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Budget 2026-2027 : l’équation délicate entre rigueur et justice sociale

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 9 June 2026 à 15:00
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Beelal Baichoo, Bernard Saminaden, Manisha Dookhony et Roshaan Kulpoo.

Le Premier ministre placera la responsabilité, la solidarité, l’efficacité et la justice sociale au cœur du Budget 2026-2027. Comment concilier ces quatre objectifs dans un contexte marqué par les contraintes budgétaires, la hausse du coût de la vie, l’endettement public, la crise énergétique, entre autres ? Le point avec des observateurs.

Responsabilité : éviter les dérives populistes

Selon Bernard Saminaden, observateur politique, la responsabilité budgétaire signifie avant tout éviter les mesures populistes. « Un budget fondé sur des dépenses non financées serait irresponsable dans la situation actuelle », dit-il. 

Pour lui, la hausse des tensions internationales et l’augmentation des prix de l’énergie, notamment du pétrole, accentuent la nécessité de préserver les équilibres financiers du pays. « Le gouvernement prépare déjà la population à des choix difficiles et à des attentes plus réalistes », fait-il ressortir.

Pour l’économiste Manisha Dookhony, la responsabilité budgétaire passe d’abord par une réduction progressive de l’endettement public, qui avoisine les 90 % du PIB. « Avec des taux d’intérêt en hausse et d’importantes échéances de remboursement à venir, le gouvernement devra arbitrer entre certaines dépenses et le remboursement de la dette », soutient-elle. Les objectifs de réduction du déficit et des dépenses publiques doivent être accompagnés de cibles claires, mesurables et vérifiables, selon elle. 

En revanche, elle juge qu’une hausse de la TVA serait contre-productive dans le contexte actuel de forte inflation.

De son côté, Roshaan Kulpoo, président de United Pay Ltd et observateur économique, avance que la responsabilité exige avant tout une gestion rigoureuse des finances publiques. « Cela implique de maîtriser les dépenses, d’améliorer l’efficacité de la collecte fiscale et de s’assurer que chaque roupie investie génère un impact économique et social tangible », dit-il. Cependant, la rigueur budgétaire ne doit pas se faire au détriment des couches les plus vulnérables.

Pour Beelal Baichoo, expert-comptable et consultant en conformité, s’il y a un mot-clé qui ressort, c’est bien la « compréhension » de la part de tous dans cette situation qu’il qualifie de critique. « L’inflation et la hausse des taux d’intérêt, entre autres, rendent la situation vraiment difficile. Ceux qui occupent les échelons supérieurs de l’échelle sociale doivent montrer l’exemple, à commencer par l’État lui-même, avec son mode de vie et ses dépenses, ainsi que les acteurs économiques, bien sûr, en termes de capacité à contribuer à un moment aussi critique », fait-il ressortir.

Solidarité : protéger les plus vulnérables

La solidarité demeure un impératif, estiment les intervenants. Bernard Saminaden soutient que les efforts de l’État devraient prioritairement bénéficier aux catégories les plus vulnérables. « Dans un contexte où le pouvoir d’achat est sous pression, les mesures sociales devront être ciblées afin de limiter les risques de tensions sociales tout en tenant compte des contraintes budgétaires », dit-il. 

Un avis que partage Manisha Dookhony. L’économiste plaide pour une meilleure allocation des ressources publiques. « Les aides doivent être concentrées sur les ménages qui en ont réellement besoin », dit-elle, qui s’interroge notamment sur l’écart entre les quelque 7 000 ménages inscrits au registre social et les 128 000 foyers bénéficiant actuellement de certains tarifs préférentiels. « Une révision des critères d’éligibilité permettrait d’améliorer l’impact des mesures de soutien », suggère-t-elle.
Pour Roshaan Kulpoo, les mesures de soutien doivent être davantage ciblées vers les ménages à faibles revenus, les personnes âgées, les jeunes et les petites entreprises qui subissent directement les effets de l’inflation et du ralentissement économique. « Une meilleure allocation des ressources permettrait de préserver le filet social tout en limitant les dépenses improductives », est-il d’avis.

Justice sociale : repenser le modèle économique

Au-delà des mesures budgétaires immédiates, Bernard Saminaden estime que Maurice doit engager une réflexion plus profonde sur son modèle économique. « Le pays doit accroître sa production, moderniser ses infrastructures, attirer davantage d’investissements et développer de nouveaux secteurs de croissance », appuie-t-il. À ses yeux, la justice sociale durable ne pourra être assurée sans une économie plus productive et créatrice de richesse.

Pour sa part, Manisha Dookhony avance que la justice sociale ne doit pas se limiter à la redistribution. « Elle passe aussi par un meilleur accès à l’alimentation, aux médicaments et à la formation », fait-elle ressortir. L’économiste ajoute que des allègements fiscaux ciblés pour les bas salaires ainsi que des investissements dans les compétences de demain permettraient de renforcer les opportunités économiques tout en protégeant les plus vulnérables. Selon elle, la véritable justice sociale consiste à donner aux citoyens les moyens de créer durablement leur propre richesse.

Efficacité : lutter contre le gaspillage

Pour Bernard Saminaden, l’efficacité passe par une meilleure gestion des ressources publiques. Il plaide pour la réduction du gaspillage, une gestion plus rigoureuse des ministères et des institutions publiques, ainsi que la réalisation des projets dans les délais prévus. « L’amélioration de secteurs comme la santé, les infrastructures portuaires et l’administration publique est une priorité », dit-il.

Manisha Dookhony ne dit pas le contraire. Pour elle, l’efficacité passe par une lutte accrue contre le gaspillage dans le secteur public. « Les économies réalisées grâce à une meilleure gestion des ressources, à l’utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle pourraient être réinvesties dans des projets créateurs de valeur ou dans des programmes sociaux ciblés », ajoute-t-elle.

Roshaan Kulpoo abonde dans le même sens. « L’efficacité repose sur la capacité à transformer les annonces budgétaires en résultats concrets », fait-il ressortir. Pour lui, cela nécessite une gouvernance renforcée, des indicateurs de performance clairs et un suivi régulier de l’exécution des projets publics. « La crise énergétique et les mutations économiques mondiales imposent une vision à long terme. Investir dans les énergies renouvelables, l’innovation, la productivité et le développement des compétences est essentiel pour stimuler une croissance durable », avance-t-il.

Beelal Baichoo rejoint ces propos. « La solution ne doit pas se limiter à l’immédiat ; nous devons penser à long terme et investir dans de nouveaux domaines susceptibles de stimuler la richesse et le bien-être national », dit-il. 

Parmi ceux-ci, il cite l’exploitation des ressources marines, l’agriculture intelligente avec un recours intensif à l’IA. « Déjà présente dans de nombreux domaines de la vie, l’IA pourrait aussi être mise au service du reste du monde », dit-il.

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