Budget 2026-27 - Maternité prolongée à un an, paternité à six semaines et congé menstruel instauré
Par
Annick Daniella Rivet, Sharone Samy
Par
Annick Daniella Rivet, Sharone Samy
Le ministre des Finances, Dr Navin Ramgoolam, a annoncé des mesures sociales. Il y a, entre autres, le congé de maternité étendu à un an, un congé de paternité allongé à six semaines et l’introduction d’un congé menstruel.
Le congé de maternité sera prolongé à douze mois. Selon le Premier ministre et ministre des Finances, les six premiers mois seront rémunérés à plein salaire, garantissant une sécurité financière aux mères, tandis que les six mois suivants, facultatifs, seront accordés à demi-salaire. Cette mesure vise à offrir aux femmes davantage de temps pour s’occuper de leur enfant tout en préservant leur carrière.
Le congé de paternité, quant à lui, sera étendu de quatre à six semaines. Cette évolution permet aux pères d’être présents dans les premiers mois de la vie de l’enfant.
Une autre mesure qui figure dans l’annexe du budget est l’instauration d’un congé menstruel dans les secteurs public et privé. Les femmes souffrant de symptômes sévères, comme la dysménorrhée ou des migraines liées, auront droit à un jour de congé payé par mois. Cette mesure répond à une des demandes de l’association Raise Brave Girls.
Ces mesures visent à offrir un meilleur soutien aux parents et à favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.
Craintes des petites entreprises
Faizal Bahemia, entrepreneur, dit qu’il comprend et respecte la volonté du gouvernement d’améliorer les conditions de vie et de travail des salariés. Cependant, selon lui, plusieurs mesures annoncées dans le Budget 2026-2027 soulèvent des interrogations importantes pour les petites et moyennes entreprises. Il cite l’extension des congés de maternité.
« La question essentielle est de savoir qui assumera le coût réel de cette mesure. Pour les PME, qui disposent de ressources limitées, l’absence prolongée d’un employé représente un défi opérationnel. Si, en plus, l’entreprise doit supporter une part importante des coûts, cette mesure risque de fragiliser davantage des secteurs dans lesquels les marges sont déjà extrêmement réduites. » « Dans notre cas, nous opérons dans un secteur dans lequel les prix sont contrôlés. Depuis la période de la covid-19, les marges n’ont pratiquement pas été revues alors que tous les coûts ont augmenté : carburant, transport, matières premières, taux de change, loyers et salaires. Aujourd’hui, on demande encore aux entreprises de faire des efforts supplémentaires sans que l’on sache clairement quelles mesures d’accompagnement seront mises en place », ajoute-t-il.
Pour lui, la même question se pose concernant les congés menstruels. Il soutient que : « le principe peut être louable, mais il faut également réfléchir à son financement et à son impact sur l’organisation des entreprises. Toute augmentation des coûts finit inévitablement par se répercuter quelque part dans la chaîne économique. » L’entrepreneur cite aussi la mesure prévoyant que si un jour férié tombe un dimanche, il est reporté au lundi. « Pour de nombreux secteurs comme la restauration, le commerce de détail et les services, ces jours restent travaillés. Ce qui implique des coûts salariaux supplémentaires alors que les entreprises n’ont souvent pas la possibilité de fermer leurs portes. » En tant qu’entrepreneur, il se demande qui assumera le coût de l’ensemble de ces mesures. « Si aucune compensation n’est prévue pour les entreprises, notamment les PME, ces coûts finiront par être répercutés sur les consommateurs à travers une hausse des prix. » Faizal Bahemia attend davantage de détails de la part du gouvernement afin de comprendre comment ces mesures seront financées et quelles aides seront proposées aux petites et moyennes entreprises.
Risque de discrimination
Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links, estime que l’allongement du congé maternité à un an et du congé paternité à six semaines donnerait aux jeunes la possibilité d’avoir des enfants tout en restant auprès d’eux plus longtemps. Selon elle, cette mesure pourrait encourager les jeunes à rester et à travailler dans le pays, au lieu de chercher ailleurs. Elle rappelle que des dispositions similaires existent déjà dans d’autres pays. Toutefois, elle souligne la nécessité de mettre en place des garde-fous. « Sans règles claires, il existe un risque de discrimination envers les femmes sur le marché du travail, ce qui irait à l’encontre de son objectif. » Concernant l’instauration d’un congé menstruel dans les secteurs public et privé, Anushka Virahsawmy considère que c’est une avancée positive. Mais elle insiste sur l’importance d’un encadrement strict. « Les femmes qui souffrent de douleurs menstruelles devraient non seulement bénéficier de ce congé, mais aussi recevoir un traitement médical approprié. » Elle ajoute que les centres de santé, notamment les services de gynécologie, doivent être réglementés et spécialisés afin de prendre en charge ces situations dès la base.
Arianne Navarre-Marie : « Un budget qui allie responsabilité et protection sociale »
La Deputy Prime Minister et ministre de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, estime que le Budget 2026-2027 parvient à trouver un équilibre entre discipline budgétaire et soutien aux populations les plus vulnérables. Selon elle, les mesures annoncées traduisent une approche cohérente dans un contexte économique qui demeure exigeant. « Le Budget 2026-2027 se distingue par une approche équilibrée et une vision cohérente. Dans un contexte économique marqué par des défis persistants, le ministre des Finances a choisi la voie de la responsabilité budgétaire tout en préservant les acquis sociaux. » La ministre souligne que l’exercice budgétaire nécessitait de concilier plusieurs impératifs parfois contradictoires. « Il fallait répondre aux attentes de la population en matière de pouvoir d’achat, de protection sociale et de soutien aux catégories les plus vulnérables, tout en maintenant la discipline fiscale et la crédibilité économique du pays », explique-t-elle. Pour Arianne Navarre-Marie, les mesures présentées témoignent d’une volonté de protéger les ménages qui en ont le plus besoin sans compromettre la soutenabilité des finances publiques. Elle considère ainsi que le gouvernement a su trouver un équilibre entre solidarité sociale et responsabilité économique.
Avancée historique
Prisheela Motee, présidente de Raise Brave Girls, est heureuse que le congé menstruel ait été officiellement adopté dans le Budget national 2026-2027. « Cette décision est le fruit de dix années de plaidoyer, de sensibilisation et de dialogue politique menés par Raise Brave Girls et ses soutiens. »
Pour Prisheela Motee, cette mesure est une étape importante vers une plus grande égalité entre les sexes, une meilleure inclusion au travail et une reconnaissance des besoins de santé des femmes à Maurice.
« Raise Brave Girls exprime sa profonde gratitude à toutes les personnes qui ont soutenu cette cause au cours de la dernière décennie. Ce succès montre qu’un plaidoyer constant peut conduire à des changements et peut améliorer la vie des femmes dans le pays. Nous célébrons une victoire pour les droits, la santé et la dignité des femmes. »
Lutte syndicale
La syndicaliste Jane Ragoo de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé accueille favorablement le fait que le congé de maternité soit étendu à un an. « Nous avons dit qu’il est important qu’un bébé puisse être avec sa mère et s’asseoir avant qu’il ne soit confié à une garderie. C’est une réalité dans ce budget, qui va rendre heureuses les futures mamans. Comme quoi une lutte est à court, moyen et long terme. »