Bloqué avec sa famille à Dubaï - un Mauricien : «Silence radio pour obtenir des aides»
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
Depuis le 28 février, des Mauriciens sont bloqués à Dubaï à cause des perturbations du trafic aérien liées au conflit au Moyen-Orient. Les frais d’hôtel ont doublé, et le soutien officiel se fait attendre, selon eux.
Ils étaient à Dubaï depuis une semaine pour des vacances et devaient rentrer le 28 février. Mais les perturbations du trafic aérien liées au conflit au Moyen-Orient les retiennent sur place. Joint au téléphone, Raoul (prénom d’emprunt), un habitant du Nord de l’île, a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, décrivant les contraintes auxquelles sa famille et lui font face.
« Heureusement, nous avons une réserve financière. Notre séjour prolongé à l’hôtel est passé de 350 à 700 dirhams. Les hôtels sont complets », explique ce père de famille, en vacances avec son épouse et ses deux jeunes enfants. Au-delà du coût, c’est surtout l’incertitude qui pèse sur leur quotidien.
« J’ai contacté l’ambassade pour obtenir des informations sur les vols et savoir quand nous pourrions rentrer. On nous a demandé des copies de nos passeports et d’autres documents, puis de refaire une réservation. Après cela, plus de nouvelles. Personne ne peut nous renseigner, nous devons nous débrouiller seuls. Heureusement, nos parents sont en contact et nous suivons les informations via les médias. Mais le soutien au niveau de l’ambassade est nul », raconte Raoul. Employé dans un institut financier, il n’a pas pu reprendre le travail ce 2 mars 2026, mais précise avoir emporté son ordinateur portable pour continuer ses activités à distance.
« ‘Nou Morisien nou debrouyar. Nou pe trase, nou pe swiv sitiasion toulezour, nou pe rode si ena kit vol.’ À l’hôtel, on a seulement le petit-déjeuner, il faut acheter le reste. Le personnel ne sait pas que les Émirats arabes unis ont annoncé qu’ils prendraient en charge la nourriture et l’hébergement des voyageurs bloqués. Ils disent qu’il faut présenter la facture pour obtenir un remboursement », ajoute-t-il.
Raoul raconte que sa famille n’a pas fermé l’œil depuis le 28 février. « ‘Nou ti panike.’ Il y avait beaucoup de missiles, des bruits d’avions, de drones et de tirs. On a pu distraire les enfants grâce à Netflix… Mais on souhaite vraiment rentrer à la maison », conclut-il, suivant chaque annonce officielle et mise à jour de vols dans l’espoir de rentrer au plus vite à Maurice.
Sandrine Palau raconte la situation à Dubaï dans un contexte de tensions au Moyen-Orient. « La situation est calme dans l’ensemble, mais des interceptions de missiles et de drones nous rappellent que nous sommes impactés par la guerre », explique-t-elle. Elle ajoute que les forces des Émirats arabes unis font preuve d’une grande réactivité : « Nous sommes par ailleurs rassurés par une réactivité sans faille des forces millénaires des Émirats arabes unis. »
La Mauricienne observe également une présence militaire internationale dans la région : « Des porte-avions américains sont postés en mer et le ciel est sillonné par des avions de chasse. Nous devons rester prudents et à l’écoute des directives gouvernementales. »
Sandrine Palau se trouve chez ses enfants, qui travaillent pour un grand groupe hôtelier à Dubaï. « Ils sont obligés d’assurer les opérations, les hôtels étant pleins et avec des clients qui, même s’ils le pouvaient, n’ont pas de moyen de quitter le pays », raconte-t-elle.
Elle devait prendre un vol cette nuit, mais celui-ci a été annulé pour la deuxième fois. « Pour l’instant, la réouverture de l’espace aérien est sans cesse décalée, mais on comprend pourquoi car les accalmies ne durent jamais bien longtemps », conclut-elle.
Alors que les tensions géopolitiques bouleversent le quotidien des expatriés, un Mauricien installé à Dubaï tend la main à ses compatriotes perdus dans l'émirat.
Vedasen Chellayee, originaire de Vacoas et établi à Dubaï depuis dix-huit mois avec sa famille, lance un appel ouvert à la communauté mauricienne de la région : tout compatriote en difficulté à Dubaï ou à Abou Dhabi peut compter sur lui pour être guidé et soutenu. Un geste fort, à l'heure où la guerre frappe plusieurs régions du monde et plonge les diasporas dans l'incertitude.
Sur place, la vie s'est réorganisée dans le calme. Depuis la fermeture de l'aéroport samedi, les résidents composent avec une nouvelle routine : télétravail, cours en ligne pour les enfants, sorties limitées aux achats essentiels. « Les gens font leurs courses normalement », témoigne-t-il, rassurant. « Nous suivons toutes les instructions du gouvernement, tout est sous contrôle et il n'y a pas de signe de panique. »
Si la vigilance reste de mise, c'est l'espoir qui domine. Vedasen Chellayee, comme beaucoup, attend un retour rapide à la normale — et choisit, dans l'attente, de ne pas traverser cette période seul, mais ensemble..