Budget 2026-2027 : l’IA érigée en pilier, mais une stratégie encore à préciser
Par
Fabrice Laretif
Par
Fabrice Laretif
Le Budget 2026-2027 place l’intelligence artificielle et la numérisation parmi ses axes stratégiques. Des acteurs du secteur saluent l’orientation retenue tout en appelant à davantage de précisions et d’investissements.
L’intelligence artificielle (IA) occupe une place importante dans les orientations du Budget 2026-2027 présenté le 19 juin par le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam. Inscrite parmi les sept piliers de la stratégie gouvernementale, elle est appelée à contribuer à la transformation de l’économie mauricienne et à soutenir une croissance qualifiée d’inclusive et tournée vers l’avenir.
Dans son discours budgétaire, le chef du gouvernement a souligné la nécessité pour Maurice d’anticiper les mutations technologiques en cours. Selon lui, la révolution de l’IA ne doit pas être un phénomène imposé au pays. Au contraire, Maurice doit s’y préparer, y prendre part et en tirer des retombées. Cette vision se traduit par plusieurs mesures.
Comment ces annonces sont-elles perçues par les professionnels du secteur ? Si l’orientation générale est accueillie favorablement, certains observateurs estiment que des précisions seront nécessaires pour transformer les intentions affichées en résultats concrets. Pour Shateeaum Sewpaul, fondateur et CEO d’Excelerate Consulting, le gouvernement a reconnu l’importance croissante de la technologie dans le développement économique. Il considère que l’intelligence artificielle est désormais présente dans de nombreux domaines d’activité et qu’il était nécessaire de lui accorder une place dans la stratégie nationale.
Selon lui, la pertinence des mesures annoncées dépendra toutefois de leur mise en œuvre. « C’est important de faire de l’IA un pilier. L’intention est bonne, mais la stratégie autour de cet outil est tout aussi importante. Tout va dépendre de la manière dont la machinerie sera mise en marche pour intégrer l’IA de manière contrôlée, structurée et stratégique dans les différents secteurs », explique-t-il.
Shateeaum Sewpaul estime que les fonds prévus dans le Budget doivent être vus comme un point de départ. Dans un contexte économique marqué par plusieurs contraintes, les mesures annoncées pourraient contribuer à sensibiliser davantage la société civile, les professionnels et les entreprises aux enjeux de l’intelligence artificielle.
À ses yeux, certaines initiatives posent les fondations nécessaires à une future transformation numérique. Il juge cependant que ces premières étapes ne suffiront pas, à elles seules, à générer des changements majeurs dans l’économie ou dans les secteurs technologiques. « La base est importante, mais il faudra davantage d’investissements et l’implication d’acteurs spécialisés afin de soutenir une véritable croissance économique autour de l’IA », soutient-il.
Le spécialiste en cybersécurité Didier Samfat partage en partie cette analyse, tout en se montrant plus réservé sur certains aspects du budget. Il accueille favorablement les mesures visant à former les fonctionnaires et les étudiants aux outils d’intelligence artificielle, estimant que le développement des compétences constitue un préalable indispensable.
En revanche, il considère que plusieurs annonces manquent encore de détails. Il cite notamment l’enveloppe de Rs 25 millions destinée à la création d’une plateforme nationale d’apprentissage de l’IA. Selon lui, ce montant paraît limité au regard des ambitions affichées par les autorités.
Didier Samfat s’interroge également sur la portée du projet America-India Connect. Il souligne que Maurice dispose déjà d’un réseau de fibre optique relativement développé et estime que davantage d’informations seront nécessaires pour mesurer l’apport concret de cette initiative.
Plus largement, il estime que le pays devrait désormais viser une nouvelle étape dans le développement de son secteur technologique. Après l’essor des activités de BPO et des centres d’appels, Maurice gagnerait, selon lui, à attirer davantage d’universités étrangères, de chercheurs et de talents internationaux afin de favoriser l’émergence de nouveaux créneaux d’activité. Une évolution qui, pour ces observateurs, devra s’accompagner d’investissements soutenus et d’une feuille de route clairement définie.
Starlink poursuit son développement en Afrique, où le service est désormais disponible dans une trentaine de marchés. Développée par SpaceX, cette solution d’accès à Internet par satellite repose sur une constellation de satellites placés en orbite terrestre basse. L’objectif est d’offrir une connexion dans des régions où les infrastructures terrestres demeurent limitées ou inexistantes.
Pour accéder au service, les utilisateurs doivent acquérir un équipement de réception et de transmission du signal, en sus de s’acquitter d’un abonnement mensuel. L’entreprise commercialise également une version compacte, baptisée Starlink Mini, dont le format rappelle celui d’un ordinateur portable. Cette offre vise notamment les voyageurs fréquents ainsi que les foyers situés dans des zones éloignées ayant des besoins de connectivité plus modestes. Le tarif du service varie selon les pays et leur niveau de pouvoir d’achat. En Malaisie, le kit standard coûte entre 1 699 et 1 999 ringgits malaisien en fonction des promotions, tandis que le Starlink Mini pourrait être obtenu à 930 ringgits malaisien. La question se pose donc de savoir quelle pourrait être la pertinence d’une telle technologie pour Maurice.
Selon Shateeaum Sewpaul, Starlink représente avant tout un élément supplémentaire dans l’écosystème numérique du pays. Il estime qu’une solution satellitaire peut renforcer la résilience des communications internationales, dans un contexte où les connexions reposent largement sur les câbles sous-marins. Toutefois, il souligne que Maurice fait actuellement face à d’autres priorités, notamment le développement de centres de données et les besoins énergétiques associés à leur fonctionnement.
De son côté, Didier Samfat considère que la stratégie d’Elon Musk consiste à cibler les régions insuffisamment desservies par la fibre optique ou les réseaux mobiles de nouvelle génération. Il note que Maurice bénéficie déjà d’une couverture Internet relativement développée grâce à la 4G, à la 5G et à la fibre. Dans ce contexte, Starlink pourrait surtout intéresser les habitants de zones plus isolées. Reste également la question de son impact éventuel sur le coût des communications Internet dans le pays.