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Budget 2026-27 : Le Premier ministre balaie tout éventuel soulagement à la population

Par Fabrice Laretif
Publié le: 23 mars 2026 à 11:02
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Bhavish Jugurnath et Manisha Dookhony, économiste.
Bhavish Jugurnath et Manisha Dookhony, économiste.

À quoi faut-il s’attendre pour le budget 2026-27 ? Les propos du Premier ministre laissent entrevoir des choix complexes dans un contexte économique tendu, marqué par l’inflation, la dette et l’incertitude mondiale persistante.

À quelques mois de la présentation du budget 2026-27, les signaux envoyés par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, confirment un exercice sous tension. Le 22 mars, à l’issue d’un hommage à Guy Rozemont, il a résumé l’équation budgétaire en une question : « Comment faire pour soulager la population quand on a des difficultés ? » Une déclaration qui s’inscrit dans la continuité de ses interventions précédentes et qui trace les contours d’un budget contraint.

Quelques jours plus tôt, le 17 mars, le chef du gouvernement avait exposé au Parlement les vulnérabilités structurelles de l’économie mauricienne. En tant que petite économie ouverte et importatrice nette d’énergie et de denrées alimentaires, Maurice reste exposé aux chocs externes. Le conflit en cours au Moyen-Orient agit comme un facteur aggravant, notamment à travers la hausse des coûts d’importation.

Trois canaux principaux ont été identifiés. D’abord, l’augmentation de la facture énergétique et alimentaire, qui exerce une pression directe sur les prix et le coût de la vie. Ensuite, la hausse des coûts de transport et d’assurance, qui renchérit les importations. Enfin, les effets indirects sur les investissements directs étrangers et le tourisme, deux piliers de l’économie, susceptibles d’être affectés par l’incertitude internationale.

Les projections économiques ont déjà été revues. Avant le conflit, la croissance du PIB pour 2026 était estimée à 3,4 %. Elle pourrait désormais s’établir autour de 3,2 % en cas d’apaisement rapide. Dans un scénario prolongé, elle pourrait passer sous la barre des 3 %. Parallèlement, l’inflation, initialement prévue à 4 %, pourrait atteindre 6 %, en fonction de l’évolution des prix du pétrole et des matières premières.

La balance des paiements devrait également subir des pressions. Le déficit courant, estimé à 4,8 % du PIB dans un scénario de référence, pourrait grimper à environ 6 %. Ces indicateurs traduisent une détérioration du contexte macroéconomique, qui limite les marges de manœuvre budgétaires.

Pour l’économiste Bhavish Jugurnath, la guerre ne constitue toutefois pas l’unique explication. Il souligne que la volatilité des prix du pétrole aura des répercussions sur plusieurs secteurs, du transport à l’électricité en passant par les matières premières importées. « Nous ne sommes pas en mesure à ce stade de mesurer son envergure », indique-t-il, tout en anticipant une inflation importée accrue dans les mois à venir.

Selon lui, même en l’absence de conflit, le budget n’aurait pas été orienté vers des mesures expansionnistes. Il rappelle que plusieurs initiatives du budget 2025-26 sont encore en cours de mise en œuvre, notamment dans les domaines de l’investissement, de l’économie bleue, de l’agriculture et du secteur financier. La priorité aurait alors porté sur la stratégie à long terme, en lien avec la vision 2050, impliquant la création de nouveaux secteurs et la transformation de ceux déjà existants.

Dans le contexte actuel, l’approche devrait être différente. Le gouvernement pourrait être amené à revoir certains coûts et à ajuster les prix. L’objectif, selon Bhavish Jugurnath, sera de contenir l’inflation, de maîtriser les taux d’intérêt et de préserver le secteur touristique. Il évoque un budget visant avant tout à limiter les impacts économiques.

De son côté, l’économiste Manisha Dookhony attire l’attention sur le niveau de la dette publique, qui avoisine les 90 % du PIB. Elle rappelle que des emprunts ont été contractés pour financer plusieurs projets, tandis que des attentes existaient autour d’un accord sur les Chagos, susceptible d’apporter environ Rs 10 milliards pour soutenir les finances publiques.

Elle note également que la croissance repose essentiellement sur le secteur financier et le tourisme, malgré les perturbations récentes. D’autres secteurs peinent à prendre le relais. Dans ce contexte, elle souligne une discordance entre les annonces politiques et leur mise en application.

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