
La crise à la Banque de Maurice préoccupe aussi bien les milieux politiques qu’économiques. Plusieurs experts livrent leur analyse de ce conflit et réagissent à la décision prise par le Premier ministre dans ce contexte.
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Penny Hack, avocat d’affaires : « Il faut faire table rase à la BoM et repartir sur de nouvelles bases »
La situation à la Banque de Maurice préoccupe l’avocat d’affaires Penny Hack. Il y voit un signe d’instabilité institutionnelle, avec des répercussions graves sur l’image du pays. « Cette situation m’attriste. Ce genre de crise envoie un signal négatif à l’international. Elle affaiblit notre position sur l’échiquier mondial et risque de dissuader les investisseurs à investir à Maurice », déplore-t-il.
Pour Penny Hack, les torts sont partagés dans cette affaire. « Cette situation perdure depuis plusieurs mois. Le conseil d’administration dans son ensemble doit assumer ses responsabilités. Il faut faire table rase et recommencer à zéro. Il faut reconnaître que les choses ont mal démarré à la BoM. Il faut l’accepter et il est aujourd’hui temps de remettre les pendules à l’heure. » L’avocat estime que les membres du Board devraient envisager une démission collective. « Quand la confiance et la crédibilité sont entachées, il faut savoir partir avec dignité et courage, sans attendre d’y être contraint. L’intégrité de l’institution en dépend. » Penny Hack appelle à un sursaut. « Pour le bien du pays et du secteur financier, il est urgent de repartir sur des bases saines. »
Azad Jeetun, économiste : « Une bonne décision qui envoie un signal fort en faveur de la stabilité »
Azad Jeetun salue la rapidité de la décision prise. « Ramgoolam est généralement connu pour prendre son temps, mais dans ce cas, il a agi vite. C’est une bonne décision. Nous avons déjà un dénouement », soutient-il. Pour l’économiste, c’est un signal fort en faveur de l’intérêt de la BoM et de l’économie. « Le Premier ministre a tranché en faveur de la stabilité et pour l’avenir de l’économie. Cette décision est donc bénéfique à plusieurs niveaux. Elle assure la continuité, renforce la stabilité, surtout au niveau de la politique monétaire », avance-t-il. Azad Jeetun rappelle, dans la même foulée, que Rama Sithanen a été un des premiers nommés après les élections. « Le pays avait d’ailleurs salué cette nomination basée sur la méritocratie. Rama Sithanen est un professionnel reconnu. Sa nomination a instillé la confiance dans le monde des affaires, dans l’économie et au sein du pays. C’est lui le chef à la Banque de Maurice. Il faut qu’il y ait une stabilité au sein de l’institution », a-t-il conclu.
Kamal Hawabhay, Managing Director de GWMS Ltd : « Le conflit au sein de la Banque de Maurice a trop duré »
« Le conflit au sein de la Banque de Maurice n’a que trop duré », déplore Kamal Hawabhay, Managing Director de GWMS Ltd. L’intervention du Premier ministre pour mettre un terme à cette impasse est donc la bienvenue. « Je ne suis pas là pour dire qui a tort ou raison dans ce conflit, mais une telle situation n’est pas acceptable pour une institution régulatrice. Ce type de différend nuit à l’image de la Banque de Maurice, mais aussi à la réputation du pays sur le plan international », soutient-il. Pour Kamal Hawabhay, une résolution s’imposait. « Ce différend devait être résolu », avance-t-il.
Tahir Wahab, observateur économique : « Ce conflit détruit la valeur de l’institution »
« D’un point de vue professionnel, il est essentiel de savoir la limite de chaque administrateur au sein d’une organisation. Les rôles et les responsabilités doivent être clairement définis. Ce qu’on attend des personnes à la tête d’une institution aussi stratégique que la Banque centrale, c’est avant tout du professionnalisme, de l’intégrité et un sens du devoir. Il faut agir dans l’intérêt de l’institution, et non pour des bénéfices personnels », soutient Tahir Wahab, observateur économique. Il ajoute que les conflits internes ne font qu’affaiblir l’organisation. « Ce type de situation mène à un gaspillage de ressources. Ceux qui sont censés œuvrer pour le bien de l’institution passent leur temps sur des querelles inutiles. Ce qui n’apporte aucune valeur, bien au contraire ». Selon Tahir Wahab, les administrateurs ont pour mission de préserver et d’accroître la valeur de l’organisation. « Or, ce conflit est en train de la détruire. Sans compter que ce conflit a un impact sur la réputation de la Banque de Maurice, tant au niveau régional qu’international. La Banque centrale est importante et elle est censée être un garde-fou pour la stabilité économique du pays tout en maintenant l’intégrité de notre juridiction. Toute décision visant à éliminer les conflits et à rétablir la confiance est donc la bienvenue. Mais après un tel épisode, le plus difficile sera de restaurer la crédibilité de l’institution et la réputation de notre juridiction et du pays. »
Sameer Sharma, économiste : « Cette affaire donne aux politiciens une occasion de s’impliquer de manière excessive dans les affaires de la BoM »
Pour l’économiste Sameer Sharma, la crise actuelle à la Banque de Maurice est avant tout le symptôme d’un problème plus profond. Il s’agit de l’absence d’un processus structuré, transparent et rigoureux dans la nomination des hauts responsables de l’institution. « Tout ce drame, qui pousse les responsables politiques à trop s’impliquer dans les affaires de la Banque centrale, aurait pu être évité avec une sélection basée sur des critères professionnels. Il aurait fallu des vérifications d’antécédents, des entretiens comportementaux et techniques, menés par des experts crédibles, afin de soumettre une liste restreinte de candidats compétents au Premier ministre », explique-t-il. Il regrette qu’à Maurice, les nominations dépendent uniquement de la décision du chef du gouvernement, sans processus consultatif formel. « Il ne faut donc pas s’étonner si des conflits émergent ou si les personnes nommées ne sont pas les mieux placées pour occuper ces fonctions. »
Sameer Sharma estime que la nomination d’un gouverneur ou de ses adjoints devrait s’appuyer sur une sélection objective. Il va plus loin. « Le Premier ministre aurait pu faire appel à des consultants indépendants d’Angleterre, par exemple, qui auraient pu recommander des économistes de haut niveau. Ce qui aurait renforcé la crédibilité du choix. » Il déplore également l’absence de mécanismes clairs pour les révocations. « Dans certaines juridictions, comme au Canada, la destitution d’un gouverneur ou d’un adjoint nécessite un débat parlementaire. Chez nous, il n’y a ni transparence ni explication formelle. » « Le processus de sélection et de licenciement n’est pas suffisamment contrôlé et il n’y a pas assez de freins et de contrepoids. Les conflits devraient être résolus en interne, au sein de la Banque centrale. Il est très regrettable que cette affaire ait été rendue publique. Mais le problème est que cette situation donne aux politiciens une bonne occasion de s’impliquer de manière excessive dans les affaires de la BoM. Ce qui donne une très mauvaise image alors que nous recherchons tous l’indépendance de la Banque centrale », ajoute-t-il.

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