Budget 2026-2027 - Réformes et investissement privé : la feuille de route de Business Mauritius
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Maurice se trouve à un tournant économique entre contraintes budgétaires élevées et vulnérabilité accrue aux chocs externes. Dans son mémorandum pour le Budget 2026-2027, Business Mauritius appelle à des mesures rapides et coordonnées pour éviter un essoufflement de la croissance.
Dans l’Executive Summary de son mémorandum soumis au ministère des Finances, Business Mauritius dresse un constat sans détour : l’économie mauricienne évolue dans un environnement de fortes tensions. « Maurice fait face aujourd’hui à une convergence de pressions économiques qui impose des décisions fortes, rapides et coordonnées », souligne la fédération patronale.
Elle met en avant plusieurs facteurs : une dette publique élevée, une exposition accrue aux chocs externes, notamment la crise persistante au Moyen-Orient, ainsi qu’un ralentissement de la croissance. Ces éléments ont, selon elle, « considérablement réduit les marges de manœuvre budgétaires et politiques ».
Face à ce contexte, Business Mauritius estime que le Budget 2026-2027 ne doit pas se limiter à une « multiplication » de nouvelles mesures, mais viser un changement d’orientation stratégique. « Il devient impératif de remettre la croissance au centre des priorités, de mobiliser l’investissement sans alourdir la dette publique tout en restaurant la confiance des investisseurs, des agences de notation et des partenaires au développement », insiste la fédération.
Pour la fédération patronale, aucune solution durable ne peut venir d’une expansion budgétaire ou d’ajustements marginaux. La seule voie viable repose sur « une croissance tirée par des réformes ambitieuses, soutenue par l’investissement privé et une discipline rigoureuse dans l’exécution ».
Les contraintes actuelles marquent une rupture nette avec un modèle basé sur les dépenses publiques. « Désormais, la priorité doit être donnée à la mobilisation de l’investissement privé, notamment dans les secteurs stratégiques : infrastructures, énergie, eau, logistique, numérique, santé et sécurité alimentaire », peut-on lire dans le document. Par ailleurs, Business Mauritius insiste sur un point clé : ce ne sont plus les incitations fiscales qui feront la différence, mais la crédibilité de l’action publique, la stabilité réglementaire et la capacité d’exécution.
Business Mauritius se dit prêt à accompagner le gouvernement dans cette transformation.
« Business Mauritius se tient pleinement engagée aux côtés du gouvernement pour traduire ces priorités en actions concrètes et en résultats tangibles », conclut la fédération.
…sur la crise au Moyen-Orient : « La crise au Moyen-Orient a mis en lumière la vulnérabilité de Maurice aux chocs globaux - à travers les prix de l’énergie, les routes maritimes, l’inflation et les pressions sur les devises. La résilience économique, la compétitivité et la rapidité d’exécution ne sont plus des objectifs de long terme, mais des impératifs immédiats. »
…sur l’évaluation de Moody’s : « La prochaine évaluation de Moody’s, qui ne se limite plus aux seuls indicateurs budgétaires, mais accorde une importance croissante à la crédibilité des politiques, à la solidité des institutions et à la capacité du pays à générer une croissance fondée sur les réformes. Une hiérarchisation claire des priorités, une mise en œuvre tangible et une collaboration structurée entre les secteurs public et privé constituent donc des signaux de confiance essentiels. »
Les recommandations de Business Mauritius s’articulent autour de trois axes : la réponse stratégique à la crise au Moyen-Orient, les priorités nationales issues de son Economic Commission dashboard, et les projets porteurs de changement structurel. Les mesures proposées tracent une feuille de route claire et immédiate pour contenir les risques, restaurer la confiance à l’approche d’échéances externes déterminantes et poser les bases d’une croissance plus forte et plus résiliente.
Ensemble, ces principales recommandations visent à : relancer la croissance et l’investissement sans compromettre la soutenabilité budgétaire ; renforcer la résilience face aux chocs externes et géopolitiques ; améliorer la capacité d’exécution et la prévisibilité des politiques publiques ; et restaurer la confiance des investisseurs, des agences de notation et des partenaires au développement.
1. Un cadre de transformation économique à moyen terme
Premier chantier : la mise en place d’un National Economic Transformation Framework couvrant la période 2026-2030, adossé à une gouvernance conjointe public-privé. Le patronat appelle également à réévaluer les usages des terres et des ressources côtières, et à rationaliser les dépenses publiques en supprimant les services jugés non essentiels.
2. Une croissance tirée par l’investissement privé
Sur le plan de l’investissement, Business Mauritius plaide pour une extension des partenariats public-privé aux secteurs stratégiques : ports, énergie, eau, santé, éducation et infrastructures numériques. L’organisation préconise le recours à des financements hybrides plutôt qu’aux incitations fiscales traditionnelles.
3. Priorités en matière d’infrastructures stratégiques
En matière d’infrastructures, les priorités identifiées portent sur la réforme de la gouvernance portuaire, le déploiement à grande échelle de projets solaires et de biomasse, ainsi que l’amélioration de l’efficacité du système d’eau et la réduction des pertes.
4. Confiance des entreprises
Sur le terrain fiscal, le patronat réclame une simplification et une stabilisation du cadre réglementaire. Il demande la suppression de la Fair Share Contribution pour les entreprises, avec confirmation du calendrier de suppression pour les particuliers, et un renforcement de la transparence de l’administration fiscale.
5. Équilibre extérieur
Pour réduire la vulnérabilité aux chocs externes, Business Mauritius recommande de diminuer la dépendance aux importations alimentaires et énergétiques, d’améliorer la compétitivité des secteurs exportateurs et de soutenir les PME, les entreprises de construction et le secteur agricole par des mesures ciblées.
6. Réformes à fort impact
Parmi les réformes à fort impact, l’organisation cite le lancement d’une plateforme numérique dédiée au parcours des investisseurs, le déploiement de projets pilotes en intelligence artificielle et l’alignement des réformes du marché du travail sur les gains de productivité.
7. Institutionnalisation des mécanismes de mise en œuvre public-privé
Business Mauritius demande l’institutionnalisation de comités de pilotage public-privé dotés de mandats clairs, d’indicateurs mesurables et d’un pouvoir d’escalade décisionnelle, dans les domaines de l’énergie, des ports, de l’eau et de la gestion des crises.