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Budget 2026-2027 : face aux cybermenaces, Maurice appelée à basculer dans l’ère de l’IA

Par Fernando Thomas
Publié le: 16 June 2026 à 14:00
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Loganaden Velvindron met en garde contre l’accélération fulgurante des menaces liées à l’IA. Hans Balgobin appelle à un État plus intelligent et piloté par la donnée.

À l’approche du Budget, des experts mauriciens pressent le gouvernement d’investir massivement dans l’intelligence artificielle et la cybersécurité pour moderniser l’État, stimuler l’économie et contrer des cybermenaces toujours plus automatisées.

À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, des experts mauriciens du secteur technologique appellent le gouvernement à faire de l’intelligence artificielle (IA) et de la cybersécurité des priorités budgétaires à part entière. Pour l’ingénieur et expert en IA Hans Balgobin, le prochain Budget doit d’abord corriger une faiblesse structurelle de l’appareil étatique. « Maurice ne peut pas bien gouverner ce qu’elle mesure mal », souligne-t-il, une formule qui résume « les limites actuelles de la gouvernance publique ». Il estime qu’avec une dette parfois mal évaluée, des recettes incertaines et des données socioéconomiques tardives, l’État prend des décisions à partir d’une vision incomplète du pays.

Hans Balgobin plaide ainsi pour une « refonte de la présentation budgétaire ». 

Selon lui, chaque mesure devrait être accompagnée d’indicateurs précis. Il insiste d’ailleurs sur le fait que « chaque mesure devrait indiquer clairement son coût, son financement, son calendrier, le ministère responsable et les résultats attendus ». Dans son analyse, un tableau de bord public mis à jour trimestriellement permettrait d’évaluer concrètement l’écart entre les promesses et les résultats.

Priorité nationale

Au-delà de la gouvernance, Hans Balgobin voit dans l’IA un outil stratégique de transformation économique. Il explique que l’IA pourrait aider l’État à mieux détecter la fraude fiscale, à suivre certains flux financiers illicites et à repérer des anomalies économiques. Mais l’ingénieur insiste sur la nécessité d’un encadrement strict. Il estime que toute utilisation des données personnelles devrait être traçable et soumise à un contrôle indépendant pour éviter les abus

Surtout, il refuse de limiter l’IA à une logique de surveillance. « L’IA ne doit cependant pas servir uniquement à surveiller ou administrer. Elle doit devenir un instrument de création de richesse », affirme-t-il. En substance, Hans Balgobin considère que le futur budget devrait démocratiser l’accès aux formations en IA afin que salariés, jeunes et entrepreneurs puissent en tirer parti. 

Selon lui, beaucoup de Mauriciens possèdent déjà des idées innovantes mais manquent des outils nécessaires pour les concrétiser. Il avertit d’ailleurs que « si seuls quelques experts maîtrisent ces outils, les inégalités augmenteront ». À l’inverse, une démocratisation de l’IA pourrait favoriser l’émergence d’une économie tournée vers l’innovation et l’exportation de services.

Du côté de Hissen Caramben, le regard est plus prudent, mais non moins alarmant. L’ancien constable reconverti en expert bénévole en cybercriminalité et en analyse numérique reconnaît que la situation économique limite probablement les marges budgétaires. Ses attentes restent donc mesurées. Il n’en demeure pas moins catégorique sur un point : la cybersécurité doit devenir « une priorité nationale ». Il rappelle que « les menaces numériques, les fraudes en ligne, les usurpations d’identité et les cyberattaques prennent de plus en plus d’ampleur ». Pour lui, Maurice gagnerait à renforcer la formation de policiers spécialisés en cybersécurité. Un plus grand nombre d’agents qualifiés permettrait d’améliorer de façon significative les enquêtes numériques et de contenir une part importante des dérives observées, avance-t-il.

