tout lui était dû. Elle a grandi dans la certitude qu’il fallait avancer. « Mon parcours n’a rien eu de linéaire, conclut-elle. Mais il montre qu’on n’est pas obligé de rester là où on a commencé. »

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