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Budget 2026-2027 : l’épreuve de l’exécution express

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 21 June 2026 à 11:00
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Retour en images sur le Post-Budget Breakfast Show organisé par Radio Plus
Face au deputy CEO du Défi Media Group, Nawaz Noorbux, le Junior Minister des Finances, Dhaneshwar Damry, a détaillé les principaux axes du Budget 2026-2027,

Le Junior Minister des Finances a défendu les réformes économiques du gouvernement lors du Post-Budget Event, animé par Nawaz Noorbux. Entre pension, emploi, IA et pouvoir d’achat, il a insisté sur la mise en œuvre rapide et efficace des mesures annoncées.

Le Défi Media Group a organisé un Post-Budget Event, le samedi 20 juin à l’hôtel Labourdonnais, au Caudan Waterfront. Face au deputy CEO du groupe, Nawaz Noorbux, le Junior Minister des Finances, Dhaneshwar Damry, est revenu en détail sur les grandes orientations économiques du Budget 2026-27 présenté le vendredi 19 juin, sur les choix effectués ainsi que les défis qui attendent désormais l’administration publique.

Si plusieurs thèmes ont été abordés, notamment la réforme de la pension de vieillesse, la croissance économique, l’emploi, l’intelligence artificielle, la santé ou encore le pouvoir d’achat, un concept est revenu comme un fil conducteur tout au long de l’entretien : celui de « la mise en œuvre express ».

Pour le Junior Minister, la réussite du Budget ne dépendra pas uniquement de la pertinence des mesures annoncées, mais surtout de la capacité du gouvernement à les mettre en œuvre rapidement. Il estime que Maurice a trop longtemps souffert d’un déficit d’exécution et que l’heure est désormais venue de transformer les annonces en résultats concrets. « La mise en œuvre des mesures déterminera désormais la confiance », a-t-il affirmé.

Réforme de la pension : « Plus de 90 % des bénéficiaires resteront couverts »

Depuis la présentation du Budget, la question qui revient le plus fréquemment concerne la réforme du système de pension de vieillesse. De nombreux Mauriciens cherchent à comprendre comment fonctionnera le nouveau dispositif et surtout quel sera le montant auquel ils auront droit lorsqu’ils atteindront l’âge de la retraite. Pour Dhaneshwar Damry, les réponses figurent clairement dans les annexes budgétaires. « Les critères sont bien définis et transparents. » 

Le nouveau système repose sur le concept de « disposable income ». Le ministre a tenu à clarifier ce qui sera pris en compte dans ce calcul et ce qui ne le sera pas. Ainsi, les intérêts provenant des comptes d’épargne bancaires ne seront pas considérés comme un revenu. Il en sera de même pour les montants forfaitaires perçus à la fin d’un plan de pension ou encore pour les dividendes reçus par un individu.

En revanche, plusieurs catégories de revenus entreront dans le calcul, notamment :

les salaires ;

les revenus générés par des activités commerciales ;

les loyers perçus ;

les revenus réguliers provenant de certains plans de pension ;

les bénéfices issus d’activités économiques.

Selon les paramètres annoncés, toute personne dont le revenu disponible dépasse Rs 50 000 par mois ne sera pas éligible à la pension de vieillesse. À l’inverse, les personnes dont le revenu est inférieur à Rs 14 000 continueront de percevoir la pension intégrale. Entre ces deux seuils, le montant versé diminuera progressivement selon un mécanisme dégressif.

Pour justifier cette réforme, Dhaneshwar Damry s’est appuyé sur les données dont dispose le gouvernement. Actuellement, quelque 263 200 personnes sont éligibles à la pension de vieillesse. De ce nombre, 207 300 disposent d’un revenu mensuel inférieur à Rs 14 000, 47 300 gagnent entre Rs 14 000 et Rs 50 000 et environ 8 600 perçoivent plus de Rs 50 000 par mois. Selon le ministre, ces chiffres démontrent que la grande majorité des bénéficiaires continueront d’être protégés. « Plus de 90 % des pensionnés resteront couverts par le nouveau système. » L’administration du dispositif sera assurée par la Mauritius Revenue Authority (MRA), qui sera chargée de vérifier les revenus et de déterminer le niveau de pension auquel chaque citoyen aura droit. 

Interrogé sur le choix du seuil de Rs 50 000, Dhaneshwar Damry a expliqué qu’il découle directement des contraintes financières de l’État. « Quand on prépare un budget, il faut tenir compte des revenus disponibles et de la manière dont ils seront redistribués. Le seuil retenu est le résultat d’un arbitrage lié à l’espace fiscal dont dispose le gouvernement. » Selon lui, il s’agit d’un choix de redistribution visant à protéger les personnes les plus vulnérables, tout en assurant la soutenabilité du système à long terme.

