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Budget Day : Ramgoolam face à l’exigence de transformer les attentes en résultats

Par Christina Vilbrin
Publié le: 19 June 2026 à 15:00
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Le deuxième Budget de Navin Ramgoolam arrive dans un contexte où les marges de manœuvre sont étroites et les attentes élevées. Lui-même a prévenu : il n’a pas de « baguette magique ». Reste une question centrale : à quoi faut-il réellement s’attendre ? Plusieurs mesures circulent déjà dans les coulisses.

Moins de deux heures pour donner le ton

Le Budget 2026-2027 sera présenté ce vendredi 19 juin à partir de 17 heures. Selon nos recoupements, le discours de Navin Ramgoolam devrait durer un peu moins de deux heures. Tous les regards seront tournés vers le Premier ministre et ministre des Finances pour son deuxième Budget depuis son retour au pouvoir.

Le premier exercice budgétaire avait pour toile de fond la publication du rapport « State of the Economy » et répondait avant tout à la nécessité de dresser un état des lieux des finances publiques. Il avait surtout été marqué par la réforme des pensions, qui avait suscité un vif mécontentement au sein de la population. Cette fois, les attentes sont d’une tout autre ampleur. Les Mauriciens attendent des mesures concrètes pour protéger leur pouvoir d’achat, tandis que le secteur privé réclame des signaux forts afin de retrouver confiance et relancer l’investissement.

Les 5 axes du Budget

  1. Responsabilité 
  2. Solidarité 
  3. Efficacité économique 
  4. Justice sociale 
  5. Protection des plus vulnérables

Les grandes attentes

  • Relancer la croissance
  • Restaurer le pouvoir d’achat
  • Rétablir la confiance
  • Assainir les finances publiques
  • Réduire les gaspillages de l’État
  • Développer de nouveaux pôles de croissance
  • Attirer davantage d’investissements
  • Combattre le fléau de la drogue
  • Rétablir l’ordre et la sécurité
  • Soutenir les PME et les secteurs économiques traditionnels

IL A DIT

Navin Ramgoolam : « Nous introduirons une Fiscal Responsibility Act afin d’établir un cadre budgétaire fondé sur des règles plus strictes, de promouvoir une plus grande transparence et responsabilité dans les finances publiques, et de renforcer les pratiques de bonne gestion des finances publiques. »

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VITE DIT

Cigarette et alcool : une hausse attendue

Une augmentation des taxes sur les cigarettes et les boissons alcoolisées figure parmi les mesures les plus probables. Au-delà des recettes supplémentaires espérées, le gouvernement met également en avant des objectifs de santé publique.

Pension : le statu quo

Alors que les syndicats réclament un retour au paiement de la pension de vieillesse à 60 ans, l’hypothèse d’un relèvement progressif de l’âge d’éligibilité à 62 ou 63 ans a circulé. À ce stade, le gouvernement semble toutefois privilégier le maintien de sa réforme des pensions.

Faire davantage contribuer les plus fortunés

Une forte attente, y compris au sein du gouvernement, se dessine en faveur d’une contribution accrue des plus aisés à l’effort national. Reste à savoir si le gouvernement ira effectivement dans cette direction. Attendons de voir.

Bruits de couloir

Ces mesures qui pourraient être introduites

Une TVA différenciée sur les produits de luxe

L’introduction d’une TVA différenciée ciblant les produits de luxe pourrait figurer parmi les mesures du Budget 2026-2027. L’objectif serait de faire davantage contribuer les consommateurs les plus aisés tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables.

Médicaments : vers plus d’importateurs

Face au coût élevé des médicaments et aux difficultés d’approvisionnement observées ces derniers mois, le gouvernement envisagerait d’élargir le nombre d’importateurs autorisés à faire venir des médicaments génériques. D’ailleurs, dans le Défi Quotidien ce mois-ci, on avait indiqué qu’une dizaine de grossistes pourraient être concernés. La mesure serait probablement annoncée dans le Budget.

Le registre social pourrait être élargi

Le Social Register devrait être revu afin d’inclure davantage de bénéficiaires. Ces derniers mois, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer des critères jugés trop restrictifs. Le Junior Minister à l’Intégrité sociale, Kugan Parapen, a lui-même reconnu que le seuil actuel excluait de nombreuses familles vivant pourtant dans des conditions précaires. Une révision des critères d’éligibilité pourrait donc figurer parmi les mesures phares du Budget.