Ce constat est partagé par Loganaden Velvindron et la communauté Cyberstorm.mu, pour qui l’IA transforme déjà radicalement la cybersécurité. L’informaticien explique que les modèles avancés d’IA permettent désormais d’identifier plus rapidement les vulnérabilités, d’automatiser la détection des menaces et d’accélérer les réponses aux incidents. Mais cette évolution possède un revers inquiétant. Les mêmes outils peuvent être utilisés par des cybercriminels pour concevoir des attaques plus sophistiquées. Comme le souligne Cyberstorm.mu, « l’intelligence artificielle modifie profondément l’équilibre entre défenseurs et attaquants ».

Loganaden Velvindron avertit ainsi que les pays qui n’investissent pas suffisamment dans la cybersécurité risquent de décrocher face à des menaces toujours plus automatisées

Un pays plus digitalisé et plus sûr

« Investir dans la technologie, c’est investir dans la croissance future d’un pays moderne », résume Hissen Caramben, qui plaide également pour une accélération de la digitalisation monétaire. Il considère les paiements électroniques et les plateformes sécurisées comme des leviers de modernisation indispensables. Dans sa vision, une île davantage « paperless » permettrait non seulement de gagner en efficacité, mais aussi de renforcer la transparence institutionnelle.

Hissen Caramben va plus loin en évoquant des applications sociales concrètes. Il cite notamment des outils éducatifs numériques accessibles à tous ainsi que des bracelets de géolocalisation destinés aux personnes atteintes d’Alzheimer, susceptibles d’améliorer leur sécurité et de rassurer leurs familles. 

Concernant les réseaux sociaux, il est d’avis que l’État doit agir davantage face aux abus numériques. Le harcèlement, la désinformation et les contenus nuisibles nécessitent, selon lui, « une vigilance accrue ». Il insiste d’ailleurs sur un principe fondamental : « La liberté numérique doit s’accompagner d’une responsabilité collective ». Les trois experts convergent vers une même conclusion : le Budget 2026-2027 devra dépasser la simple logique comptable. Tous s’accordent sur une idée centrale : la technologie ne constitue plus une option secondaire. Elle est devenue un pilier stratégique du développement mauricien.

Et si l’IA redéfinissait le budget national ?

Et si le budget national n’était pas seulement une addition de dépenses et de recettes, mais une carte du futur économique du pays ? C’est l’idée que défend Hans Balgobin à travers un modèle d’analyse inédit. Sa proposition : ne plus regarder chaque mesure isolément, mais observer comment elle évolue dans le temps. 

Certaines mesures rapportent rapidement, comme un meilleur recouvrement fiscal ou une taxe touristique. D’autres, comme une université, un réseau d’eau ou une infrastructure énergétique, prennent des années avant de porter leurs fruits. Mais une fois ces bases posées, tout s’accélère : les coûts baissent, les compétences s’accumulent, et chaque nouveau projet devient plus facile à lancer. C’est ce que Hans Balgobin appelle le « temps économique ».

Le modèle ne regarde pas que les gains. Il mesure aussi les pertes : certains secteurs – construction, tourisme, textile, agriculture ou tâches administratives automatisées par l’IA – pourraient ralentir, avec un impact direct sur les recettes fiscales.

Autre élément clé : l’effet d’entraînement. Quand une politique crée des emplois ou aide les petites entreprises à vendre plus, elle élargit toute la base économique : plus de revenus, plus de consommation, plus de recettes pour l’État.

Pour Hans Balgobin, l’IA traverse presque tous les grands chantiers à venir, de la fiscalité à la santé, en passant par l’identité numérique, l’eau et l’énergie. Mais l’IA va aussi transformer le travail humain : à mesure qu’elle automatise les tâches répétitives, la valeur se déplacera vers la créativité, l’enseignement, l’artisanat et les services à la personne. D’où son appel à investir aussi dans ces « industries humaines » - artistes, enseignants, créateurs, petits entrepreneurs – qui pourraient prendre une importance nouvelle si Maurice parvient à vendre davantage à l’international.

Hans Balgobin assure avoir adopté des projections prudentes. Mais si Maurice combine IA, formation et ouverture aux marchés mondiaux, les effets pourraient dépasser ses estimations. Le moment, dit-il, appelle « prudence et courage ».

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