Une erreur technique corrigée

L’entretien a également permis de revenir sur une anomalie relevée dans les documents budgétaires. Alors que les dépenses liées au paiement des pensions sont estimées à Rs 42,2 milliards pour l’exercice 2026-2027, le document budgétaire mentionne un montant de Rs 13 milliards pour l’année suivante. Le Junior Minister a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur technique. « Le chiffre correct est de Rs 54 milliards », a-t-il précisé. Cette correction ne remet toutefois pas en cause les projections financières du gouvernement.

Restaurer la confiance 

Au-delà des chiffres, Dhaneshwar Damry estime que le principal défi économique du pays demeure la confiance. Selon lui, aucune stratégie économique ne peut réussir durablement sans la confiance de la population, des investisseurs et des opérateurs économiques. « Dans tous les pays du monde, la devise la plus importante reste la confiance. »

Le gouvernement estime avoir hérité d’une situation économique fragilisée nécessitant des mesures difficiles, mais indispensables. Selon le Junior Minister, les décisions prises depuis un an commencent à produire leurs effets. Il affirme notamment que la dette publique est retombée à 87,8 % du PIB, tandis que le déficit budgétaire poursuit sa trajectoire baissière.

Pour lui, ces améliorations témoignent d’un retour progressif à la stabilité macroéconomique. « Il fallait d’abord reconstruire les fondations avant de pouvoir accélérer la croissance. » Cette stabilité constitue, selon lui, le socle sur lequel repose désormais toute la stratégie gouvernementale.

Créer une culture du résultat

Chaque ministère devra désormais être évalué sur sa capacité à produire des résultats mesurables. L’objectif est de remplacer progressivement une culture administrative centrée sur les procédures par une culture orientée vers la performance. « Chaque roupie dépensée doit produire un résultat concret », a insisté Dhaneshwar Damry. Cette logique s’appliquera à l’ensemble des projets financés par l’État. 

Pour le gouvernement, la rapidité d’exécution devient désormais un facteur économique à part entière. Selon lui, plus les projets sont mis en œuvre rapidement, plus les bénéfices économiques sont générés tôt. Cette approche est particulièrement importante dans un contexte international marqué par une concurrence accrue pour attirer les investissements.

L’emploi, pilier central du Budget

L’autre priorité du gouvernement demeure la création d’emplois. Selon Dhaneshwar Damry, environ 6 500 emplois ont été créés au cours de la dernière année. Le secteur de la santé représente une part importante de ces recrutements, avec quelque 2 200 postes créés. 

Mais pour les années à venir, le gouvernement souhaite accélérer davantage. L’objectif consiste à créer des emplois dans les secteurs traditionnels, tout en développant de nouvelles filières économiques. « La meilleure manière d’améliorer durablement le pouvoir d’achat reste la création d’emplois. »

L’intelligence artificielle comme nouveau moteur économique

Parmi les secteurs appelés à jouer un rôle stratégique figure l’intelligence artificielle. Le gouvernement prévoit la création d’un centre de données spécialisé de 15 mégawatts alimenté par des processeurs graphiques de haute performance (GPU). « Cette infrastructure doit permettre d’attirer des entreprises opérant dans les domaines de l’IA, du calcul intensif et des technologies numériques avancées », a fait comprendre Dhaneshwar Damry. 

Maurice, dit-il, doit se positionner rapidement sur cette nouvelle révolution technologique. « Pour devenir un centre régional de l’intelligence artificielle, il faut investir dans les technologies nécessaires. » Mais il reconnaît également que plusieurs défis restent à relever.

Le renouvellement des infrastructures de connectivité internationale représente notamment un investissement considérable. Selon lui, près de 500 millions de dollars devront être mobilisés pour assurer certaines connexions stratégiques vers l’Afrique.

L’Afrique au cœur de la stratégie de croissance

Pour le Junior Minister, Maurice ne pourra pas développer une véritable économie de l’intelligence artificielle en se limitant à son marché domestique. « Le marché mauricien est trop petit pour soutenir à lui seul une économie de l’IA. » 

Il estime que le pays doit impérativement s’intégrer aux marchés africains. Avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants et un âge médian d’environ 19 ans, l’Afrique représente un immense potentiel de croissance. Le gouvernement entend ainsi positionner Maurice comme une plateforme technologique capable de servir l’ensemble du continent. 

Il a expliqué que des documents d’information ciblés seront préparés pour attirer des investisseurs spécialisés dans les secteurs émergents. « Plutôt que de miser sur des campagnes promotionnelles généralistes, nous allons privilégier une approche plus ciblée basée sur des rencontres individuelles avec les investisseurs. » Là encore, l’objectif est d’accélérer la concrétisation des projets.

Santé, éducation et économie bleue : les chantiers de l’exécution

Le ministre a également évoqué plusieurs secteurs où les retards accumulés nécessitent une action rapide. « Dans la santé, quelque 700 patients seraient actuellement en attente d’une amputation, tandis qu’environ 2 000 personnes attendent une opération de la cataracte », a-t-il indiqué. Selon lui, ces situations démontrent l’importance d’une meilleure allocation des ressources publiques. Le même constat, a-t-il ajouté, s’applique à l’éducation où plusieurs infrastructures nécessitent des investissements importants.

