Budget 2026/27 : une difficile équation pour le gouvernement
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Le Défi Quotidien
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Ashna Nuckcheddy-Rabot a animé Au cœur de l’info, le vendredi 29 mai. Ishvind Caleechurn, économiste, Rai Heeroo, ancien Senior Energy Specialist de la Banque mondiale, François de Grivel, industriel, et Claude Canabady, de la Consumers’ Eye Association, ont abordé les solutions envisageables pour relancer l’économie tout en soulageant la population.
À quelques jours de la présentation du Budget 2026/27, les attentes sont fortes. Confronté à la hausse du coût de la vie, à l'endettement public et aux incertitudes économiques mondiales, le gouvernement devra faire des choix déterminants. Le contexte apparaît particulièrement difficile avec la hausse des prix des produits alimentaires, l’érosion du pouvoir d’achat et les répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur les marchés de l’énergie. Pour l’économiste Ishvind Caleechurn, la situation économique actuelle est préoccupante. « La situation est difficile, mais si nous avons un budget efficace, il existe encore une marge de manœuvre », avance-t-il.
Selon lui, Maurice évolue dans un contexte proche de la stagflation, où une croissance économique ralentie cohabite avec une inflation persistante. « Le pouvoir d’achat continue de diminuer alors que la croissance ralentit. C’est une situation qui étouffe progressivement l’économie », explique-t-il. Pour lui, le gouvernement devra arbitrer entre un budget d’austérité destiné à contenir les dépenses publiques et un budget plus expansionniste visant à soutenir l’activité économique. La question de la dette publique s’est rapidement imposée comme l’un des thèmes centraux du débat. Ishvind Caleechurn estime que le pays ne peut plus ignorer l’ampleur du problème. « Pendant longtemps, nous avons crié au loup. Aujourd’hui, le loup est là : c’est la dette publique. »
La dette de l’État a fortement augmenté au cours des dernières années, tout comme celle des ménages, tandis que le coût du service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques. « Nous payons aujourd’hui plus en intérêts que ce que nous générons comme croissance économique. Cette situation doit nous interpeller. » Il évoque également les difficultés financières de plusieurs organismes publics : Metro Express, la CWA, le CEB et la STC, qui continuent d’exercer une pression sur les finances de l’État. Ishvind Caleechurn cite notamment les pertes considérables enregistrées dans le réseau de distribution d’eau. « L’année dernière, plus de Rs 3,6 milliards d’eau traitée ont été perdues avant même d’arriver aux consommateurs. »
Selon lui, des investissements ciblés dans le renouvellement des infrastructures permettraient de générer des économies importantes à moyen terme. Il critique les nombreux dépassements de coûts observés dans certains projets publics. « Nous avons trop de projets dont les coûts doublent ou triplent par rapport aux estimations initiales. » Il estime qu’une meilleure discipline budgétaire pourrait permettre d’économiser plusieurs milliards de roupies. Rai Heeroo partage le constat d’une situation économique complexe, mais estime que le débat ne doit pas se limiter à des considérations comptables. « Nous sommes confrontés à plusieurs crises simultanément : les tensions géopolitiques, les défis environnementaux, les mutations technologiques et l’arrivée de l’intelligence artificielle », fait-il observer.
L’ancien spécialiste de la Banque mondiale estime également que certaines difficultés sont liées à des problèmes de gouvernance. « Les problèmes que nous observons ne sont pas seulement des problèmes d’infrastructures. Ce sont aussi des problèmes institutionnels. » Il plaide pour davantage de compétence et de professionnalisme dans la gestion des entreprises publiques. La sécurité énergétique s’est également invitée au cœur des échanges.
Pour Rai Heeroo, cette situation doit accélérer la réflexion sur la transition énergétique. « Nous ne pouvons pas contrôler les événements internationaux, mais nous pouvons réduire notre vulnérabilité », explique-t-il. Le débat s’est ensuite orienté vers les mesures susceptibles de rétablir progressivement l’équilibre des finances publiques. Ishvind Caleechurn avance plusieurs propositions : l’augmentation du temps de travail hebdomadaire à 45 heures, la réduction du remplacement des départs à la retraite dans la fonction publique et la suppression de certains jours fériés. Des idées qui ont immédiatement suscité des réserves. Rai Heeroo estime que les efforts doivent d’abord être consentis au sommet de l’État.
« Si le gouvernement veut demander des sacrifices à la population, il doit commencer par montrer l’exemple. » Il s’interroge sur certaines dépenses institutionnelles et sur la taille de l’appareil gouvernemental. « Avons-nous réellement besoin d’autant de ministres, de conseillers et de nominations politiques ? » Invité à apporter la perspective des consommateurs, Claude Canabady dit que les ménages subissent déjà de plein fouet les effets de la conjoncture économique. « Les consommateurs vivent une situation difficile. Ils ont besoin de réponses concrètes », insiste-t-il.
Il évoque notamment une réduction temporaire de certaines taxes sur les carburants et un meilleur ciblage des aides destinées aux ménages les plus vulnérables.La question d’une contribution accrue des plus hauts revenus a également animé les échanges. Claude Canabady estime que ceux qui disposent des moyens les plus importants pourraient être appelés à contribuer davantage dans le contexte actuel. Mais sa proposition ne fait pas l’unanimité. Ishvind Caleechurn se montre plus prudent, estimant qu’une pression fiscale excessive pourrait nuire à l’attractivité du pays. « Nous avons besoin d’attirer des investissements et des talents. Ce qui passe aussi par un environnement fiscal compétitif. » Il plaide plutôt pour des mesures capables de stimuler l’investissement et la création de richesse.