Business du poisson octroyé aux proches du Pouvoir : le contrat le plus convoité
Par
Eshan Dinally
Par
Eshan Dinally
À Maurice, certains contrats semblent changer de mains au rythme des alternances politiques. Celui du poisson dit by-catch fish en fait partie. À chaque changement de gouvernement, ce marché devient l’un des plus convoités, mais aussi l’un des plus surveillés.
Le constat est troublant : d’un pouvoir à l’autre, ce business finit presque toujours entre les mains d’opérateurs présentés comme proches — parfois très proches — des cercles dirigeants.
Après l’accession du nouveau gouvernement au pouvoir, l’Agricultural Marketing Board (AMB) a d’abord accordé ce contrat à Eco-Tropic Company Ltd. Or, cette compagnie n’existait pas avant les élections. Elle a été incorporée le 26 novembre 2024, soit après le changement de gouvernement.
Parmi ses actionnaires et directeurs figure Jean Carl Berty Elysée, présenté comme l’un des Senior Advisors de l’actuel Premier ministre. Ce détail est loin d’être anodin dans un dossier dans lequel la proximité avec le pouvoir est précisément au cœur des interrogations. Eco-Tropic Company Ltd a fait sa demande le 15 mai 2025. Moins d’un mois plus tard, soit le 9 juin 2025, elle a obtenu son approbation.
Quelques mois plus tard, une deuxième compagnie fait son apparition dans ce secteur convoité : Aquaris Company Ltd. Elle est incorporée le 18 août 2025. Le même jour, elle dépose sa demande. Son approbation intervient le 3 septembre 2025.
Là encore, les liens avec le pouvoir interpellent. Zahir Hyda, Advisor du ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, aurait agi comme secrétaire de la compagnie avant de se retirer par la suite. Aquaris Company Ltd finira par se retirer du business du poisson le 20 janvier 2026. Moins de deux mois plus tard, le 11 mars 2026, la compagnie est dissoute. Cette décision met fin à sa présence dans le dossier.
Après le retrait d’Aquaris, une autre structure entre en scène : White Whale Fishmongers Co-operative Society Ltd. Elle est enregistrée le 5 septembre 2025. Cette fois, ce n’est pas seulement la date d’enregistrement qui retient l’attention, mais aussi le profil de ses membres.
Tous les actionnaires seraient des habitants de la circonscription n° 19, Stanley/Rose Hill. Or, cette circonscription est hautement symbolique dans l’architecture politique du MMM. Parmi les personnes associées à cette société figure Jean Steven Brabant, connu comme l’un des chefs agents de Paul Bérenger. Il est resté fidèle à Paul Bérenger après la démission de celui-ci du MMM et comme leader de ce parti. Pour preuve, le mercredi 25 mars 2026, il était présent à la résidence de ce dernier avant la tenue d’une conférence de presse.
Eco-Tropic et White Whale : deux noms, deux trajectoires différentes, mais un fil conducteur commun. À chaque étape, les sociétés concernées présentent, directement ou indirectement, des connexions politiques ou institutionnelles avec le pouvoir en place ou ses alliés. C’est précisément ce schéma qui nourrit les soupçons. Non pas parce qu’une proximité politique constitue, en soi, une faute. Mais puisque la répétition de ces situations finit par installer une perception dangereuse : celle d’un marché réservé, accessible principalement à ceux qui disposent des bons relais, des bons contacts ou du bon ancrage politique.
Le business du by-catch fish n’est pas un commerce ordinaire. Il touche à la gestion d’une ressource alimentaire, à la distribution, aux circuits d’approvisionnement et à des intérêts économiques importants. À ce titre, il ne peut être traité comme un arrangement administratif entre initiés.
La question centrale est donc : qui décide réellement de l’accès à ce marché ? L’AMB agit-elle sur la base d’un processus ouvert, compétitif et documenté ? Ou ce contrat reste-t-il, comme sous d’autres gouvernements, un espace de récompense politique, d’influence et de placement stratégique ?
Tant que ces questions resteront sans réponse publique, le dossier du by-catch fish continuera d’alimenter une impression tenace : celle d’un secteur dans lequel les alternances politiques ne changent pas les pratiques, mais seulement les bénéficiaires.