Concernant l’économie bleue, Dhaneshwar Damry estime que les difficultés rencontrées jusqu’ici relèvent essentiellement d’un problème d’exécution. « On ne peut pas annoncer des mesures qui ne sont pas réalisables. » Le gouvernement prévoit notamment le développement de nouveaux points de débarquement pour la pêche afin de stimuler les investissements dans ce secteur.

Pouvoir d’achat : reconstruire la classe moyenne

Le pouvoir d’achat reste l’une des préoccupations majeures de la population. Selon le Junior Minister, plus de 50 % des travailleurs mauriciens gagnent moins de Rs 25 000 par mois. Par ailleurs, 97 % de la population active perçoit moins de Rs 100 000 mensuellement. « Nous avons un véritable défi concernant la classe moyenne », a-t-il reconnu. 

Pour le gouvernement, l’amélioration durable du niveau de vie ne peut reposer uniquement sur les aides sociales. « La solution passe avant tout par la création d’emplois mieux rémunérés et par l’augmentation de la productivité. » 

Il a également évoqué les débats entourant les importations parallèles, soulignant l’existence de résistances de certains groupes d’intérêts. Toutefois, l’objectif demeure de favoriser davantage de concurrence afin de réduire les coûts pour les consommateurs.

D’une économie de consommation à une économie d’investissement

En conclusion, Dhaneshwar Damry a présenté ce Budget comme une étape vers une transformation plus profonde du modèle économique mauricien. « L’ambition du gouvernement est de faire évoluer Maurice d’une économie principalement axée sur la consommation vers une économie davantage tournée vers l’investissement et la création de richesse. »

Selon lui, deux résultats doivent désormais guider l’action publique. Le premier consiste à s’assurer que chaque roupie dépensée génère de la valeur économique. Le second vise à attirer davantage d’investissements productifs dans tous les secteurs de l’économie. « Chaque ministère a désormais l’obligation d’apporter de l’investissement dans le pays. »

Mais pour atteindre ces objectifs, une condition demeure indispensable : l’exécution rapide des réformes annoncées. À travers tout son discours, le Junior Minister a ainsi défendu une vision fondée sur la rapidité, l’efficacité et les résultats. Pour lui, le Budget 2026-2027 ne sera pas jugé sur les annonces qu’il contient, mais sur la capacité du gouvernement à les concrétiser dans les mois à venir. C’est précisément cette « mise en œuvre express » qui, selon Dhaneshwar Damry, permettra de restaurer durablement la confiance, d’attirer les investissements, de créer des emplois et de poser les bases de la prochaine phase de développement économique du pays.

Trois missions économiques pour transformer Maurice

Le Budget 2026-2027 repose sur trois grandes missions destinées à préparer la prochaine phase de développement économique. 

Renforcer la connectivité 

La première mission concerne la connectivité sous toutes ses formes. Pour Dhaneshwar Damry, l’avenir économique du pays dépend de sa capacité à renforcer : ses infrastructures portuaires et aéroportuaires, sa connectivité numérique et sa connectivité financière. « Ce sont des catalyseurs capables de multiplier la croissance », a-t-il déclaré. Le gouvernement considère ces investissements comme des prérequis essentiels à l’attraction des capitaux étrangers.

Accélérer les réformes structurelles

La deuxième mission repose sur les réformes structurelles, et notamment la digitalisation de l’administration. Selon lui, les procédures administratives trop lentes représentent un frein important à l’investissement. « Je suis convaincu qu’il faut digitaliser davantage le gouvernement et les entreprises. » L’objectif : rendre l’économie plus efficace, plus compétitive et plus attractive.

L’application rapide

Mais la troisième mission demeure celle qui lui tient le plus à cœur : « la mise en oeuvre express ». Maurice n’a jamais souffert d’un manque d’idées, « le véritable problème réside dans la lenteur avec laquelle les projets sont exécutés ». 

Tout au long de l’entretien, Dhaneshwar Damry est revenu sur ce qu’il considère comme l’un des plus grands handicaps du pays. « Depuis mon arrivée au gouvernement, j’ai constaté que la mise en oeuvre était un véritable problème. »

Les retards accumulés dans plusieurs secteurs ne sont pas uniquement liés aux gouvernements successifs, mais aussi à un système administratif devenu excessivement lent. Il rappelle que de nombreux projets stratégiques ont parfois nécessité plusieurs décennies avant de se concrétiser, citant à titre d’exemple, la Cybercité d’Ébène, dont les premières réflexions remontaient à la fin des années 1990. 

Maurice ne peut plus se permettre ce type de délais, insiste-t-il : « Nous devons réduire l’écart entre l’annonce d’une mesure et sa réalisation effective. » C’est précisément cette philosophie qui inspire la nouvelle approche gouvernementale, assure-t-il.

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