Des exonérations fiscales ciblées

Certaines catégories de produits de consommation pourraient bénéficier d’exonérations ou d’allégements fiscaux. L’objectif serait d’atténuer les effets de la vie chère et d’apporter un soutien concret aux ménages confrontés à la hausse des prix.

La fin des privilèges fiscaux pour les anciens dignitaires

Les anciens présidents de la République, Premiers ministres et vice-présidents pourraient être soumis aux mêmes obligations fiscales que l’ensemble des citoyens. C’est une mesure qui pourrait figurer dans le Budget dans une logique d’équité et de rationalisation des dépenses publiques.

Vers l’introduction d’une taxe immobilière ?

L’instauration d’une taxe immobilière fait également partie des scénarios à l’étude. Une première option consisterait à appliquer une taxe foncière généralisée. Une seconde, jugée politiquement plus acceptable, viserait uniquement les propriétés de luxe, les villas et les développements immobiliers haut de gamme. Selon nos informations, les discussions portent principalement sur cette seconde formule. Selon nos informations, l’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen, apporterait son expertise à Gilbert Gnany, Chief Economic Advisor au ministère des Finances, sur ce dossier. Reste à savoir si cette mesure franchira l’étape finale et figurera dans le Budget.

AVIS DES OBSERVATEURS

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Rajen Valayden : « Il ne faut pas se faire d’illusions. Ce sera un discours de continuité et un bis repetita de ces dernières années. Une continuité dans la rhétorique, du réchauffé et de la vacuité. La présentation du Budget est devenue un événement annuel grotesque où, depuis quelques années, les ministres des Finances ressemblent davantage à des circassiens qu’à autre chose. C’est énervant, triste, mais cela reste la stricte vérité. Chaque année, on rate l’occasion de rompre avec les travers du passé et de construire un pays moderne, digne d’une démocratie républicaine. On persiste à mesurer la performance budgétaire uniquement par les chiffres, alors que l’économie ne fonctionne pas dans un vide. Il s’agit avant tout de notre capacité à faire avancer l’humanité, à préserver notre environnement et à enrichir notre patrimoine culturel. Est-ce que Navin Ramgoolam aura le courage de dénoncer, voire de défier, ceux qui tiennent l’économie en otage ? Au moins, en 2005, il avait un tout autre discours avec sa politique de « démocratisation de l’économie ». Aujourd’hui, il pactise avec ceux qui contrôlent l’accès aux finances et aux marchés. Le rôle de l’État est avant tout de créer un environnement sain permettant le bon déroulement des affaires de manière équitable pour chaque citoyen. Les PME sont les véritables moteurs d’une possible croissance et de la création de nouvelles richesses. C’est à l’État de s’assurer qu’elles parviennent à combler leur déficit d’échelle par la qualité. Or, ce que nous constatons depuis quelques années, c’est que l’État s’applique à euthanasier nos PME. Donc, il n’y a même pas lieu de garder les doigts croisés. »

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Bernard Saminaden : « Tout le monde vit dans un monde d’illusions, comme des enfants qui croient au Père Noël. Les politiciens nous ont vendu des promesses et il y a eu beaucoup de démagogie. Face à la réalité économique, il faut garder les pieds sur terre et regarder les choses telles qu’elles sont, et non pas telles que nous les attendons. Les Mauriciens craignent une érosion de leur pouvoir d’achat à travers des taxes déguisées qui pourraient peser sur leur portefeuille. Le défi pour ce Budget consiste, d’un côté, à empêcher la balance des paiements de se dégrader et, de l’autre, à maintenir l’État-providence tout en venant à la rescousse des plus vulnérables. La classe moyenne, qui représente le plus important bloc de l’électorat, doit également être prise en considération. Certaines catégories sociales devraient contribuer davantage, car tout le monde n’est pas sur un pied d’égalité en termes de revenus. Avec le baril de pétrole qui est redescendu autour de 80 dollars, les Mauriciens s’attendent à une baisse des prix des carburants, mais les experts mondiaux ont prévenu que les effets ne se feraient sentir que dans quelques mois. Les politiciens doivent utiliser des stratégies bien calculées pour faire avancer le pays. Il faut des dirigeants pragmatiques, sinon le pays ne sortira pas de l’ornière. Nous avons perdu dix ans et de nombreux secteurs sont dans le rouge. Les Mauriciens s’attendent aussi à ce que le pays explore de nouveaux marchés d’importation, notamment le Brésil, grenier du monde, où certains produits coûtent jusqu’à 40 % moins cher. »

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